La vie sera plus difficile pour les prochaines générations de retraités

En 1980, on comptait une moyenne de 20 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif dans les pays développés. Ce nombre est aujourd’hui de 28.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En 1980, on comptait une moyenne de 20 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif dans les pays développés. Ce nombre est aujourd’hui de 28.

La vie des retraités sera plus difficile pour les prochaines générations, prévient l’OCDE.

Le creusement des inégalités, le vieillissement de la population et le rétrécissement des régimes publics de retraite pèseront sur la qualité de vie des générations nées à partir des années 1960 lorsqu’elles arriveront à leur tour à l’âge de la retraite, conclut l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport dévoilé mercredi. « Les facteurs de risque pouvant conduire à une hausse des inégalités parmi les futurs retraités ne cessent de s’accumuler dans plusieurs pays », y constate-t-on.

Cette tendance est extrêmement préoccupante, ne serait-ce que pour ses probables impacts sur la cohésion sociale et la croissance économique alors que la proportion de retraités ne cesse de croître dans les pays développés, dit le rapport. En 1980, on y comptait une moyenne de 20 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif. Ce nombre est aujourd’hui de 28 et devrait presque doubler d’ici 2050.

Pour la première fois depuis au moins un siècle, les nouvelles générations ne peuvent pas compter sur une augmentation de leurs revenus par rapport à la génération précédente, les personnes nées dans les années 1960 affichant aujourd’hui le même revenu moyen en dollars constants que ce que gagnaient au même âge les personnes nées dans les années 1950. Ces moyennes cachent également des inégalités de revenus grandissantes dans chacune des tranches d’âge, mais plus grandes désormais chez les plus jeunes que chez les plus vieux.

Des problèmes qui s’accumulent et interagissent

Or les inégalités de revenus s’accumulent et interagissent au fil des ans avec les inégalités dans d’autres domaines, comme l’emploi, l’éducation et la santé, obscurcissant d’autant les perspectives pour la retraite. Par exemple, un diplômé universitaire de 25 ans peut espérer vivre près de 8 ans de plus que son homologue moins scolarisé. Autre exemple, le fait d’avoir une mauvaise santé réduira, chez un homme instruit, de 17 % les revenus totaux de sa vie professionnelle, alors que la perte s’élèvera à 33 % pour un homme peu instruit. Une mauvaise santé ou un faible niveau d’éducation est aussi associé au départ à la retraite hâtif, alors qu’un plus faible statut socio-économique augmente la probabilité d’avoir besoin à ce moment de soins et de services spécialisés qu’on n’aura souvent pas les moyens de s’offrir, particulièrement dans un contexte de compression dans les services publics destinés aux personnes âgées.

Et l’on ne parle pas, dit l’OCDE, du retard qu’accusent toujours les femmes par rapport aux hommes à plusieurs égards à la retraite, ni de la situation dans les économies émergentes comme le Brésil, la Chine et l’Inde, où tous ces phénomènes se produisent en accéléré.

Les solutions devront être à l’échelle de l’ampleur et de la complexité du problème, concluent les auteurs du rapport. Il s’agit notamment de s’attaquer aux inégalités le plus tôt possible en mettant entre autres en place des réseaux publics de garderies, en luttant contre le décrochage scolaire et en s’occupant de prévention en matière de santé. Mais il s’agit aussi d’aider la requalification et le retour au travail des chômeurs, de réduire les obstacles aux travailleurs plus âgés ou encore d’améliorer les politiques sociales visant spécifiquement la population âgée.

Pensions et santé au Canada

Le Canada n’apparaît pas tellement différent des autres pays de l’OCDE en ce domaine. Le rapport constate toutefois qu’en matière de revenus de retraite on s’y repose plus lourdement qu’ailleurs sur l’épargne privée volontaire (ex. : REER), alors que ce sont surtout les plus riches qui y ont recours.

Comme le Canada arrive aussi bien en dessous de la moyenne de l’OCDE en ce qui a trait au taux de remplacement maximal du revenu assuré par ses régimes de retraite à cotisation obligatoire, on se réjouit de sa récente décision de bonifier le Régime des pensions du Canada. On ajoute cependant qu’il pourrait devoir remonter encore le niveau des cotisations exigées des travailleurs en milieu de peloton.

Rappelons que le gouvernement Couillard est encore à mettre au point la façon qu’on aura d’amarrer les règles du Régime des rentes du Québec à cette réforme d’Ottawa.

L’OCDE se félicite de l’augmentation au Canada du taux d’emploi chez les travailleurs de 55 à 64 ans. Elle souligne par contre qu’en matière de santé, le pays présente l’un des plus hauts taux de maladies cérébrovasculaires et de diabète et l’encourage à poursuivre ses efforts en matière de prévention (6 % des dépenses totales en santé contre une moyenne de 3 % dans l’OCDE) et de ne pas hésiter à taxer les produits dommageables pour la santé.

1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 19 octobre 2017 10 h 56

    La plus grande barbarie au monde!

    «Le rapport constate toutefois qu’en matière de revenus de retraite le Canada s’y repose plus lourdement qu’ailleurs sur l’épargne privée volontaire (ex. : REER), alors que ce sont surtout les plus riches qui y ont recours.»
    La plus grande barbarie au monde c'est de délaisser les ainés croupir pendant leur vieillesse sans un régime de retraite à cotisation obligatoire. Voici le résultat dévastateur de 40 ans de politique néolibérale.