Le temps est venu de baisser les impôts au Québec, estiment des économistes

De gauche à droite: Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada, Stéfane Marion, stratège en chef de la Banque Nationale, et François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins
Photo: Sylvie-Ann Paré CORIM De gauche à droite: Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada, Stéfane Marion, stratège en chef de la Banque Nationale, et François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins

Le temps est venu de baisser les impôts au Québec, pensent des économistes, afin de soutenir la croissance économique et d’éviter que la pénurie de main-d’oeuvre ne s’aggrave.

Le gouvernement québécois devrait profiter de son nouvel équilibre budgétaire pour réduire les impôts aussi bien des particuliers que des entreprises, ont plaidé jeudi les économistes du Mouvement Desjardins, de la Banque Nationale et de la Banque de développement du Canada lors d’une conférence devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

La baisse d’impôt pourrait être d’environ un milliard, comme celle du gouvernement Charest en 2008, et être suivie plus tard par une ou deux autres de même importance selon les circonstances, a expliqué aux journalistes après la conférence l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis. Cela aiderait, selon lui, à entretenir pendant quelques années encore le bel allant qu’affiche actuellement l’économie québécoise en raison d’un ensemble de facteurs, dont les politiques de stimulation économique du gouvernement fédéral, la reprise des exportations, le retour des investisseurs, la solidité du marché immobilier et la confiance des consommateurs qui découle entre autres du retour à l’équilibre budgétaire à Québec. « Quand on en a les moyens, il faut y aller. »

Une baisse de l’impôt des particuliers au Québec aiderait aussi à réduire le nombre de travailleurs, particulièrement immigrants, qui quittent le Québec pour d’autres provinces, estime Stéfane Marion, économiste et stratège en chef à la Banque Nationale. « On accuse un déficit migratoire alors qu’on a un problème de rareté de main-d’oeuvre. Ce n’est pas le seul facteur, mais il est sûr que d’avoir les impôts les plus élevés en Amérique du Nord n’aide pas. »

Les baisses d’impôt des entreprises annoncées aux États-Unis forceront aussi les gouvernements au Canada à faire de même, particulièrement à l’égard des petites et moyennes entreprises, affirme Pierre Cléroux, économiste en chef à la Banque de développement du Canada. « On ne peut pas se permettre de ne pas être concurrentiel. »

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard n’a pas caché, durant tout son mandat, qu’il avait très envie de réduire les impôts. Il s’est contenté jusqu’à présent d’abolir la taxe santé pour un coût estimé entre 700 et 750 millions.

Attention aux politiciens argentés

Le Québec a les moyens financiers et les raisons politiques de procéder à ces baisses d’impôt, note Pierre Cléroux. Les gouvernements des trois plus grandes provinces canadiennes ont en effet équilibré leurs budgets. Or deux de ces provinces (Québec et Ontario) seront bientôt en élections alors que la troisième (Colombie-Britannique) en sort tout juste, avec pour résultat « qu’elles dépensent beaucoup ».

Stéfane Marion dit craindre que les gouvernements dilapident leur nouvelle marge de manoeuvre financière au profit de politiques bien moins utiles que les baisses d’impôt. « Il n’y a rien de plus dangereux qu’un politicien qui a de l’argent à distribuer à la veille d’une élection. »

L’économiste de la Banque Nationale en a notamment contre cette idée en vogue de vouloir porter le salaire minimum à 15 $ l’heure sans tenir compte de la réalité des prix et salaires dans chaque province. La dernière fois que le Québec a augmenté le salaire minimum trop haut par rapport au niveau de vie à la fin des années 1970, cela avait poussé à la hausse l’inflation et le chômage des jeunes, rappelle-t-il.

10 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 3 novembre 2017 04 h 52

    La peur des banquiers pour les surplus

    Pourquoi ne pas profiter des surplus budgétaires pour rembourser la dette?
    Je comprends que ça ne fait pas l'affaire des banquiers, vu que ça risquerait de faire baisser les taux d'intérêt.
    Les banquiers tiennent à soumettre à leur volonté les gouvernements endettés comme ils le font pour la population en général.

    «... la confiance des consommateurs qui découle entre autres du retour à l’équilibre budgétaire à Québec.»
    Elle est bien bonne, celle-là! Quand j'achète, je ne me pose pas de question sur les finances du gouvernement.

  • Clermont Domingue - Abonné 3 novembre 2017 06 h 40

    Danger

    Ces économistes veulent un écart plus grand entre eux et les moins nantis.
    1-Ils affirment que des immigrants quittent le Québec. Savent-ils pourquoi?
    2-L'aide aux familles de Trudeau,les garderies et les congés parentaux de Marois, voilà des mesures qui mettent l'argent à la bonne place,stimule la consommation et font rouler l'économie.
    3-Ils parlent des années 1970 (l'inflation et le chômage des jeunes) c'est un peu loin.Aujourd'hui,nos jeunes ne chôment pas, il leur faut deux jobs pour arriver.
    4-Quarante heures à $15,ça fait $600.par semaine.Enlevez toutes les déductions.Nos économistes vivraient-ils avec ce qu'il reste?

    En mettant plus d'argent dans l'éducation et la santé on donne à des milliers de travailleurs un revenu décent qui stimule l'économie.

    Réduire les impôts! Non. Demander davantage aux plus riches! Oui.

  • Josée Duplessis - Abonnée 3 novembre 2017 07 h 37

    Donner plus de services et d'argent en éducation et en santé serait mieux que de baisser un peu les impôts de chacun. Donner des sous à ceux qui en ont vraiment besoin serait plus équitable car ce sont eux qui ont subi cette sombre période libérale.
    S'occuper des sans abris et des plus démunis est peut-être moins électoraliste mais plus humain.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 novembre 2017 08 h 16

    Les vautours rôdent

    Le Québec est au dernier rang du revenu disponible par personne. Si on tient compte de l’augmentation des tarifs décidée par le gouvernement Couillard, les Québécois sont en moyenne, les plus pauvres du Canada.

    Or ce n’est pas par des réductions d’impôts qu’on corrige cette situation puisque toute réduction d’impôt profite essentiellement à ceux dont les revenus sont davantage imposés.

    Nous vivons dans une société de consommation. Si le peuple ne s’enrichit pas, il ne consommera pas davantage. Concrètement, cela signifie que toute création d’entreprise ne peut réussir dans un marché stagnant qu’en amenant une entreprise rivale en faillite.

    Bref, la seule issue pour les détenteurs de capitaux, c’est la spéculation boursière. Cela devient la seule manière de s’enrichir d’ici l’éclatement de l’actuelle bulle spéculative.

    Bref, la réduction d’impôt est contre-productif. Pour stimuler l’économie, il faut augmenter la consommation et pour ce faire, il faut réduire les tarifs et ajouter des mesures sociales qui augmentent (comme c’est le cas des garderies) le revenu disponible des travailleurs.

    Quant à la prétention que les impôts sont plus élevés au Québec, si on tient compte des frais universitaires très bas, des garderies, et des coûts minimes de l’électricité, le fardeau fiscal de l’immense majorité des Québécois est inférieur à tous ceux du G7, y compris les Etats-Unis.

  • Marguerite Paradis - Inscrite 3 novembre 2017 09 h 10

    SI ON AUGMENTE LES IMPÔTS DES BANQUES ET DES ASSUREURS

    Je suis toujours étonnée du manque d'imagination des représentantEs des institutions financières et assurantielles... ce sont des fosilles qui parlent.
    M.P.