Le Québec connaît un nouveau plancher record de chômage

La création d’emploi s’est surtout concentrée dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse La création d’emploi s’est surtout concentrée dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques.

Le chômage au Québec était déjà à son plus bas niveau depuis aussi loin qu’on pouvait reculer dans le temps et il a encore baissé en décembre.

L’ajout de presque 27 000 emplois, dont la forte majorité à temps plein (plus de 19 000), a contribué à diminuer le taux de chômage de 5,4 % à 4,9 % au mois de décembre au Québec, a rapporté vendredi Statistique Canada. Cette mesure abaisse encore un peu plus une marque qui, déjà, n’avait jamais été aussi basse depuis que des données comparables sont disponibles, soit il y a plus de 40 ans, en janvier 1976.

Elle vient boucler une année qui avait commencé avec un taux de chômage de 6,5 % en décembre 2016 et qui a vu, par la suite, l’économie québécoise créer 87 000 emplois (+2,1 %), presque tous à temps plein. Cette progression s’est surtout concentrée dans le secteur des services, notamment dans l’industrie de la finance, des assurances et de l’immobilier (+18 000), des services professionnels, scientifiques et techniques (+16 000) et des services d’enseignement (+13 000), a précisé vendredi l’Institut de la statistique du Québec. L’industrie de l’hébergement et de la restauration a, quant à elle, accuser un recul (–12 000).
 

 


L’année de tous les records au Canada

Le Canada n’a pas démérité non plus. Outre le Québec, l’Alberta a aussi profité d’une forte croissance de l’emploi en décembre, alors que toutes les autres provinces ont également enregistré des gains, pour un total de près de 79 000 emplois, principalement à temps partiel. Cette performance a déjoué les prévisionnistes, qui s’attendaient plutôt à un ressac après douze mois de gains consécutifs. À la place, ils ont vu le taux de chômage au Canada reculer de 5,9 % à 5,7 %, ce qui constitue, comme pour le Québec, un creux historique.

Plus de 193 000 emplois ont ainsi été ajoutés à l’économie canadienne au cours des trois derniers mois, ce qui constitue le meilleur trimestre depuis 2010. En 12 mois, il s’est ajouté 423 000 emplois (+2,3 %), la plus forte croissance de l’emploi de décembre à décembre depuis 2002. L’essentiel de ces gains a été le fait de l’emploi à temps plein, alors que l’emploi à temps partiel est demeuré relativement stable. On les a surtout retrouvés dans les secteurs de la fabrication (+86 000) et de la construction (+51 000), ainsi que du côté des services de transport (+57 000), de la finance, de l’assurance et de l’immobilier (+53 000), ainsi que des services professionnels, scientifiques et techniques (+53 000). Beaucoup de travailleurs de 55 ans et plus ont profité de cette hausse (+203 000), mais les 25-54 ans ont également bien fait (+186 000).

Hausse des salaires et des taux d’intérêt

Autre bonne nouvelle, « cette amélioration du marché du travail entraîne une accélération de la croissance des salaires », observe Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins. La variation annuelle du salaire horaire moyen est, en effet, récemment montée à près de 3 %, rappelle-t-il, ce qui vient confirmer les tendances rapportées par les enquêtes auprès des entreprises sur leur rémunération hebdomadaire moyenne.

Ces nouvelles statistiques devraient produire un certain effet sur la Banque du Canada, estime l’économiste. « Ces excellents résultats relancent le débat concernant le moment précis de la prochaine hausse des taux d’intérêt directeurs au Canada. Les probabilités que ce soit en janvier plutôt qu’en mars viennent d’augmenter d’un cran. »

La banque centrale canadienne a haussé le taux de son principal outil d’intervention monétaire à deux reprises en juillet et en septembre de l’an dernier, mais l’a laissé depuis à 1 %.

La création d’emploi s’est essoufflée en décembre aux États-Unis

La création d’emploi aux États-Unis sest essoufflée en décembre, décevant les attentes, mais le taux de chômage à 4,1 % est resté à son plus bas niveau depuis 17 ans, en pleine embellie économique. Selon le rapport officiel sur l’emploi du département du Travail publié vendredi, l’économie a créé 148 000 nouveaux emplois le mois dernier, alors que les analystes s’attendaient à 188 000 embauches nettes. Sur 2017, au cours de la première année au pouvoir de Donald Trump, la première économie mondiale a créé 2,1 millions d’emplois, après un gain de 2,2 millions en 2016.
5 commentaires
  • Jacques Patenaude - Abonné 6 janvier 2018 09 h 41

    Le chomage structurel

    Le niveau du taux de chômage représentant le plein emploi a toujours été considéré comme étant de 3%. Au Québec il est présentement de 5.7%. La différence entre les deux est de 2.7%. La pénurie de main d'oeuvre actuelle démontre que cette différence constitue la partie structurelle du taux de chômage. Cette partie structurelle du chômage est causée par diverses barrières à l'entrée dans un emploi. Par exemple la faiblesse du système de formation professionnelle qui empêche une personne de développer les compétences requises pour occuper un emploi disponible. Mais il y a d'autres facteurs comme le corporatisme, les diverses discriminations envers les femmes, les immigrants, les handicapés etc. bref là où une main d'oeuvre est disponible si on fait les efforts nécessaire à leur intégration au travail. Bref une véritable politique d'intégration au travail, de lutte contre les discriminations favoriserait le développement économique et serait beaucoup plus efficace que la politique actuelle de pénalisation des personnes sans emplois dont l'objectif est surtout de maintenir les salaires bas pour contrer la redistribution des profits excédentaires produits par le développement de l'économie.

  • Roland LeBel - Abonné 6 janvier 2018 14 h 07

    De Bourassa à Couillard.

    Faut donc remonter à un autre gouvernement du Parti Libéral, celui de Robert Bourassa en 1976, pour jouir ainsi d'un si bas taux de chômage au Québec. Les statistiques les plus récentes concernant le nombre de bénéficiaires de l'assistance sociale vont dans le mêrme sens.

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 janvier 2018 17 h 38

      La différence entre les deux est que Bourassa gouvernait à l'époque où la main d'oeuvre était abondante car les boomers entraient sur le marché du travail et que sous le gouvernement Couillard le faible taux de chômage est dû à la sortie du marché du travail par les mêmes boomers. Il n'y a pas de comparaisons à faire entre les deux situations. La cohorte de nouveaux travailleurs n'a jamais été aussi faible au Québec. C'est la principale explication à la situation actuelle. D'où l'appel à l'immigration faite par le milieu économique présentement.

    • Robert Beauchamp - Abonné 6 janvier 2018 23 h 19

      J'abonde dans le même sens que vous M. Patenaude, l'énorme saignée des travailleurs vers la retraite est un trompe-l'oeil sur l'état réel de l'emploi. Qu'en est-il de la création nette de l'emploi?

  • Raynald Rouette - Abonné 6 janvier 2018 15 h 53

    Il n'y a pas de quoi à pâmoiser!


    Des chiffres qui ne reflètent pas nécessairement la réalité...

    Comment expliquer les besoins et la pauvreté galopante que nous avons tous pu constater à l'approche de la périodes des fêtes?

    Le taux de chômage annoncé, ne peut servir de contrepoid au taux réel de pauvreté et de précarité chez les personnes aptes ou non à travailler.