Marché du carbone: la Californie entrevoit une alliance transatlantique

Une femme à la plage Playa Del Rey, à Los Angeles, en Californie. La Californie n’en est pas à ses premières explorations extrafrontalières en matière de lutte contre les changements climatiques.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Une femme à la plage Playa Del Rey, à Los Angeles, en Californie. La Californie n’en est pas à ses premières explorations extrafrontalières en matière de lutte contre les changements climatiques.

Après s’être unie au Québec et à l’Ontario, la Californie va passer les prochains mois à explorer avec l’Europe les façons d’établir un marché du carbone transatlantique.

Le gouverneur de l’État a profité de la conférence climatique COP23, qui se déroule à Bonn jusqu’à la semaine prochaine, pour annoncer ce nouveau chantier tout en incitant l’Europe, plus grand marché du carbone au monde, à consacrer plus d’efforts à la décarbonisation de l’économie.

« Nous sommes déjà liés au Québec, nous le serons bientôt à l’Ontario. D’autres États songent à se joindre à nous », a indiqué mardi le gouverneur californien, Jerry Brown, au deuxième jour de la conférence. « Cela constituerait un investissement concret dont pourrait faire partie la Californie, d’autres États et d’autres provinces. »

Le marché du carbone mis sur pied par l’Union européenne compte 31 pays participants et couvre environ 45 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Selon les autorités européennes, il compte pour plus des trois quarts des échanges de droits d’émission dans le monde.

Celui du Québec, créé en 2013, couvre environ 85 % des émissions de GES de la province et devrait rapporter 3,3 milliards sur sept ans. Cet argent est versé au Fonds vert. Depuis 2014, il est uni à celui de la Californie, avec laquelle il organise des enchères conjointes sur les droits d’émission. Compte tenu de l’arrivée récente de l’Ontario, ce marché tripartite sera le deuxième en importance au monde.

Un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission (SPEDE) décerne un certain nombre d’unités aux émetteurs, mais ceux-ci sont assujettis à un plafond qui diminue de façon graduelle au fil des ans. Ceux qui dépassent le plafond autorisé doivent se procurer des droits supplémentaires, alors que les autres peuvent revendre les leurs.

Les SPEDE sont au coeur de la stratégie des États visant à réduire la pollution. Le gouvernement Trudeau, dont l’objectif est de diminuer les émissions canadiennes de 30 % d’ici 2030 par rapport à 2005, a récemment avisé toutes les provinces qu’elles devaient avoir en place une stratégie de tarification du carbone d’ici 2018, qu’il s’agisse d’un SPEDE ou d’une taxe sur le carbone.

Main tendue à la Chine

La Californie n’en est pas à ses premières explorations extrafrontalières en matière de lutte contre les changements climatiques, d’autant plus que le gouvernement Trump fait bande à part depuis son élection. Par exemple, la Californie est entrée en contact avec la Chine plus tôt cette année pour mettre en commun leurs efforts dans le fonctionnement des marchés du carbone. Une attachée de presse de l’ex-ministre de l’Environnement, David Heurtel, avait alors indiqué au Devoir en juillet que « nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires pour notre marché du carbone ». Il a été impossible d’obtenir des commentaires mercredi.

« L’Union européenne doit en faire plus, a dit M. Brown mardi. La Californie doit en faire plus. Le monde doit en faire plus. » Le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, a dit que la Californie et l’Union européenne sont des « partenaires naturels ».

Selon la Banque mondiale, une quarantaine de pays et une vingtaine de gouvernements régionaux ont jusqu’ici adopté des systèmes de tarification du carbone.

Dans la mesure où une part substantielle des émissions est attribuable au transport automobile, l’Union européenne a indiqué mercredi qu’elle souhaite une réduction de 15 % des émissions de CO2 d’ici 2025, par rapport au niveau de 2021. D’ici 2030, l’UE vise une diminution de 30 %.