Les Canadiens se préparent à un échec de la renégociation de l’ALENA

Un sondage, réalisé par le «Wall Street Journal» auprès d’une soixantaine d’économistes américains, fixait, la semaine dernière, à 26% la probabilité d’un retrait américain de l’ALENA.
Photo: Judi Bottoni La Presse canadienne Un sondage, réalisé par le «Wall Street Journal» auprès d’une soixantaine d’économistes américains, fixait, la semaine dernière, à 26% la probabilité d’un retrait américain de l’ALENA.

Les Canadiens se préparent le coeur à un échec de la renégociation de l’ALENA, selon un sondage.

Près de six Canadiens sur dix croient qu’Ottawa est sincère lorsqu’il affirme vouloir promouvoir un commerce plus progressiste en réclamant notamment l’ajout dans l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de normes plus élevées en matière de droit du travail, d’environnement et d’autres enjeux sociaux, selon un sondage Environics, réalisé pour le compte de la centrale syndicale canadienne Unifor et dévoilé mercredi. Plus de 80 % des répondants appuient d’ailleurs ces demandes et pensent que leur pays devrait quitter la table de négociation plutôt que de signer une mauvaise entente. Or plus des trois quarts des Canadiens ne croient pas que le gouvernement du président américain, Donald Trump, soit capable d’accepter les changements réclamés par le Canada.

« Il est clair que les Canadiens ne sont pas prêts à accepter aveuglément un accord à n’importe quel prix », a déclaré par communiqué le président d’Unifor, Jerry Dias, lors du dévoilement de l’enquête Internet réalisée du 5 au 16 octobre auprès de 2000 répondants.

Les premiers travaux de la cinquième ronde de renégociation de l’ALENA ont commencé mercredi à Mexico. Les discussions doivent se poursuivre jusqu’au 21 novembre. Prenant acte du fossé qui s’était encore creusé entre eux, le Canada, les États-Unis et le Mexique avaient convenu au terme de la ronde précédente le mois dernier à Washington d’espacer leurs rencontres et de reporter de la fin de l’année à la fin du mois de mars 2018 l’échéance qu’ils s’étaient fixée au départ pour arriver à une entente.

Pas de ministres à Mexico

Estimant avoir déjà beaucoup discuté entre eux des négociations en cours cette semaine, en marge du sommet du Forum de la Coopération économique de la zone Asie-Pacifique (APEC) au Vietnam, les trois ministres responsables du dossier ont également annoncé mercredi qu’ils laisseraient, cette fois, leurs négociateurs travailler sans eux à Mexico. L’atmosphère avait été glaciale lors de leur conférence de presse conjointe tenue à la fin de la 4e ronde de négociations à Washington. Les États-Unis en avaient profité pour présenter une série de demandes jugées parfaitement inacceptables par les deux autres pays, dont l’introduction d’une disposition de temporarisation de cinq ans, l’élimination ou la neutralisation des mécanismes de règlement des différends et une forte augmentation du contenu américain minimum dans la fabrication des autos nord-américaines.

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a déclaré mardi que les Mexicains et les Canadiens avaient trop à perdre dans ces négociations pour ne pas accepter d’y faire des concessions et qu’ils allaient finir par « comprendre le bon sens et signer une entente raisonnable ».

Un autre sondage, réalisé celui-là par le Wall Street Journal auprès d’une soixantaine d’économistes américains, fixait, la semaine dernière, à 26 % la probabilité d’un retrait américain de l’ALENA. Selon 82 % de ces experts, un tel retrait se traduirait par une croissance économique plus faible aux États-Unis pendant au moins deux ans, alors que pour 7 % ce ralentissement serait si important qu’il causerait une récession.

Le huard sans l’ALENA

L’économiste du Mouvement Desjardins Benoit Durocher a estimé, quant à lui, dans une brève analyse dévoilée mercredi, qu’en cas d’effondrement de l’ALENA, les principales exportations canadiennes aux États-Unis ne feraient pas face à une augmentation si forte des tarifs commerciaux américains parce qu’elles retomberaient, au pire, sous le régime des règles de l’Organisation mondiale du commerce. « Cela dit, les effets indirects pourraient être plus importants », a-t-il admis, citant entre autres l’impact de l’incertitude qui en découlerait sur les investissements des entreprises, le danger que les États-Unis lèvent d’autres barrières commerciales non tarifaires, mais aussi le danger qu’un petit recul de la compétitivité des produits canadiens ouvre la porte encore plus grande à la concurrence d’autres pays (comme la Chine) sur le marché américain.

Un autre économiste du Mouvement Desjardins avait expliqué la semaine dernière qu’en cas de mort de l’ALENA, le Canada pourrait probablement compter sur une chute de sa devise aux environs de 0,70 ¢US, et peut-être sur d’autres baisses par la suite si les États-Unis décidaient de faire la vie dure à ses exportations.