Le ciel se dégage devant la CSeries, selon des experts

La ministre québécoise de l’Économie, Dominique Anglade, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président et chef des opérations d’Airbus pour l’Amérique du Nord, Romain Trapp, lors d’une conférence de presse lundi soir, à Montréal.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La ministre québécoise de l’Économie, Dominique Anglade, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président et chef des opérations d’Airbus pour l’Amérique du Nord, Romain Trapp, lors d’une conférence de presse lundi soir, à Montréal.

L’arrivée d’Airbus comme partenaire majoritaire dans le programme CSeries revêt plusieurs points positifs pour Bombardier, estiment des spécialistes. Selon eux, la présence du fabricant aéronautique européen rehausse instantanément la viabilité de la dernière famille d’appareils de la compagnie montréalaise.

« Je pense que c’est un dénouement positif pour Bombardier et pour le Québec », a dit Karl Moore, professeur à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. « Ça rend le programme CSeries beaucoup plus viable avec l’appui du deuxième plus grand fabricant d’avions au monde, qui en assurera la vente et le service. »

La part du gouvernement du Québec se voit subitement réduite de 49,5 % à 19 %, mais l’investissement initial d’un milliard $US à la fin 2015 visait d’abord et avant tout à maintenir des emplois, a dit M. Moore. « Pour le contribuable, ça peut être frustrant, mais on est davantage susceptible de voir de bons emplois à partir de maintenant qu’auparavant. […] Il faut regarder vers l’avenir, et l’avenir, avec cette annonce, est plus brillant. »

La division aéronautique de Bombardier dans son ensemble compte officiellement 28500 employés, dont plusieurs milliers assignés à la CSeries, alors que celle qui fabrique le matériel roulant, Bombardier Transport, en regroupe 37000 dont la majorité est située en Europe.

Bombardier et Airbus avaient négocié en 2015, a rappelé le professeur de l’Université McGill, mais à cette époque la CSeries n’avait pas fait ses preuves comme c’est le cas maintenant. Les transporteurs Swiss International Air Lines et Air Baltic ne cessent de dire à quel point ils sont satisfaits de leur achat, a-t-il ajouté.

Le programme CSeries a peiné à attirer des commandes pendant un certain temps, mais deux ententes coup sur coup avec Air Canada et Delta en 2016 ont donné un envol que les dirigeants, les actionnaires et les instances gouvernementales attendaient avec impatience. Le programme devait à l’origine coûter 3,4 milliards $US, mais le coût a fini par dépasser 5,4 milliards $US en 2015. Les appareils CS100 et CS300 ont jusqu’ici fait l’objet de 360 commandes, dont une quinzaine ont été livrées.

L’annonce, qui a pris de court les experts, survient dans la foulée d’un reportage de l’agence Bloomberg qui laissait planer ce weekend la vente potentielle de certains actifs de Bombardier. Il n’était pas question du programme CSeries, mais plutôt des activités de fabrication du turbopropulsé Q400, qui jouit d’une excellente réputation.

« La prise de participation d’Airbus est une meilleure nouvelle que la vente des Q400 », a lancé Yan Cimon, professeur à l’Université Laval et directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprises, la logistique et le transport (CIRRELT). Ces appareils sont bien établis dans le marché et connaissent du succès, a-t-il rappelé. « Airbus amène une énorme crédibilité au programme CSeries et un certain contrepoids à Boeing. »

De ce fait, estime M. Cimon, il est possible que la transaction soit de nature à rassurer des clients de la famille CSeries, d’autant plus que Bombardier et Airbus laissent entendre des économies d’échelle en raison des combinaisons dans l’approvisionnement.

Enfin, la chaîne de montage qui est prévue en sol américain, à Mobile, dans l’État d’Alabama, aura pour effet de « banaliser le dossier avec le gouvernement des États-Unis ». Le département du Commerce américain, dans une décision qui n’est pas finale, a proposé d’imposer des tarifs compensateurs et antidumping qui vont quadrupler le prix des appareils CSeries vendus aux États-Unis. Le gouvernement a ainsi répondu à une plainte de Boeing, qui accuse Bombardier de jouir de l’appui des gouvernements canadiens et québécois pour vendre ses avions à Delta à un prix jugé trop bas.

De nombreux experts croient que Boeing aura de la difficulté à prouver qu’il a subi un préjudice, car l’entreprise n’était même pas en lice pour vendre des avions à Delta.


 
3 commentaires
  • Yves Mercure - Inscrit 17 octobre 2017 10 h 34

    La cour des grands : essai de comptabilité créative.

    Un espace de fric s'avère un milieu dangereux de brutalité pour les petits. Comme à la petite école, le lunch du gamin, amoureusement concocté par une brave maman, risque de tomber sous les crocs d'un apprenti tyran. Un rappel s'impose : il y a bientôt un an, "Ronald McDo" Trump bousculait Boeing dans sa démesure pour le prochain Air Force One dont la facture s'annonçait autour de quatre milliards. Puis, silence radio... ou sujet retiré de Twitter. On dirait bien un "deal" trompeur (trumpien?). Coup de théâtre récent, Boeing attaque un concurrent qui ne produit rien de compétitif face à ses produits. Pourquoi et comment? Le produit, parfaitement complémentaire, pourrait être intéressant pour cette firme qui n'existerait probablement plus sans ses produits militaires. On pourrait très bien parler de subventions déguisées afin de privatiser des profits grâce à $ du public. Ça hume la fragrance d'une odeur bien connue. Le "deal" s'organise dans le style arnaque, le propre du président étasunien : on ajuste le prix et, moyennant le limage de dents pour réduire le profit anticipé sur le biplan présidentiel, on s'entend pour que la gouverne "made in USA" sorte les épouvantails et menace de destruction totale ce gamin qui ose penser grand. Avocats, juges administratifs et toute la chaîne de la ploutocratie installe le traquenard et plombe la cible avec un délire de taxes et droits compensatoires. On réduit ainsi toute espérance d'envol de CSérie mais plus encore, on va créer un espace propice à une prise de contrôle qui serait bien plus bénéfique que le seul profit du bolide présidentiel. Boeing voit sa collation.
    Le croquée est préparée, mais le mâtin visé se rebiffe. Lui-même largement issu de fric public profitant a des gestionnaires qui s'engraissent de manière éhontée, décide que "finir a la casserole" sera moins pénible si le prédateur est choisi. En même temps ce sera un pied de nez au magouilleur en chef si on appel Airbus. En quelques jours, un "deal" opportuni

    • Yves Mercure - Inscrit 17 octobre 2017 17 h 42

      Suite et fin :
      ...En quelques jours, un "deal" opportuniste fait tomber Bombardier dans l'escarcelle de l'autre géant aéronautique. La famille reprend ses billes, en réduisant sa part vers une position minoritaire (perte de 40%, mais probable gain à terme) elle gagne beaucoup $ et peut passer au prochain scénario pour empocher les sous du bon peuple. Planifié de longue date, la concurrence avec Airbus étant bien plus claire, la passe se fait avec l'habituel "on a sauvé les emplois". Mais les chantres du libéralisme économique se pètent les bretelles, les ministres sortent en publique pour chanter le succès, la politique de l'ombre s'ajuste pour montrer bel air et chanter l'hymne de Candide.
      Rien de moins certain quant au bénéfice québécois, il faudrait presque 300% d'augmentation de la valeur des actions pour simplement retrouver le dernier montant investi et en oubliant tout les autres forfaits avec le fisc, le enveloppes de toutes couleurs d'ici ou d'ailleurs ... Tout ça, ce sera démontré bien plus tard... après les transits vers des paradis fiscaux? Ou après les élections? Ou jamais démontré... Ça fait partie de la littérature réaliste

  • Claire Beauchemin - Abonnée 17 octobre 2017 11 h 46

    Que valent actuellement les parts de l'Etat du Québec

    "La participation du gouvernement du Québec dans le programme phare de Bombardier, en vertu de son investissement de 1 milliard $ US, passera ainsi de 38 % à 19 %. À la clôture de la transaction, Airbus doit acquérir une participation de 50,01 %. Bombardier détiendra environ 31 %."

    Est-ce que j'ai bonne mémoire lorsque je me rappelle que les locaux de Bombardier à Mirabel sont en zone franche, c'est-à-dire sans taxes à payer?

    Quelle est la valeur actuelle de la participation de 1 milliard 300 millions $ canadiens compte tenu de ce 19 % ? Et quelle est la valeur du 31 % détenu par les propriétaires de Bombardier ?

    C'est la réponse à ces questions qui nous permettra de connaître le fond de l'affaire, c'est-à-dire les véritables objectifs poursuivis par le gouvernement Couillard (et tous les gouvernements précédents ayant offert des subventions à Bombardier): les intérêts du peuple du Québec? aider les riches actionnaires Bombardier ?