Financement agricole Canada n’octroie plus de prêts et attend que les règles soient claires

Si le gouvernement fédéral a jusqu’ici attribué 67 permis de production de cannabis médical à travers le pays, le registre ne contient qu’un seul producteur québécois, Hydropothicaire, situé à Gatineau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si le gouvernement fédéral a jusqu’ici attribué 67 permis de production de cannabis médical à travers le pays, le registre ne contient qu’un seul producteur québécois, Hydropothicaire, situé à Gatineau.

Financement agricole Canada n’a effectué aucun prêt dans le domaine du cannabis médical depuis l’élection du gouvernement Trudeau et attend plus de clarté dans les règles avant de revoir sa position. Mais la légalisation de l’usage récréatif pourrait générer de la demande parmi ses clients actuels, reconnaît le prêteur fédéral.

La société d’État, dont le portefeuille de prêts au Québec est de 4 milliards, a environ 20 % du marché dans le milieu agricole, un secteur où sont également présents des acteurs comme la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins.

« Il est certain qu’il va y avoir une demande. On a des échos selon lesquels certains producteurs — spécialisés dans d’autres types de production — pourraient avoir de l’intérêt »,a indiqué en entrevue le vice-président des opérations du Québec chez Financement agricole Canada, Vincent Giard. « Donc des producteurs en serre qui pourraient facilement changer de production s’il y a une ouverture dans le marché, et c’est là la grande inconnue pour le moment. »

Ces propos rappellent ceux des Producteurs en serre du Québec, qui ont affirmé sans détour cet été l’intérêt de leurs membres à explorer cette avenue de production supplémentaire en raison de leur expertise.

On a des échos selon lesquels certains producteurs — spécialisés dans d'autres types de production — pourraient avoir de l'intérêt

 

Créée en 1959, la société d’État se présente comme le plus important prêteur agricole au Canada, avec des produits financiers allant des marges de crédit au financement d’équipement en passant par le soutien aux transferts d’entreprises. Son portefeuille de financement au Canada est de 32 milliards auprès d’environ 100 000 clients, en très grande majorité des PME. Au Québec, son portefeuille de 4 milliards est constitué de 3,1 milliards en prêts agricoles et 900 millions dans le secteur agroalimentaire.

Projets en branle

Si le gouvernement fédéral a jusqu’ici attribué 67 permis de production de cannabis médical à travers le pays, le registre ne contient qu’un seul producteur québécois, Hydropothicaire, situé à Gatineau. Mais plusieurs projets sont en cours de développement, notamment en Estrie, en Mauricie et en Abitibi.

Financement agricole Canada a effectué une poignée de prêts dans la production de cannabis médical. « Pour le moment, on ne consent plus de nouveau financement, que ce soit pour usage médical ou récréatif. La loi n’a pas encore été approuvée, et la réglementation entourant la production non plus »,a dit M. Giard. « C’est très difficile pour un prêteur de faire une saine gestion de risque lorsqu’on ne connaît pas encore la réglementation qui va entourer ça. Donc c’est une mesure provisoire qui va être en vigueur jusqu’à ce qu’on en sache davantage. »

Le statut de société d’État fédérale fait en sorte qu’« on appuie le programme législatif du gouvernement »,a dit M. Giard. « Mais pour le moment, il est bien clair que, tant qu’on n’a pas plus de détails, il est très difficile de se positionner. On est un peu en période de transition. »

Au printemps, la Banque Nationale a émis d’importantes réserves sur le financement des producteurs de cannabis médical dans un contexte où des joueurs se positionnent pour profiter de l’ouverture du marché. « Nous nous sommes demandé si nous devrions prêter de l’argent aux producteurs de marijuana et si nous devrions agir comme intermédiaires dans la vente d’actions d’entreprises productrices et, dans les deux cas, nous avons décidé de ne pas le faire »,avait affirmé son président, Louis Vachon, en entrevue avec La Presse canadienne. « Nous estimons qu’il y a encore trop de risques légaux, a affirmé M. Vachon. C’est un débat de société. Même s’il y a une loi, est-ce qu’elle pourrait être renversée par un gouvernement subséquent ? »