Google visé par une enquête aux États-Unis

Le géant américain est soupçonné d’utiliser abusivement les données personnelles des utilisateurs et de se servir de sa position dominante pour manipuler les résultats de recherche à son avantage.
Photo: Robert Galbraith Agence France-Presse Le géant américain est soupçonné d’utiliser abusivement les données personnelles des utilisateurs et de se servir de sa position dominante pour manipuler les résultats de recherche à son avantage.

Après l’amende européenne record infligée à Google pour abus de position dominante, le groupe fait l’objet de poursuites aux États-Unis, où la critique des géants technologiques fait aussi irruption dans le débat politique.

Le procureur général du Missouri, Josh Hawley, vient de lancer une enquête contre le géant américain, qu’il soupçonne d’utiliser abusivement les données personnelles des utilisateurs et de se servir de sa position dominante pour manipuler les résultats de recherche à son avantage, des accusations largement similaires à celles de la Commission européenne. Celle-ci lui a infligé cet été une amende de 2,4 milliards d’euros pour avoir abusé de sa position dominante afin de favoriser son comparateur de prix. Le groupe a interjeté appel. La Commission a sur le feu deux autres dossiers dans lesquels elle pourrait aussi le sanctionner : sur Android, son système d’exploitation pour téléphones intelligents, et sur AdSense, sa régie publicitaire.

Offensive généralisée en Europe

Protection des données, optimisation fiscale, position dominante : la Commission s’est lancée dans une offensive généralisée contre les géants technologiques, menée par la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui a aussi Apple ou Amazon dans son viseur. La décision européenne de juin constitue incontestablement un tournant, selon Scott Cleland, consultant et auteur de Search and Destroy. Why we can’t trust Google (Recherche et destruction. Pourquoi on ne peut pas faire confiance à Google).

« Le grand changement aux États-Unis est intervenu quand l’amende [européenne] a été annoncée », insiste M. Cleland, qui relève qu’alors « personne au gouvernement, à la Maison-Blanche ou au Congrès n’a pris publiquement la défense de Google ». « Le silence était assourdissant. »

De fait, le président Donald Trump n’a jamais caché son hostilité à l’égard des géants de la Silicon Valley. Qui plus est, Google, mais aussi Facebook ou Twitter sont sous le feu des critiques de nombreux parlementaires — démocrates comme républicains — qui estiment qu’ils ont servi de plateforme à la désinformation venue de Russie pendant la campagne présidentielle de 2016.

« Non seulement Google va faire face pendant des années aux enquêtes de la Commission européenne […], mais cela pourrait servir de base pour d’autres régulateurs de la concurrence ailleurs dans le monde », estime Mark Blafkin, du cabinet-conseil en communication Vrge Strategies. Lui aussi estime que l’amende européenne est une « première brèche significative ».

Le procureur du Missouri a d’ailleurs cité l’amende européenne pour appuyer son argumentation. « Lorsqu’une entreprise a accès à autant d’informations sur les consommateurs que Google, il est de mon devoir de m’assurer qu’elle les utilise convenablement », a affirmé Josh Hawley, républicain qui vise un poste de sénateur en 2018. En retour, Google a fait valoir qu’il disposait de « solides mesures de protection de la vie privée ».

D’autres procureurs d’États américains pourraient rejoindre le mouvement contre Google, estime Scott Cleland, qui note que le sujet est largement bipartisan, réunissant démocrates et républicains. Plusieurs États, comme le Mississippi, l’Utah ou le Texas ont déjà engagé des actions contre l’entreprise, avec des fortunes diverses, relève-t-il aussi.

« À terme, je serais très étonné qu’il n’y ait pas une nouvelle plainte officielle contre Google à partir des actions de ces procureurs, qu’elle émane de la FTC [régulateur américain du commerce] ou du ministère de la Justice », dit encore M. Cleland, qui relève, comme Mark Blafkin, qu’il y a déjà eu des précédents. En 2012 et 2013, Google avait signé des accords à l’amiable, moyennant finance, avec la FTC et 38 États américains pour mettre fin à des poursuites sur différents aspects de ses activités.

Si des voix s’élèvent pour demander à la FTC de rouvrir son enquête, cela reste cependant loin d’être acquis. Pointant « les bénéfices évidents pour le consommateur de l’innovation technologique », la FTC s’est déclarée récemment hostile à l’idée d’utiliser la législation antitrust contre les géants du secteur.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 16 novembre 2017 02 h 08

    sont-elles fascistes

    Ho! est-ce que les grandes agences ont le droit d'utiliser les informations personnelles des gens a leur fin et surtout selon leurs intérets personnelles, voila une question qui chicote le monde, ces agences sont-elles éminament fascistes