Revenu minimum garanti: une fausse bonne idée

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, promet de sortir 100 000 personnes de la pauvreté. 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, promet de sortir 100 000 personnes de la pauvreté. 

Il arrive parfois que l’on ait de fausses bonnes idées. Même lorsqu’on est bien intentionné. Et souvent parce que la réalité est plus complexe qu’on le voudrait.

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a mal reçu mardi le rapport du comité d’experts qu’il avait mis sur pied pour se pencher sur l’idée d’un revenu minimum garanti au Québec, le jugeant « assez confus », « difficile à suivre » et truffé de « contradictions ». La surprise du ministre était elle-même étonnante — surtout de la part de quelqu’un qui a déjà écrit un livre universitaire sur le sujet — quand on sait que les trois économistes sont essentiellement arrivés aux mêmes constats que la plupart des experts qui s’étaient penchés sur la question avant eux.

Il faut admettre que l’idée d’un revenu minimum universel a tout pour plaire. Il s’agit de verser à chaque citoyen, pauvre ou riche, un revenu suffisant pour couvrir ses besoins essentiels. De cette façon, non seulement s’assure-t-on que personne ne se retrouve avec moins que le strict minimum, mais on règle aussi toutes sortes d’autres problèmes, comme l’aide financière aux études, l’appui aux travailleurs qui perdront leurs emplois à cause des robots ou la reconnaissance de la contribution économique des parents qui restent à la maison, des aidants naturels et autres travailleurs bénévoles.

36 milliards pour une version au rabais

On devine bien que le principal obstacle à l’adoption d’un tel salaire citoyen universel serait son coût prohibitif, même s’il permettrait de simplifier les filets sociaux des gouvernements et si les plus riches, qui recevraient leurs chèques comme les autres, pourraient aussi payer plus d’impôt. Ce n’est pas un hasard si aucun gouvernement n’a jamais osé se lancer dans cette aventure.

Et ces projets-pilotes en Finlande, aux Pays-Bas et même en Ontario ? demanderont certains. En fait, ces expériences ne visent pas à verser à tous un revenu minimum universel. Il s’agit plutôt de remplacer la multitude de programmes d’aide s’adressant à un sous-groupe de la population, en l’occurrence les plus démunis, par le versement unique d’un revenu censé assurer le minimum.

En 2015, au Québec, les gouvernements ont versé environ 30 milliards en différentes mesures de soutien du revenu, dont un peu plus du tiers (11 milliards) venait de Québec et le reste d’Ottawa. Cela permet, par exemple, de donner un peu moins de 9400 $ par année à une personne seule jugée sans contrainte à l’emploi, ce qui reste loin de la mesure du panier de consommation (MPC) censée estimer les besoins de base et qui s’élève à 17 716 $. Le comité d’experts du ministre Blais a calculé que, même si l’on voulait seulement laisser inchangées les prestations aux plus démunis et verser à tous les autres Québécois de 18 ans et plus un salaire citoyen de 5832 $ par an, il en coûterait déjà 36 milliards de plus.

Pas si mauvais, finalement

Le comité en a conclu logiquement qu’il vaudrait mieux continuer de concentrer l’effort financier sur ceux qui en ont le plus besoin. Dans de longs passages de son rapport, que certains ont voulu voir confus, il a essayé de dresser le bilan du système actuel en fonction notamment des critères d’équité, d’efficience et d’incitation au travail.

Le hasard a voulu que des experts de l’Université McGill lancent le même jour un ouvrage sur le même sujet et qui arrive sensiblement aux mêmes conclusions. Basées sur plusieurs données inédites, les recherches du professeur Axel Van den Berg et de son équipe concluent que le Québec a généralement mieux réussi que les autres en Amérique du Nord à freiner la montée des inégalités et à réduire la pauvreté. Il se comparerait même aux meilleurs pays européens en ce qui concerne les ménages avec enfants, particulièrement lorsque les parents ont un travail.

Ce succès serait notamment attribuable à la plus grande générosité de ses programmes sociaux, ainsi qu’aux mesures encourageant la recherche d’emploi, comme les primes au travail à l’assurance sociale, mais aussi le réseau québécois de garderies subventionnées.

Le portrait est nettement moins brillant pour les personnes seules et les ménages sans enfant. Aussi, le comité propose d’augmenter unpeu leurs prestations, d’assouplir certaines règles et de rehausser d’un milliard les ressources consacrées à la prime au travail.

Les partis d’opposition et les groupes de défense des plus démunis sont encore plus insatisfaits que le ministre Blais. Certains exigent qu’on cesse ce chantage au retour à l’emploi et qu’on remonte minimalement l’aide financière au niveau de la MPC. On réclame aussi le relèvement immédiat du salaire minimum à 15 $ l’heure, une autre idée en vogue en Amérique du Nord que plusieurs experts estiment mal adaptée à la réalité québécoise et même contre-productive pour les plus démunis.

Quoi qu’il en soit, la plupart de ces nouvelles mesures nécessiteront des ressources budgétaires supplémentaires. Le ministre des Finances, Carlos Leitão, doit faire le point mardi sur le financement de la future stratégie nationale de son collègue, François Blais, qui promet de sortir 100 000 personnes de la pauvreté. On s’attend à ce que M. Leitão profite aussi de sa mise à jour économique pour annoncer des baisses d’impôt d’un milliard.

26 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 novembre 2017 00 h 46

    Le statut-qu’o n'est pas une option valable!

    Le statut-qu’o n'est pas une option valable. Ne rien faire nous coute plus que les sommes nécessaires pour sortir les gens de la pauvreté. Le comité d'experts devrait essayer de vivre avec $628 par mois pour qu'ils puissent comprendre que c'est impossible de survivre avec ce montant. La pauvreté dans une société riche est inacceptable.

    • Marguerite Paradis - Inscrite 17 novembre 2017 13 h 00

      DIGNITÉ-RÉCIPROCITÉ-LIBERTÉ

      Voilà mon gouvernail pour méditer et me positionner dans le Vivre-ensemble et le lien social. L’un des outils « incontournables » a cette posture est le revenu de citoyenneté.

      Il n’y a pas qu’un déficit d’attention chez nos « penseurEs, il y a un déficit d’imagination, un déficit d’intention et un déficit d’ancrage.
      M.P.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 novembre 2017 13 h 19

      On assiste ici à un exercice de rationalisation typique des genres d’organisations de types comptables, qui plutôt que de libérer les peuples, préfèrent en or et toujours les contrôler.

      Combien de ces gens là vivent sous le seuil de la pauvreté....? Aucun. Et le pléthorique ministre encore moins.

      Qu’il retourne donc faire des bulles dans son placard universitaire...

    • Clermont Domingue - Abonné 17 novembre 2017 18 h 02

      Madame Alexan,je pense comme vous. Mettre de l'argent dans les mains des pauvres ou des gens ordinaires augmente la vélocité de la monnaie et stimule l'économie.Le réseau des garderies en a fait la preuve.

      Diminuer les impôts des plus aisés favorise l'épargne, mais stimule moins l'économie.L'argent qu'on ajoute sur le tas, c'est de l'argent mort.

  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2017 00 h 53

    qui a préparé ce rapport

    Il faudrait voir qui a préparé ce rapport,

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 novembre 2017 09 h 46

      Tout est ici:

      http://www.gouv.qc.ca/FR/RevenuMinimumGaranti/Page

      Mais on ne digère pas ces documents en 10 minutes. En fait il faut avoir un véritable intérêt sur le sujet ce faire, et prendre le temps de bien comprendre l'analyse faite qui semble belle et bien être de grande qualité.

      Pour le "qui" ils sont trois, et de trois universités.

      - Dorothée Boccanfuso, professeure titulaire au Département d’économique de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke

      -Jean-Michel Cousineau, économiste, professeur titulaire à l’École de relations industrielles de l'Université de Montréal

      -Raquel Fonseca, professeure agrégée au Département des sciences économiques de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

      A cela s'ajoute un autre étude, mais cette fois de l'université McGill, ce qui fait que rarement un sujet social aura été fouillé silmutanément par autant d'institutions univesitaires au Québec.

    • Christian Montmarquette - Abonné 17 novembre 2017 09 h 55

      À Jean-Yves Arès,

      Quand on sait que deux des trois experts proviennent de CIRANO et l'autre de l’École de relations industrielles..

      Ça ne prend pas la tête à Pépinot pour comprendre que ce comité directement nommé par Couillard lui-même, est comme la Tour de Pise et ne penche que d'un seul côté:

      - À droite toutes !

      Christian Montmarquette

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 novembre 2017 12 h 03

      Bien oui, quelle drôle d'idée que de faire les études d'un tel projet par des spécialistes de gestion économiques et sociales !

      Pour ne pas être a droite voudriez que l'étude du sujet soit fait par qui au juste chez QS ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 novembre 2017 07 h 37

      Corrigé.


      "Bien oui, quelle drôle d'idée que de faire les études d'un tel projet par des spécialistes de gestion économiques et sociales!" - Yves Arès

      Bin oui, que vaut le jugement et la capacité d'analyse de spécialistes de gestion économiques qui proposent d'augmenter un BS de 628$ par mois d'une 1,30$ par jour? :

      Le pot de beurre de pinottes par semaine de plus que ça leur permettra de s'acheter avec.

      Christian Montmarquette

    • Jean-Yves Arès - Abonné 18 novembre 2017 14 h 18

      Toute votre analyse se limite a savoir "qui a fait ça". Pas pour savoir ce qui y est dit. Pour ensuite prendre une position mental fermée, digne des comportements racistes.

      Si un ou une telle collabore avec tel organiste c'est une pourrie de droite. Merci bonjour, tout est vu.

  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2017 08 h 47

    comme si tout était une affaire de système

    nous avons déjà des BS de la troisième et de la quatrième génération, que voulons-nous de plus, ce n'est pas d'un salaire minimun que nous avons de besoin, mais de motivateurs capables de transmettent le gout de la vie, et s'il faut donner un peu plus pourquoi pas,mais de la a tout normer, je ne suis pas d'accord , car c'est vraiment passer a coté de ce qui est important, etre de plus en plus dépendant n'est pas la solution

  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2017 08 h 47

    comme si tout était une affaire de système

    nous avons déjà des BS de la troisième et de la quatrième génération, que voulons-nous de plus, ce n'est pas d'un salaire minimun que nous avons de besoin, mais de motivateurs capables de transmettent le gout de la vie, et s'il faut donner un peu plus pourquoi pas,mais de la a tout normer, je ne suis pas d'accord , car c'est vraiment passer a coté de ce qui est important, etre de plus en plus dépendant n'est pas la solution

    • François Genest - Inscrit 17 novembre 2017 10 h 17

      Admettant qu'un revenu minimum établi en proportion du calcul des coûts de la satisfaction des besoins vitaux soit nuisible à ceux qui s'en contentent, ce dont je ne suis pas convaincu, avez-vous une idée de ce que pourraient être ces motivateurs que vous évoquez?

    • François Genest - Inscrit 18 novembre 2017 12 h 07

      Je veux sincèrement savoir si vous avez une idée là-dessus.

  • Christian Montmarquette - Abonné 17 novembre 2017 08 h 51

    « 630 $ X 12 = 7,560 $ »


    Selon mes « savants » calculs...

    Un revenu de 630$ par mois X 12 mois = 7,560$ par année pour les personnes seules à l'aide sociale. - Pas 9,400$ par année.

    D'où sort donc ce 1,840$ de plus par année ?

    Christian Montmarquette

    • Mario Jodoin - Abonné 17 novembre 2017 14 h 48

      On peut lire dans le rapport :

      «Les mesures d’aide financière de base (excluant le soutien fédéral aux aînés) correspondent à l’ensemble des autres mesures d’aide financière de base du régime de soutien du revenu, soit le crédit d’impôt pour la solidarité, le crédit d’impôt remboursable pour la TPS, les prestations d’aide sociale et l’Allocation-logement.»