Haïti, «une fabrique de la pauvreté»

L’aggravation de la pauvreté en Haïti engendre des tensions sociales qui freinent tout investissement privé, ce qui nuit au climat des affaires dans le pays.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse L’aggravation de la pauvreté en Haïti engendre des tensions sociales qui freinent tout investissement privé, ce qui nuit au climat des affaires dans le pays.

Port-au-Prince — L’économie haïtienne n’a connu qu’une croissance limitée à 1,2 % sur l’année 2017, ce qui ne permet pas au pays de la Caraïbe, très vulnérable face aux aléas climatiques, de sortir du cercle vicieux de la pauvreté.

Loin derrière les performances de la République dominicaine voisine (5,3 % en 2017), la très faible croissance d’Haïti inquiète, car elle reste encore inférieure au taux de croissance démographique, stable à 1,5 %. « C’est une fabrique de pauvreté », résume l’économiste haïtien Kesner Pharel. « Il y a de sérieux problèmes structurels et, surtout, le grand problème reste l’inflation : nous avons connu une inflation d’une moyenne annuelle de 14,7 %, ce qui fait que même ceux qui travaillent se sont appauvris », poursuit-il.

Entamée au 1er octobre 2016, l’année fiscale haïtienne a, dès le début du premier trimestre, été plombée par les conséquences du cyclone Matthew qui a ravagé le sud de l’île les 3 et 4 octobre. Les dégâts, évalués à près de 2 milliards de dollars, ont surtout été enregistrés dans le secteur agricole, qui représente 20 % du PIB du pays.

La vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes naturelles constitue un réel frein pour son développement économique, mais l’endettement grandissant du pays (qui a triplé en 10 ans pour dépasser aujourd’hui les 3 milliards de dollars) empêche tout investissement pour réduire les risques. « Le service de la dette dans le budget est de 13 milliards de gourdes [202 millions de dollars] et seul un milliard de gourdes annuel [15,6 millions de dollars] est prévu pour le secteur environnemental, donc on dépense beaucoup plus d’argent en un mois pour repayer la dette que pour résoudre à l’année les problèmes environnementaux », s’inquiète Kesner Pharel.

La situation est d’autant plus alarmante que cette faible croissance 2017 n’aura finalement été possible que grâce aux transferts d’argent de la diaspora haïtienne, estimés à plus de 2 milliards de dollars. « Fort heureusement, l’économie américaine se porte bien, et la vague des jeunes Haïtiens partis au Chili se fait ressentir par l’entremise de ces envois, mais combien d’années va-t-on soutenir tout ça ? On ne peut pas dépendre des transferts pour qu’il y ait croissance économique », conclut M. Pharel.

L’aggravation de la pauvreté engendre des tensions sociales qui freinent tout investissement privé, ce qui nuit au climat des affaires dans le pays. À cause du manque de protection des investissements, de la corruption et de la lourdeur administrative, Haïti est classée par le magazine Forbes parmi les pires pays pour faire des affaires en 2018, au 151e rang sur 153 pays analysés, ne devançant que la Gambie et le Tchad.

151e
C’est le rang qu’occupe Haïti dans le classement des pires pays où faire des affaires en 2018, selon le magazine Forbes. Cent cinquante trois pays ont été analysés.