L’inaction d’Ottawa quant à la Davie coûtera beaucoup plus que 800 emplois

Le chantier maritime de Lévis représente 50% de la capacité de production du Canada, mais n'a que 1% des contrats fédéraux. 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chantier maritime de Lévis représente 50% de la capacité de production du Canada, mais n'a que 1% des contrats fédéraux. 

Ce ne sont pas 800 emplois qui sont menacés à court terme par le refus d’Ottawa d’octroyer la construction d’un autre navire ravitailleur au chantier maritime Davie, mais bien plus de 1300 si on y ajoute les fournisseurs des régions de Québec et de Montréal.

Les représentants de la Coalition pour la sauvegarde du chantier Davie étaient de passage à Montréal jeudi, où ils ont lancé un appel pressant aux députés libéraux du Québec afin qu’ils fassent pression sur le gouvernement Trudeau pour qu’il comprenne l’urgence de la situation. L’entreprise a dévoilé les résultats d’une enquête qu’elle a menée auprès de 205 de ses 219 fournisseurs de la région de Montréal qui révèle que plus de la moitié d’entre eux seront affectés négativement par l’absence de nouvelle commande fédérale et qu’ils prévoient près de 160 mises à pied à court terme.

Ce nombre s’ajoute aux 800 travailleurs du chantier Davie qui seront mis à pied avant la fin de l’année et aux 350 autres chez ses fournisseurs de la région de Québec.

Or, les besoins sont là puisque la stratégie maritime du Canada, dévoilée il y a sept ans, prévoit à long terme des investissements de plus de 100 milliards pour renouveler la flotte de la Garde côtière, de la marine et plusieurs grands traversiers. De leur côté, les deux autres grands chantiers maritimes du pays, celui de Seaspan à Vancouver et celui d’Irving à Halifax, ont déjà des carnets de commandes remplis pour plusieurs années.

« On n’essaie pas d’arracher des travaux des autres chantiers au Canada ; il y a assez de travail pour les trois chantiers », fait valoir Spencer Fraser, président et directeur général de Federal Fleet Services, une filiale du propriétaire du chantier Davie qui agit comme intermédiaire pour les contrats fédéraux.

La situation est complètement incompréhensible pour les administrateurs de Davie et la Coalition : le chantier de Lévis, qui est capable de construire sept bateaux à la fois, représente 50 % de la capacité de production au Canada, mais n’a que 1 % des contrats fédéraux. « Ces deux chantiers ont environ 75 milliards de dollars de contrats qui vont arriver chez eux et la Davie, zéro », s’insurge Spencer Fraser. Il y voit strictement le résultat d’un poids politique démesuré des deux entreprises côtières.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral, le premier ministre Justin Trudeau en tête, fait miroiter d’autres contrats à venir totalisant 2 milliards. Cependant, l’analyse des critères d’octroi de ces contrats démontre que la Davie ne pourrait soumissionner que pour environ 25 millions, soit à peine 1,25 % du total. Chantier Davie a récemment fait des représentations auprès du premier ministre pour dénoncer ces critères extrêmement restrictifs qui l’excluent spécifiquement, une situation que M. Fraser attribue encore une fois à une fonction publique hostile envers le chantier du Québec.

5 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 15 décembre 2017 07 h 01

    Êtes vous surpris ?

    Ils savaient ces bons hommes de la fédération qu'ils allaient être obligés d'après le programme de la péréquation de verser au Québec 11.7 milliards de $. Et comme il y aura des élections au Québec en 2018, ils y rajoutent un petit 740 et quelques millions, oh! surprise, via un petit changement dans la façon de calculer leur péréquation.

    Alors, en ce qui concerne la distribution des contrats fédéraux ils décident, ces bons fonctionnaires fédéraux, de la répartition de ceux-ci, car ils ne sont obligés à aucun programme. Tout comme les prêts et les subventions aux provinces. Dans le secteur automobile en Ontario, ce sont des subventions. Dans le secteur aéronautique au Québec ce sont des prêts sans intérêts. Il faut que le Québec rembourse.

    Donc la péréquation, les subventions, les prêts c'est un calcul pour moyen terme.

    Combien avons nous, le Québec, envoyé à Ottawa en impôts et TPS au cours de l'année 2017 ? Ça, personne n’en parle.

  • Denis Paquette - Abonné 15 décembre 2017 08 h 19

    quel régime pourri

    voila ce qui arrive quand tu es au service de prédateurs sans coeur, j'espère qu'ils n'ont pas l'effronterie de dire que c'est le résultat de la démocratie participative, quel régime pourri ca fait juste deux cent ans que nous en faisons les frais

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 15 décembre 2017 08 h 21

    Trop tard !

    On a trop attendu, maintenant ils font ce qu'ils veulent avec le Québec.

  • Gilles Teasdale - Abonné 15 décembre 2017 12 h 25

    Beau pays

    Peuple à genous

  • Pierre Brosseau - Abonné 15 décembre 2017 12 h 31

    LE POIDS POLITIQUE DU QUÉBEC ?

    Depuis que le père Trudeau a promis, en échange d'un NON au référendum de 1995, des "changements", on a bien vu de quels changements il s'agissait: une constitution entrée de force dans la gorge et que le Québec refuse de signer; une loi sur la"clarté" qui est "clairement" une prison constitutionnelle; des inégalités dans les investissements en recherche/développement, dans le support aux industries stratégiques, dans l'octroi des contrats de construction navale, etc. La liste est longue et ne fera que s'allonger encore.

    Le poids politique du Québec n'a rien à voir avec le nombre d'élus libéraux à Ottawa. On l'a vu avec les 74 "moutons" lors des belles heures de Trudeau sr.

    Et son poids démographique ? Les fédéralistes peuvent remporter le pouvoir sans le Québec, ce qui était impensable il y a une génération à peine.

    Les Québécois se sont dit Non deux fois. Avalons notre pilule.