Les négociations de l’ALENA disposeront de trois mois de plus

«Nous comprenons que nous avons tous nos limites», a déclaré le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo. 
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse «Nous comprenons que nous avons tous nos limites», a déclaré le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo. 

Prenant acte du fossé qui s’est encore creusé entre eux, le Canada, les États-Unis et le Mexique ont admis mardi qu’ils ne parviendront pas à conclure, comme prévu, la renégociation de l’ALENA avant la fin de l’année et ont annoncé qu’ils s’accordaient désormais au moins trois mois de plus.

L’atmosphère était glaciale entre les ministres responsables du Commerce des trois pays lorsqu’ils sont venus livrer devant la presse leurs déclarations finales en conclusion de la quatrième ronde de renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui s’était déroulée pendant une semaine en banlieue de la capitale américaine. Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, s’est notamment dit « surpris et déçu de la résistance au changement de nos deux partenaires » et a dit espérer qu’ils profitent des prochaines semaines « pour repenser » à leur refus de « rééquilibrer » un « accord arbitraire » en leur faveur depuis 22 ans. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a rétorqué qu’on n’arrivera à rien avec « une mentalité du vainqueur qui emporte tout et une approche visant plus à miner qu’à moderniser l’ALENA » et ajouté que certaines des « propositions étonnantes » des États-Unis signifieraient « un retour en arrière » et seraient même « contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce ».

De retour seule devant les journalistes un peu plus tard, Chrystia Freeland a toutefois vu comme « un signe de sérieux et de bonne volonté » la proposition américaine, acceptée par les autres, de rééchelonner l’échéancier des négociations jusqu’à la fin du mois de mars ainsi que d’espacer un peu plus entre elles chaque ronde de négociation. « Ce sont des questions extrêmement complexes. Je ne veux pas minimiser les différences qui nous séparent, mais on pense depuis le début que nos chances d’arriver à un accord sont meilleures si on se laisse le temps de négocier », a-t-elle dit du processus qui a commencé il y a deux mois.

Les trois pays se sont fixé un échéancier extrêmement serré en raison entre autres de la tenue d’élections au Mexique, cet été, et aux États-Unis, à l’automne.

Pas une surprise

Les États-Unis ont présenté cette semaine une série de demandes qui ont fortement fait réagir. Parmi elles, on peut citer le démantèlement du système de gestion de l’offre dans le secteur agricole canadien, une forte hausse du contenu américain minimal dans la fabrication des automobiles, l’élimination ou la neutralisation des mécanismes de règlement des différends, un resserrement de l’accès au marché des contrats publics américain, l’introduction d’une clause crépusculaire ainsi que l’abolition de l’exception culturelle dont bénéficie le Canada.

« Franchement, les Américains facilitent le travail du Canada avec ces demandes extrêmes, parce qu’on ne peut que répondre “non” », a observé en entretien téléphonique au Devoir Raymond Bachand, négociateur en chef pour le Québec dans ce dossier.

De telles demandes ne sont pas une surprise non plus pour le camp canadien. « On s’attendait depuis le début à ce qu’ils nous arrivent en milieu de négociation avec des positions fortes, quoique peut-être pas à ce point-là. […] Ça fait un an et demi que le président Trump se promène partout en disant que l’ALENA est la pire entente de l’histoire, ses négociateurs ne pouvaient pas ne pas présenter au moins une fois ce point de vue. »

Rester à la table jusqu’à la fin

Jusqu’où la Maison-Blanche veut-elle défendre ces quelques propositions-chocs ? Tout désormais en dépend, estime Raymond Bachand. Il y a deux négociations de l’ALENA actuellement, explique-t-il. Celle dont on entend parler porte sur une dizaine d’enjeux politiques où l’on sent l’implication directe des hommes du président américain. L’autre, menée par des négociateurs professionnels, porte sur des questions plus techniques de la modernisation de l’entente et avance plutôt bien.

On verra laquelle de ces deux approches l’emportera à la fin, dit l’ancien ministre des Finances du gouvernement Charest. Même s’il fallait que ce soit la plus belliqueuse, ça ne signifierait pas automatiquement la mort de l’ALENA, pense-t-il. « Il resterait au président Trump à convaincre le Congrès américain et à faire face à tous les milieux économiques et agricoles américains qui commencent à réaliser le danger. »

D’ici là, assure-t-il, le Canada ne commettra pas l’erreur de quitter la table de négociation. « On ne doit pas faire au président Trump le plaisir de nous voir abandonner. »

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 18 octobre 2017 01 h 39

    un jour les américains découvriront que leur président est fou

    Si jamais l'Aléna venait a disparaitre il faut en laisser l'odieux aux américains, mais je ne suis pas sur que tout les américains sont d'accords pour sacrifier l'Aléna, ce n'est pas parce que le président mégalo en a fait son cheval de bataille que la partie est gagnée