Le marché du carbone canadien est à peaufiner, dit l'OCDE

Le gouvernement canadien veut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le gouvernement canadien veut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005. 

Le Canada a bien fait d’adopter une stratégie de tarification du carbone à l’échelle du pays, mais les différences régionales font en sorte que sa mise en application pratique sera un « défi colossal », estime l’OCDE.

Dans son « examen environnemental » des mesures de lutte contre les changements climatiques, l’organisme parisien croit également que le prix du carbone visé par Ottawa — 50 $ la tonne d’ici 2022 — est trop faible et que le Canada « n’aura d’autre choix que de faire plus ».

Le gouvernement canadien veut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005. La tarification du carbone, ce que plusieurs provinces font déjà, est au coeur des moyens qu’il veut prendre pour atteindre cet objectif. Ottawa a fixé un prix minimum (10 $ la tonne) et le rythme auquel il doit augmenter, menaçant d’agir si des provinces refusent d’embarquer.

« Des efforts considérables devront être déployés pour comprendre comment appliquer le tarif de référence du carbone dans le système hybride de l’Alberta ou dans le système de plafonnement et d’échange de droits du Québec et de l’Ontario, tout en assurant des règles du jeu équitables du point de vue de la concurrence », a écrit l’OCDE.

« En effet, le champ d’application et les tarifs, de même que l’efficacité des politiques, ne sont pas les mêmes selon les juridictions et cela peut créer des frictions et mener à des pressions en faveur d’une convergence des différents systèmes de tarification dans le but de réduire les coûts, d’améliorer l’efficacité et de préserver la compétitivité des entreprises. »

Systèmes différents

Le Québec et l’Ontario ont choisi de tarifer le carbone à l’aide d’un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission (SPEDE). Celui-ci autorise les entreprises à émettre une certaine quantité de gaz à effet de serre (GES), mais le plafond de ces émissions diminue d’année en année. Les sociétés qui dépassent le plafond doivent se procurer des droits supplémentaires. La Colombie-Britannique et l’Alberta ont plutôt choisi une taxe carbone.

Selon l’OCDE, le Canada devrait instaurer « un dispositif de responsabilisation solide permettant de suivre et de comparer les progrès d’une province à l’autre » et trouver une façon d’augmenter son tarif de référence « au cas où les émissions ne diminueraient manifestement pas comme prévu ».

L’OCDE s’interroge notamment sur le rôle que jouera le secteur des hydrocarbures sur les objectifs de réduction des GES, plus particulièrement les oléoducs devant relier l’Alberta au marché américain et à la côte pacifique. Il s’agit plus précisément du projet Keystone XL et de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain.

« S’il veut respecter l’Accord de Paris, le gouvernement fédéral devra écouter certaines recommandations clés de l’OCDE et arrêter le développement des pipelines et des sables bitumineux en plus d’abandonner les subventions aux combustibles fossiles », a affirmé le responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin.

La sortie du rapport de l’OCDE mardi a coïncidé avec l’engagement renouvelé d’Ottawa de réduire de 40 % d’ici 2030 les émissions liées aux activités fédérales par rapport au niveau de 2005. Selon le gouvernement, qui évoque des mesures concernant son parc de véhicules et l’« éco-approvisionnement », les émissions ont déjà diminué de 28 %. D’ici 2050, l’objectif est de réduire les émissions de 80 %.

La Chine va lancer son marché du carbone

La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, a dévoilé mardi un projet de marché national du carbone, qui devrait devenir la principale plateforme d’échange de quotas d’émission de la planète.

Le pays consomme chaque année davantage de charbon que toutes les autres nations réunies. Il est encore très dépendant de l’énergie fossile pour le chauffage et la production d’électricité.

« Le lancement du marché du carbone chinois montre l’engagement croissant dans le monde pour fixer un prix à la pollution et diriger les investissements vers les technologies propres », a déclaré Femke de Jong, directrice des politiques à Carbon Market Watch, un organisme d’observation du marché du carbone basé à Bruxelles.

La Chine est le premier investisseur planétaire dans les énergies renouvelables. Elle pourrait être bientôt aux avant-postes de la lutte contre le changement climatique, après le retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015.

Le marché du carbone dévoilé par la Commission nationale pour la réforme et le développement (NDRC) — l’agence chinoise de planification économique — pourrait changer radicalement la donne pour les fournisseurs d’énergie et les industries énergivores en Chine.

La commission n’a pas précisé à quelle date sera lancé ce marché national du carbone.