Pyrocycle: donner une seconde vie aux déchets électroniques

Mohamed Khalil est persuadé que son entreprise Pyrocycle offre une solution inédite au problème mondial des déchets toxiques.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mohamed Khalil est persuadé que son entreprise Pyrocycle offre une solution inédite au problème mondial des déchets toxiques.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateurs. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, un Égyptien tombé amoureux du Québec qui s’attaque au fléau des déchets électroniques.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Mohamed Khalil n’a pas peur du risque. En novembre 2016, un an après son arrivée au Québec, il n’avait que 225 $ en poche. Convaincu du potentiel de son projet d’entreprise, il a décidé de se rendre à Drummondville pour y participer à un concours d’entrepreneuriat. Une fois le billet d’autobus et l’hébergement payés, il était presque sans le sou, mais son audace a été récompensée. Il a terminé deuxième et est reparti avec 1000 $.

« Aujourd’hui, je suis un ambassadeur du concours », affirme fièrement cet Égyptien d’origine de 29 ans, qui gravit les échelons à une vitesse fulgurante. En l’espace de douze mois, il a converti un projet de recherche universitaire en occasion d’affaires et estime aujourd’hui que sa compagnie, Pyrocycle, offre une solution inédite au problème mondial des déchets électroniques.

« Je crois que nous pouvons devenir la référence mondiale en recyclage de déchets électroniques », lance-t-il.

 

Problème planétaire

Mohamed est débarqué au Québec en 2015 pour y poursuivre ses études doctorales en génie chimique à Polytechnique Montréal. Lorsqu’est venu le moment de choisir un sujet de thèse, il n’a pas hésité longtemps en découvrant les conséquences environnementales et sociales des déchets électroniques, en plus des défis entourant leur recyclage.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, près de 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont générées chaque année à travers le monde, et jusqu’à 90 % de ces déchets sont illégalement vendus ou envoyés au dépotoir.

Les téléphones cellulaires, les ordinateurs, les imprimantes et les téléviseurs désuets qui ne sont pas recyclés peuvent se retrouver dans des pays africains comme le Ghana, où les habitants locaux mettent leur santé en danger en tentant d’y trouver des métaux précieux à revendre.

Et même lorsque les déchets électroniques prennent la direction des centres de collecte, la partie n’est pas gagnée, soutient Mohamed Khalil. On sépare manuellement les pièces pouvant être facilement recyclées ou réutilisées, puis le reste est envoyé dans une fonderie. On chauffe par exemple les cartes électroniques pour séparer le plastique et les métaux, mais l’opération génère des émissions toxiques et 10 à 15 % des métaux précieux ne peuvent être récupérés, note-t-il.

Pas d’émission, pas de perte

C’est là que Pyrocycle entre en jeu. Au dire de Mohamed, le procédé développé par la jeune compagnie permet de recycler entièrement les produits électroniques, sans émission toxique. En utilisant ce qu’on appelle la pyrolyse par micro-ondes, l’entreprise est en mesure de décomposer le déchet électronique de manière plus efficace. Au final, elle peut vendre les métaux précieux, comme l’or, l’argent et le platine, mais aussi l’huile, le gaz et le carbone issus du plastique.

« Dans une carte électronique, on peut trouver plus de 40 métaux différents, avec différentes concentrations, dit-il. Le défi est donc d’extraire les métaux de manière sélective. »

Pour l’instant, Pyrocycle ne peut traiter que des quantités limitées de déchets, mais son fondateur espère pouvoir atteindre une capacité de traitement industrielle d’ici les six prochains mois. Il estime qu’en recyclant 300 kg de déchets électroniques par jour, il serait en mesure de générer des revenus de 3,5 millions de dollars par an, seulement en vendant l’or.

Déjà « Montréalais »

Pour développer son entreprise, Mohamed s’est associé à son directeur de recherche, le professeur Jamal Chaouki, et au président d’Avianor, Sylvain Savard, dont la compagnie se spécialise dans la modification et la maintenance d’avions.

Pyrocycle entend donc recycler les composantes électroniques des avions, mais elle ne veut pas se limiter à ce créneau. Elle compte traiter les déchets électroniques fournis par les compagnies de télécommunications, ou encore s’allier aux centres de collecte, avec qui elle partagerait les profits de la vente des métaux précieux.

Mohamed envisage également de vendre ses machines en Chine ou en Afrique, pour freiner la multiplication des dépotoirs de produits électroniques et permettre aux populations locales de recycler les déchets de manière sécuritaire.

À terme, le jeune entrepreneur pourrait faire fructifier son entreprise en Égypte, son pays natal, mais ce n’est pas dans ses plans. Il aime le Québec, les Québécois, l’Impact et le Canadien de Montréal. Il se souvient du bel accueil qu’il a reçu à son arrivée et se considère déjà comme un « entrepreneur montréalais ».

C’est donc à Montréal qu’il a l’intention de « laisser sa trace ». « C’est bien de faire de l’argent, dit-il, mais je veux surtout créer un monde meilleur. »