Rouler en sécurité où que vous soyez

À court terme, l’entreprise RideMetry, cofondée par Marc-André Larin, vise les quelque 175 000 motocyclistes québécois.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir À court terme, l’entreprise RideMetry, cofondée par Marc-André Larin, vise les quelque 175 000 motocyclistes québécois.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateurs. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, un adepte de moto qui ne craint plus de sortir des sentiers battus.

Un soir du mois d’août dernier, une femme dans la trentaine circule à moto sur le chemin du Lac-Édouard, au nord de La Tuque. Une route sinueuse que les motocyclistes surnomment la « montagne russe ». Elle perd le contrôle de sa monture et effectue une sortie de route. Le motocycliste qui l’accompagne rebrousse chemin, mais ne parvient pas à la retrouver dans la végétation dense. Sérieusement blessée, dans une zone sans couverture cellulaire, elle ne sera retrouvée que le lendemain après-midi.

C’est exactement ce genre de drame que la jeune compagnie montréalaise RideMetry tente d’éviter, grâce à un système permettant d’alerter automatiquement les services d’urgence par signal satellite en cas d’accident subi en territoire éloigné.

Deux de ses cofondateurs ont décidé de créer l’entreprise l’an dernier après avoir vécu une expérience similaire. En juillet 2016, Marc-André Larin a été projeté au-dessus de sa moto dans une bretelle d’autoroute. Et comme à La Tuque, son ami Victor Bursucianu, qui le suivait à moto, n’a pas pu le localiser.

Les deux collègues s’étaient rencontrés dans un club étudiant de l’Université de Sherbrooke qui concevait des motos électriques. Ensemble, ils avaient mis au point un système permettant d’envoyer des alertes par courriel ou par message texte si la température des batteries au lithium faisait craindre un incendie.

« Quand on s’est assis dans un café après ma sortie de route, on a réalisé que le système qu’on développait dans le club étudiant pourrait être utile en cas d’accident et qu’on pourrait en faire une entreprise », dit Marc-André. Quatre mois plus tard, ils avaient un prototype fonctionnel en main.


 

Sans intervention humaine

Le système développé par RideMetry prend la forme d’une petite boîte rectangulaire dissimulée à l’intérieur d’une moto, d’une motoneige ou d’un véhicule tout-terrain. En analysant en temps réel l’emplacement, la vitesse et la rotation du véhicule, le dispositif peut détecter un accident et envoyer une alerte sur-le-champ, sans que le conducteur ait à intervenir.
 

 

« Le principal enjeu, c’est de détecter s’il y a un problème sans intervention humaine, résume Marc-André. Avec les modules actuels, tu appuies sur un bouton et tu appelles de l’aide. On veut enlever l’intervention humaine, parce que c’est lorsque tu as le plus besoin d’aide que tu n’es pas en mesure d’actionner le système. »

Puisque le module communique avec le téléphone mobile du conducteur par Bluetooth, mais qu’il utilise le signal satellite pour envoyer une alerte, il peut fonctionner dans les régions qui sont mal desservies par le réseau cellulaire.

« En ce moment, on travaille avec des chercheurs de l’École de technologie supérieure pour développer une intelligence artificielle qui va nous permettre de catégoriser les accidents à partir des données du système », ajoute l’étudiant en génie électrique. Cela signifie qu’à terme, la centrale recevant une alerte pourrait savoir s’il s’agit d’un accident nécessitant une intervention urgente ou non.

Jusqu’à maintenant, la technologie de RideMetry a été testée par une centaine d’utilisateurs. En plus de la détection d’accidents, elle permet par exemple d’aviser le propriétaire en cas de vol et de suivre le véhicule sur une application mobile.

Marché mondial

Une nouvelle version du système de la jeune compagnie sera offerte à partir de décembre au coût de 500 $. Les cofondateurs ne délaissent pas le marché des particuliers, mais ils ont décidé de miser en priorité sur les compagnies de location de véhicules.

« C’est plus facile de travailler en collaboration avec elles pour faire les ajustements nécessaires, note Marc-André. Des concessionnaires nous aident à développer le produit et à le faire connaître aux clients, donc c’est gagnant-gagnant. »

À court terme, RideMetry vise les quelque 175 000 motocyclistes québécois, mais elle souhaite éventuellement attirer tous les utilisateurs de véhicules qui s’aventurent en zone éloignée au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

La compagnie a même eu des échanges avec une compagnie qui exploite une flotte de véhicules en Afrique, où la couverture cellulaire laisse souvent à désirer.

« On s’est fixé l’objectif de sauver des vies avec notre produit. Et en installant notre dispositif dans tous les véhicules, ça diminue grandement les risques », plaide Marc-André.

Ce grand gaillard à la longue chevelure réussit à faire progresser son entreprise tout en terminant ses études et en occupant un emploi à temps partiel. Mais pour un mordu comme lui, qui fait de la moto de mars à décembre, RideMetry, ce n’est pas vraiment du travail.

« Je me sens vraiment privilégié de pouvoir travailler dans un domaine qui me passionne », dit-il simplement, avant de remonter sur sa moto rouge vif.