Les entreprises prévoient investir et embaucher davantage au Canada cette année

Les pénuries de main-d’œuvre s’observent surtout dans les technologies de l’information, le tourisme et l’hôtellerie, ainsi que dans la construction et l’immobilier, des secteurs qui ont connu une forte demande. Notre photo : le restaurant de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les pénuries de main-d’œuvre s’observent surtout dans les technologies de l’information, le tourisme et l’hôtellerie, ainsi que dans la construction et l’immobilier, des secteurs qui ont connu une forte demande. Notre photo : le restaurant de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.

Les entreprises n’ont jamais fonctionné aussi près de la limite de leurs capacités de production au Canada depuis la Grande Récession. Cela annonce, de leur part, de nouveaux investissements, de nouvelles embauches ainsi que des hausses salariales. Cela laisse aussi entrevoir, de la part de la Banque du Canada, une hausse des taux d’intérêt dès la semaine prochaine.

Même après des mois de croissance, une majorité des entreprises canadiennes continuent de parier sur une accélération de leurs ventes au cours de la prochaine année, « faisant état de la robustesse des marchés immobiliers, de la persistance de la demande étrangère et du soutien tangible que représentent les dépenses de relance du gouvernement fédéral », rapporte la Banque du Canada dans l’édition hivernale de son Enquête sur les perspectives des entreprises dévoilée lundi.

Les affaires vont actuellement si bien pour plus de la moitié (56 %) des entreprises canadiennes qu’elles auraient du mal à faire face à une augmentation inattendue de la demande. On n’avait pas vu cela depuis la fin de 2007. Avant cela, cette proportion n’avait été plus élevée qu’une seule autre fois depuis qu’on a commencé ce sondage, il y a 18 ans, a par la suite noté l’économiste de la Banque de Montréal Douglas Porter.

Le problème est particulièrement répandu en Colombie-Britannique, mais est aussi « de plus en plus » apparent au Québec et en Ontario, poursuit la banque centrale canadienne dans son rapport d’enquête basé sur des sondages réalisés du 14 novembre au 8 décembre. La situation a poussé des entreprises à se tourner « notamment vers la sous-traitance, l’impartition, l’immigration et l’automatisation ». Mais cela ne suffira pas. Près de 50 % des entreprises entendent augmenter leurs investissements dans leurs capacités de production contre seulement 20 % qui pensent les réduire pour un solde des opinions favorables à l’augmentation des capacités de 30 %, soit près du double de cet automne. Les intentions d’embauches sont aussi à la hausse, avec 5 fois plus d’entreprises qui disent vouloir accélérer l’entrée de nouveaux employés que le contraire (50 % contre 11 %).

Pénurie de main-d’oeuvre et salaires

Plusieurs entreprises risquent toutefois d’avoir de la difficulté à augmenter leur effectif. Près de la moitié d’entre elles rapportent en effet avoir été confrontées à une intensification du problème de pénurie de main-d’oeuvre depuis un an, alors que seulement 11 % estiment qu’il a diminué.

« Les pénuries s’observent surtout dans les domaines des technologies de l’information, du tourisme et de l’hôtellerie, ainsi que de la construction et de l’immobilier, soit des sphères qui ont connu une forte demande », explique la Banque du Canada dans son rapport.

Ces difficultés tardent pour le moment à se répercuter sur le niveau des salaires, observe-t-on. De plus en plus d’entreprises s’attendent néanmoins à devoir accélérer la hausse du coût horaire de leur main-d’oeuvre au cours des 12 prochains mois, d’autant plus que le salaire minimum a été sensiblement relevé dans plusieurs provinces.

Le Québec arrive, à ce chapitre, au deuxième rang pour le plus grand nombre d'entreprises qui pensent devoir augmenter plutôt que réduire le rythme de leurs hausses salariales, derrière la Colombie-Britannique et nettement devant Ontario

Trump et les taux d’intérêt

Les trois quarts des entreprises pensent que la pression exercée par la concurrence ne leur permettra pas de faire assumer la hausse attendue du coût des intrants par leurs clients. On s’attend à une augmentation des exportations, notamment vers les États-Unis en raison du dynamisme de leur économie stimulée par les baisses d’impôt du gouvernement Trump et de la faiblesse du dollar canadien, mais en dépit de la montée du protectionnisme et de la préoccupante renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Ce nouveau rapport plus que positif sur l’état d’esprit des chefs d’entreprise vient s’ajouter à d’autres statistiques — comme ces données sur l’emploi, vendredi, sur la baisse du taux de chômage à son plus bas niveau en plus de 40 ans, à 5,7 % au Canada et 4,9 % au Québec — décrivant une économie qui va si bien qu’elle pourrait bientôt donner des signes de surchauffe.

Dans ce contexte, « il est évident que l’économie canadienne n’a plus besoin d’autant de stimuli » et que la Banque du Canada doit penser à relever progressivement ses taux d’intérêt, a estimé lundi l’économiste du Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher. La première hausse de 0,25 point de pourcentage devrait venir dans sa réunion de la semaine prochaine, dit-il. « Deux autres hausses pourraient ensuite être annoncées au courant de l’année 2018. »