Les voitures autonomes créeront 35 000 emplois au Canada d'ici 2021

Un prototype de voiture autonome de Google
Photo: Tony Avelar La Presse canadienne Agence France-Presse Un prototype de voiture autonome de Google

L’arrivée des voitures autonomes dans les années à venir aura des effets immédiats sur le marché du travail canadien. Leur développement créera près de 35 000 nouveaux emplois d’ici 2021, mais entraînera également la transformation ou la disparition de plusieurs métiers, révèle un rapport qui sera dévoilé ce jeudi par le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC).

« Les véhicules autonomes créeront des emplois, mais ils entraîneront aussi des changements qui nécessiteront un remaniement des compétences liées à certaines professions d’aujourd’hui », conclut l’étude du CTIC, dont Le Devoir a obtenu copie.

En 2016, l’organisme indépendant spécialisé dans l’analyse des nouvelles technologies a estimé que près de 213 300 ingénieurs et travailleurs des technologies de l’information et de la communication travaillaient d’une façon ou d’une autre au développement des véhicules autonomes et connectés au Canada.

L’étude publiée jeudi, qui a été financée par un programme du gouvernement fédéral, prévoit que ce nombre passera à 248 000 d’ici 2021. Ces 34 700 emplois créés en l’espace de cinq ans correspondraient à un taux de croissance annuel composé de près de 3 %, soit une hausse plus de deux fois supérieure à celle observable dans l’ensemble de l’économie canadienne.

Les développeurs de logiciels, les analystes de bases de données ou encore les ingénieurs mécaniques devraient ainsi faire partie de la main-d’oeuvre recherchée.
 

 


Bouleversements à venir

Le CTIC soutient que les véhicules entièrement autonomes « qui devraient envahir les rues d’ici 2022 » entraîneront également d’importants changements dans le monde du travail. Plusieurs métiers nécessiteront un « remaniement des compétences » et d’autres finiront par disparaître, souligne le rapport sans chiffrer les pertes potentielles.

L’organisme affirme par exemple que les emplois de conducteurs seront éventuellement éliminés et que les mécaniciens seront moins recherchés en raison de la diminution du nombre d’accidents.

« On prévoit que les véhicules autonomes seront en mesure de se rendre eux-mêmes à l’atelier de réparation, d’informer le mécanicien des réparations dont ils ont besoin et même d’établir un échéancier des travaux, écrit l’auteure de l’étude, Alexandra Cutean. Les mécaniciens traditionnels devront donc suivre une nouvelle formation afin de bien comprendre ces véhicules […], pour “collaborer” avec eux et les réparer. »

Plutôt que de patrouiller dans les rues, les policiers devront apprendre à mieux détecter et prévenir les cyberattaques, tandis que les assureurs devront repenser le modèle traditionnel d’analyse du risque, illustre le CTIC.

Queue de peloton

L’organisme de recherche n’hésite pas à décrire la voiture autonome comme « l’une des innovations les plus attendues de notre époque ». Or, dans la course technologique qui voit émerger des meneurs comme l’Allemagne, les États-Unis ou la Suède, le Canada avance à pas de tortue, observe-t-on.

« Pour demeurer concurrentiel sur ce marché, le Canada doit obtenir une place à la table des discussions et investir le temps et les ressources nécessaires pour y rester », souligne l’étude, en précisant que le marché mondial de la voiture autonome devrait atteindre 77 milliards de dollars d’ici 2035.

Pour le moment, l’Ontario est la province canadienne la plus avancée. Elle a modifié son cadre législatif en 2016 pour permettre la mise à l’essai de véhicules autonomes et veut maintenant ouvrir la porte aux tests effectués sans qu’une personne se trouve derrière le volant pour intervenir en cas de problème. Le gouvernement ontarien a par ailleurs lancé en novembre dernier le Réseau d’innovation pour les véhicules autonomes pour accélérer la recherche.

« La technologie pour véhicules autonomes progresse à une vitesse fulgurante. Il ne fait aucun doute que les voitures de demain seront bientôt une réalité en Ontario et dans le monde entier », avait alors déclaré la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne.

De son côté, le Québec a fait un pas en avant en décembre dernier lors de la présentation de sa réforme du Code de la sécurité routière. S’il est adopté, le projet de loi 165 confiera au ministre des Transports le pouvoir de créer des projets-pilotes impliquant des véhicules autonomes. Aucun projet n’est dans les cartons pour l’instant, indique-t-on au cabinet du ministre André Fortin.

Le CTIC souhaite pour sa part que les décideurs, les représentants de l’industrie et le milieu universitaire mettent leurs efforts en commun à travers le pays pour favoriser les investissements et faire avancer la recherche.