Le ministre Morneau placera ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard

Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau

Le ministre des Finances Bill Morneau abdique devant la critique. Afin de reprendre le contrôle de son message politique, il se rend aux arguments de l’opposition et placera tous ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard. Il se départira même de toutes les actions que lui, son épouse et leurs enfants détiennent dans l’entreprise familiale Morneau Shepell. Ses détracteurs ne sont pas pour autant satisfaits.

« Je n’ai eu aucun conflit [d’intérêts] pendant les deux dernières années, mais je sais aussi qu’il y a une distraction en ce moment », a concédé M. Morneau en conférence de presse. M. Morneau est sur la sellette depuis lundi quand le Globe and Mail a révélé que les avoirs du ministre des Finances n’étaient pas placés dans une fiducie sans droit de regard comme plusieurs le croyaient.

Le ministre a rendu publique jeudi la lettre que lui avait écrite la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique en février 2016. Mary Dawson n’y recommande pas la création d’une telle fiducie. Elle a plutôt recommandé au ministre d’établir un « filtre anti-conflits d’intérêts » et que ce filtre soit géré par son chef de cabinet.

« Elle m’a proposé ce qu’elle estimait la meilleure avenue considérant ma situation et j’ai pris cette avenue, a raconté le ministre. Mais à un moment donné, on ne peut plus faire la sourde oreille. On travaille pour les Canadiens […] et si on est distrait parce que certaines personnes s’inquiètent de ma situation personnelle, alors il faut aller de l’avant, et c’est ce que j’ai décidé de faire. »

M. Morneau placera tous ses avoirs, notamment six entreprises à numéro, dans une fiducie sans droit de regard. Il donnera aussi la consigne que soient vendues le million d’actions qu’il détient dans l’entreprise familiale Morneau Shepell et dont la valeur boursière pourrait atteindre 21 millions de dollars.

Comment se sent-il d’avoir à rompre les liens avec l’entreprise familiale ? « J’ai passé 25 ans de ma vie à construire cette entreprise avec ma famille. J’ai travaillé avec mon père qui était de l’autre côté du corridor. On traversait ce corridor 50 fois par jour », a relaté M. Morneau. Mais il assure assumer son saut en politique. « Bien que je sois fier de ce que j’ai fait dans le passé, ce qui m’intéresse vraiment maintenant, c’est ce que je veux faire dans le futur. […] Si c’est ce que je dois faire pour faire ce travail, alors ça me va. »

À la Chambre des communes, pour la quatrième journée cette semaine, la quasi-totalité des questions ont visé M. Morneau. Autant les conservateurs que les néodémocrates lui demandent de s’excuser. Pour les conservateurs, il ne fait aucun doute que M. Morneau était en conflit d’intérêts. « Quand le ministre des Finances a-t-il annoncé son conflit d’intérêts au premier ministre ? » a lancé le député Alain Rayes. Dans la même veine, le NPD déplore que M. Morneau ait pu empocher des millions de dollars en pilotant un projet de loi, le C-27, susceptible de privilégier Morneau Shepell. Excédé, M. Morneau a fini par lancer : « Si le député suggère que la commissaire à l’éthique ne fait pas un bon travail, il devrait sortir et le lui dire. »

Le C-27 affecte les fonds de pension des travailleurs. Or, Morneau Shepell se spécialise dans les ressources humaines. Le NPD a détecté que la valeur de l’action de l’entreprise avait augmenté de près de 5 % dans les jours suivant le dépôt du C-27, ce qui représenterait un gain de 2 millions, calcule-t-il. Le député Nathan Cullen a été obligé de reconnaître que le gain aurait été le même si les actions avaient été dans une fiducie sans droit de regard à cette époque.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 octobre 2017 09 h 39

    Quelle différence...

    ...avec ce que Péladeau voulait faire et qui était jugé totalement inacceptable par le Parti Libéral du Québec?