Salué par les experts, le plan pour améliorer le RRQ prendra des décennies

Le débat portant sur les divers piliers de la retraite et sur la nécessité d’épargner davantage a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le débat portant sur les divers piliers de la retraite et sur la nécessité d’épargner davantage a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années. 

Il faudra attendre 2065 pour que les mesures de bonification du Régime de rentes du Québec, mises en place entre 2019 et 2024, puissent exercer leur plein effet sur le niveau de vie à la retraite des travailleurs qui auront cotisé pendant toute leur carrière.

Cette date se trouve dans un rapport actuariel déposé jeudi par Québec, qui s’est rangé du côté d’Ottawa et des autres provinces en annonçant son intention de porter de 25 % à 33,3 % le taux de remplacement du revenu à la retraite.

Les cotisations supplémentaires, qui seront prises en charge en parts égales entre employeurs et travailleurs, totaliseront 421 millions en 2019. Elles atteindront 1,5 milliard en 2021, pour ensuite progresser vers 4,3 milliards en 2025. L’annonce faite jeudi a été bien accueillie par les experts et les syndicats, tandis que le milieu des affaires se préoccupe des coûts.

Obligatoire pour tous les travailleurs, le système repose sur deux volets : une bonification du régime de base, qui passera de 25 à 33,3 %, mais aussi une hausse du maximum des gains admissibles. Ce deuxième volet géré de façon distincte couvrira les gains admissibles de 54 900 $ à 62 500 $.

Photo: Retraite Québec

Reposant déjà sur une cotisation de 10,8 %, le régime de base sera alimenté par un taux de cotisation additionnel de 2 %, mis en vigueur de 2019 à 2022, alors que le volet supplémentaire sera soutenu par un taux de 8 %, appliqué dès 2024.

Photo: Retraite Québec

Ottawa et neuf autres provinces s’étaient entendus sur la bonification du Régime de pensions du Canada à l’été 2016, mais Québec avait quitté la rencontre en disant vouloir d’abord solliciter des avis. Quand le gouvernement Couillard a présenté un scénario en décembre 2016, de nombreux experts se sont interrogés sur la pertinence de ne pas viser le même niveau de couverture que le reste du pays.

« C’est une excellente décision. Notre groupe avait suggéré au gouvernement de s’harmoniser avec le reste du Canada »,a dit Alban D’Amours, président d’un comité d’experts en 2013, en faisant référence aux spécialistes en fiscalité et actuariat de renom que sont Luc Godbout, Bernard Morency et René Beaudry.

Sinon, a dit M. D’Amours, joint par téléphone, il en aurait résulté une injustice à l’endroit des travailleurs québécois, car ceux-ci auraient eu une retraite moins bonne qu’ailleurs au pays. Québec n’avait pas le choix, selon lui. « Pour des raisons d’équité, et pour faciliter la mobilité des travailleurs. »

Le débat portant sur les divers piliers de la retraite et sur la nécessité d’épargner davantage a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années. Le comité d’Amours avait formulé plusieurs recommandations en 2013, dont la mise sur pied d’une « rente longévité », financée par les employeurs et les travailleurs, qui aurait été versée à partir de 75 ans. La mesure aurait coûté 4 milliards au total, au grand dam du monde patronal qui craignait une ponction trop lourde sur la fiscalité des entreprises.

Plus récemment, en 2015, l’Ontario a simplement menacé de créer son propre régime afin de mieux couvrir les besoins de sa population à la retraite. L’ex-premier ministre Harper s’était moqué de l’idée et avait refusé toute collaboration du gouvernement fédéral. Justin Trudeau s’est montré plus accommodant. Quand Ottawa s’est entendu avec les provinces, l’Ontario a mis son propre plan de côté.

« La décision du Québec de bonifier le Régime de rentes du Québec [RRQ] à l’image du Régime de pensions du Canada [RPC] vient compléter le plan du gouvernement visant à bâtir une économie qui fonctionne pour la classe moyenne, a affirmé vendredi le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau. Les Canadiens de l’ensemble des dix provinces et des trois territoires peuvent envisager une retraite plus sûre et plus digne. »

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, a reconnu jeudi qu’une retraite moins généreuse serait allée à l’encontre de la structure du système en place en raison du principe de transférabilité qui le caractérise. Il a affirmé que le gouvernement souhaite se pencher sur des manières d’atténuer la cotisation pour les PME.

1 commentaire
  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 4 novembre 2017 07 h 22

    Une grosse blague.