Les épiciers canadiens auraient profité de la disparition du sou noir

Chaque épicerie a récolté en moyenne 157$ de plus par année, selon Christina Cheng.
Photo: iStock Chaque épicerie a récolté en moyenne 157$ de plus par année, selon Christina Cheng.

Les épiceries ont profité du retrait de la pièce d’un cent, selon une jeune chercheuse de l’Université de la Colombie-Britannique.

Christina Cheng, étudiante en économie et en mathématique, a constaté que les épiciers canadiens ont pu ajouter 3,27 millions de dollars à leurs revenus en arrondissant la somme des factures.

En 2012, le gouvernement fédéral avait annoncé le retrait de la petite pièce de monnaie de cuivre. Depuis ce temps, les paiements et opérations réglés en espèces doivent être arrondis au multiple de cinq cents le plus proche.

L’étudiante de 19 ans voulait savoir si le changement avait profité aux clients ou aux commerces. « L’arrondissement devient toujours un jeu de devinette, a-t-elle expliqué. C’est un jeu de devinette amusant parce que ça ne peut pas nuire à court terme, en regardant quelques sous. Mais à long terme, je me demandais si cela s’accumulait. »

Curieuse, l’étudiante a profité de ses temps libres pour enquêter sur le sujet. Premièrement, avec un camarade, elle a passé environ un mois et demi à éplucher plus de 18 000 prix dans des épiceries et a inscrit les données dans une feuille de calculs. Ils ont découvert que la plupart des prix finissaient par 99 ou 98 sous, des chiffres qui seront arrondis pour des transactions non taxées.

À l’aide de stimulations informatiques, elle a créé des « paniers » avec différents articles. Elle a ajusté différentes variables, dont le nombre d’articles et le montant des taxes, en plus de tenir compte de données de la Banque du Canada sur les méthodes de paiements les plus privilégiées par les consommateurs.

Selon elle, l’impact a été peu important pour les Canadiens, mais chaque épicerie a pu récolter en moyenne 157 $ de plus par année.

En octobre, à Montréal, l’article de Mme Cheng portant sur sa recherche a gagné une compétition de l’International Atlantic Economic Society, qui récompense le meilleur article d’un étudiant au premier cycle universitaire. Son étude devrait être publiée en juin prochain dans le journal de l’organisation.

Opinion discordante

Karl Littler, du Conseil canadien du commerce de détail, dit que son organisation ne partage pas les conclusions de Mme Cheng.

Selon lui, la méthodologie employée par l’étudiante ne reflète pas les véritables « paniers » d’épicerie. Il avance que la moyenne de la facture d’épicerie se situe à 53 $ et qu’elle est composée d’un plus grand nombre d’articles que ce que l’on retrouve dans la simulation de l’étudiante.

Des membres du conseil ont remarqué — sans étudier la chose en profondeur — que l’arrondissement de la pièce d’un cent bénéficiait équitablement aux épiciers et aux consommateurs, a mentionné M. Littler.

« Il n’y a pas de plan maléfique pour s’emparer des sous », a-t-il souligné.

Christina Cheng a expliqué qu’avec sa recherche, elle avait seulement tenté d’étudier un enjeu qui touche presque tous les jours les Canadiens. Son objectif n’était pas de diaboliser l’industrie alimentaire, a-t-elle assuré.

5 commentaires
  • André Savary - Abonné 18 décembre 2017 08 h 46

    on attend quoi??

    Est-ce la peur d'avoir peur, mais qu'est-ce qu'on attend pour indiquer des prix arrondis??
    Je trouve ça ridicule de voir les prix actuels .99$, .97$...comme si nous n’avions pas l'intelligence de comprendre que 98.99$ c’est 100 piastres. Tout comme les bananes a 0,38$ ça veut dire 40 cennes. Surtout qu'il est "impossible" de payer en devise canadienne de tels montants... Nous n'avons plus de cenne noire, toute donnée il y a quelques années au telle ou telle fondation!
    Est-ce que je vais payer en argent liquide pour sauver le 2 ou 3 sous qui me sera facturé sur ma carte de crédit...
    Non vraiment, me semble que ça ferait preuve de maturité et d’honnêteté de voir des prix affichés comme 5,00$...17,00$ tec.

    • Pierre Robineault - Abonné 18 décembre 2017 10 h 04

      Oui car c'est CQFD.

    • Julien Thériault - Abonné 18 décembre 2017 21 h 57

      Ça ne changerait strictement rien, car c'est le total de l'addition qui est arrondi, pas chaque prix individuellement. Et 1,93 kg de bananes à 80 cents le kilo, ça donnerait quand même 1,54 $. Et, avec 14,975% de taxes sur 3,75 $, ça donnerait quand même 4,31 $. Les quelques sous qu'on perd parfois sont compensés par ceux qu'on gagne sur les autres transactions. En fait, on pourrait aussi retirer les pièces de 5 cents et de 10 cents et tout arrondir à 25 cents et, selon toutes probabilités, le résultat serait le même. À 1,13 $ on paierait 1,25 $ mais à 1,12 $, on paierait 1 $. Et on serait débarassé de toute ces pièces qui n'ont aucune valeur.

  • Bernard Terreault - Abonné 18 décembre 2017 10 h 39

    Ça revient tout au même

    Les épiciers sont en concurrence. Le prix officiel, avec ou sans rabais, avec ou sans arrondissement (qui ne s'applique pas si on paye par carte), n'est pas un théorique prix "juste", mais celui qui permettra d'attirer ou garder les clients, tout en faisant, bon an mal an, un profit. Pouvez-vous me faire croire que je paye chaque fois le prix juste pour le même pot de yogourt qui, d'une semaine à l'autre ou d'un magasin à l'autre, coûte 4,39$ ou 1,99?

  • Serge Pelletier - Abonné 18 décembre 2017 19 h 39

    L'amateurisme avec un A super majuscule

    Cette histoire de retrait des sous noirs est de l'amateurisme avec un A super majuscule... La vente de l'idée au peuple: 1) ça coûte chher faires de cennes noires; 2) les détaillants vont devoir arrondir au plus près, soit en haut, soit en bas... Vous allez cher peuple être gagnant.

    Étrangement, depuis l'application de ce plus bas et de ce plus haut... Pratiquement tous mes achats (sauf en de très rares occasions) se terminaient à la caisse enregistreuse par un xx.56, un xx.66, un...Toujours un beau 6, un beau 7, 8, 9. Ce qui, sans trop paraître, montait de 4, 3, 2, 1 sous pour chacun des achats qui étaient payés en argent sonnant...

    En organisant les prix en conséquece de l'arrondissement suprieur les distributeurs de biens empochent ainsi des dizaines de milliers de dollars... Mais, le principe est beau "on arrondit"... Ouais, ouais!