Quelle place pour la Caisse de dépôt dans l’épargne collective du système de retraite?

Yves-Thomas Dorval, président du CPQ
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Yves-Thomas Dorval, président du CPQ

La commission chargée d’étudier la bonification du Régime de rentes du Québec au cours des prochaines décennies a fait un bref détour cette semaine sur un sujet dont la dernière apparition publique remontait à 2009 : la place prépondérante qu’occupe la Caisse de dépôt et placement dans la gestion de l’épargne collective.

La question soulevée par le Conseil du patronat du Québec découle de la mise en place de nouvelles cotisations pour créer, au sein du Régime de rentes du Québec, un régime supplémentaire visant à augmenter les revenus à la retraite déjà offerts par le régime de base.

« La question de la concentration de l’épargne, c’est une question qu’il faut se poser », a dit le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval, lors de son passage à la Commission de l’économie et du travail mercredi soir. Un actuaire de Mercer qui l’accompagnait, Michel St-Germain, a fait valoir que le régime supplémentaire, en 2040, sera aussi gros que le régime de base et qu’il sera deux fois plus gros en 2065.

Au 31 décembre 2016, les actifs confiés à la Caisse par le Régime de rentes du Québec (RRQ) atteignaient 62,2 milliards. Ce régime de base devrait toucher 162 milliards en 2040, selon une évaluation actuarielle. Il atteindra 356 milliards en 2065, mais le régime supplémentaire sera alors rendu, à lui seul, à 792 milliards.
 

 


« Seriez-vous en train de nous suggérer de regarder un autre gestionnaire pour ce fonds-là, ou de rester à la Caisse de dépôt mais de trouver un autre mécanisme de contrôle et de reddition de comptes ? » a demandé sans détour le ministre des Finances, Carlos Leitão.

Fierté des Québécois

Le fait de poser la question n’est d’aucune façon un jugement porté sur le travail de la Caisse, a répondu le président du CPQ. « Je pense que le Québec peut être fier de ce qui se fait à la Caisse. Mais la concentration est un enjeu. Quand on parle de placements, de gestion du patrimoine, de la réserve des retraites des Québécois, la concentration n’a jamais été suggérée comme étant la meilleure façon de procéder. Je comprends que le gestionnaire peut avoir une diversification dans ses placements, mais il reste quand même qu’à la fin, c’est toujours au sein d’une même organisation. »

« Sans dire qu’il faut aller vers ce que vous dites, la réflexion doit se poser », a conclu M. Dorval en s’adressant au ministre.

La Caisse de dépôt et placement ne commente pas généralement les mémoires déposés à l’Assemblée nationale.

La question de la concentration de l'épargne, c'est une question qu'il faut se poser

 

En entrevue, M. Dorval a indiqué vendredi que, parmi les risques auxquels la Caisse pourrait être confrontée un jour, figurent les risques politiques « ou autres ». Aussi, dit-il, la place de l’institution dans l’économie du Québec est proportionnellement plus grande que celle du Régime de pensions du Canada dans l’économie canadienne, par exemple.

Crise financière

La dernière fois que l’importance de la Caisse a été remise en question, les caisses de retraite, petites et grandes, venaient de recevoir une crise financière planétaire en pleine figure. Comme d’autres, la Caisse de dépôt avait vu son actif sous gestion fondre de 25 %.

Un ancien président de la Banque Nationale, Léon Courville, écrivit alors au Devoir pour critiquer la gouvernance de l’époque en plus de suggérer sa scission en trois divisions. « Elle n’a pas besoin de cette taille disproportionnée à notre économie et notre société pour opérer efficacement », affirmait-il dans la page Idées. « Si l’on veut éviter des pertes dont l’équivalent aux États-Unis dépasserait le billion (1000 milliards), il convient de diversifier les risques […]. » L’éditeur émérite du journal Les Affaires suggérait lui aussi de réfléchir à sa scission.

L’actif de la Caisse était alors passé de 155 milliards à 120 milliards. Il y a quelques mois, lors des résultats semestriels de 2017, il était rendu à 286 milliards. Sur dix ans, son rendement annualisé est de 10,6 %, au-delà de son indice de référence de 9,3 %.

3 commentaires
  • Lucia Ferretti - Inscrite 2 décembre 2017 10 h 26

    Attention à la déportation de l'épargne québécoise

    Malgré sa taille imposante, la CDP ne gère qu'une fraction des sommes accumulées par les Québécois pour leur retraite. Il existe des milliers de caisses de retraites au Québec et la plupart sont gérées par de très grandes sociétés de placement sises à Toronto, qui n'investissent pas dans l'économie québécoise.

    Déjà en 1998, la revue L'Action nationale avait montré que plus de 80% de l'argent des caisses de retraites québécoises était investi hors Québec et créait des emplois dans des industries et des entreprises de services financiers hors Québec. Dans bien des cas, ces placements ne donnaient même pas un meilleur rendement que ceux qui auraient pu être faits ici dans les actions de compagnies québécoises ou les obligations des municipalités et des établissements d'éducation ou de santé. Dans bien des cas aussi, cet argent était placé dans des pays où la situation politique était à l'époque bien plus "incertaine" (Irlande du Nord, Malaisie) qu'au Québec. À l'époque déjà, seuls Fondaction de la CSN, le Fonds de solidarité de la FTQ et la CDP plaçaient au Québec plus de la moitié de l'argent qu'ils administraient. L'argent des Québécois.

    La situation s'est aggravée depuis, notamment parce que la CDP elle-même s'est beaucoup délestée de son devoir de stimuler l'économie québécoise. Il ne faudrait pas affaiblir sa capacité restante de soutenir le développement de notre économie. Au contraire, il faut lui confier la gestion d'un plus grand nombre de caisses de retraite et faire pression pour qu'elle suscite et stimule les projets de développement économique partout au Québec. Plus d'emplois pour les Québécois, plus d'exportations pour nos entreprises, c'est le gage d'une prospérité collective qui va rejaillir sur la prospérité individuelle. Des projets rentables, il y en a ici aussi!

    Ça suffit les menaces sur les trop rares outils collectifs dont nous disposons encore pour avoir prise sur notre économie.

  • Richard Gratton - Inscrit 2 décembre 2017 11 h 05

    Sabia fait une excellente job !

    Faisons tout pour garder ces excellents gestionnaires et payons-les le prix qu'ils valent !

  • Clermont Domingue - Abonné 2 décembre 2017 18 h 13

    Pourquoi changer ce qui marche bien?

    Un actif de 286 milliards et un rendement supérieur à 10%. Pourquoi chercher mieux?

    Le seul avantage de cinder en deux ou en trois serait d'avoir deux administrations de plus et des jobs très bien payés pour les chanceux des nouvelles organisations.