ALENA: les Américains se contenteraient d’une gestion de l’offre plus transparente

Le Canada a toujours affirmé qu’il entendait défendre le système de gestion de l’offre, sans se prononcer clairement sur l’ouverture d’une nouvelle brèche dans le marché du lait, des œufs et de la volaille.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Canada a toujours affirmé qu’il entendait défendre le système de gestion de l’offre, sans se prononcer clairement sur l’ouverture d’une nouvelle brèche dans le marché du lait, des œufs et de la volaille.

Les Américains n’ont pas réclamé un accès élargi au marché laitier canadien dans le cadre de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en cours à Washington, selon le site iPolitics.

Une proposition mise sur la table vendredi par les négociateurs américains indique que les États-Unis demandent simplement que le système de gestion de l’offre canadien soit plus transparent, rapporte le site spécialisé en s’appuyant sur une source proche des négociations.

Les demandes américaines auraient par ailleurs épargné le marché canadien des oeufs et de la volaille, également sous gestion de l’offre. Il se pourrait cependant que d’autres propositions réclamant un meilleur accès aux secteurs canadiens sous gestion de l’offre soient déposées plus tard dans le cadre de la renégociation, précise iPolitics.

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, n’est pas rassuré par les informations qui filtrent des négociations. « Je suis très perplexe par rapport à ça. C’est sûr que les Américains ne s’intéressent pas seulement à la transparence de notre système, affirme-t-il en entrevue au Devoir depuis Washington. Je crois que, ce qui est ciblé, c’est le fonctionnement de la gestion de l’offre au Canada, ajoute-t-il. Le Canada ne doit pas tomber dans le piège. »

Le système de gestion de l’offre fait partie des enjeux qui divisent le Canada et les États-Unis dans le cadre de la renégociation de l’ALENA. M. Groleau craint toujours que les Américains cherchent à ouvrir une brèche dans le système en négociant un accès au marché canadien, comme ils l’avaient fait lors de la négociation du Partenariat transpacifique. Le Canada a toujours affirmé qu’il entendait défendre le système de gestion de l’offre, sans se prononcer clairement sur l’ouverture d’une nouvelle brèche dans le marché du lait, des oeufs et de la volaille.

Les États-Unis auraient cependant demandé au Canada d’éliminer ses nouvelles règles favorisant les producteurs canadiens de fromage utilisant du lait diafiltré.

Des demandes irréalistes dans l’auto

Les États-Unis déposeront aussi trois demandes concernant le secteur de l’automobile, dont une règle stricte relative au contenu nord-américain qui ne comprendrait virtuellement aucune période d’ajustement pour les constructeurs. La proposition est jugée inacceptable par la quasi-totalité des intervenants : le Canada, le Mexique, l’industrie américaine et même des groupes syndicaux la qualifient de « totalement irréaliste ».

De l’aveu même des constructeurs automobiles, ces trois demandes pourraient nuire à la production. Les États-Unis réclament que toutes les voitures vendues sans droits de douane comptent 85 % de contenu nord-américain — actuellement, la limite est de 62,5 % —, 50 % de contenu américain et une liste détaillée de pièces qui n’existaient pas en 1994 quand l’ALENA a été ratifié. Les fabricants n’auraient qu’une année pour se conformer à la règle relative au contenu américain et deux ans pour celle relative au contenu nord-américain. Cette demande s’éloigne radicalement des règles régissant habituellement le commerce international.

Dans les coulisses, plusieurs intervenants estiment que les demandes sont si irréalistes qu’elles ne peuvent que viser deux objectifs : saboter les négociations ou étourdir les autres parties pour obtenir des concessions.

Selon le président du syndicat Unifor, Jerry Dias, les États-Unis ne pourront jamais appliquer ces exigences puisque les entreprises les ignoreront. « Tous ces arguments entourant les limites de 50 %, 70 % ou 85 % ne signifieront rien tant et aussi longtemps que les États-Unis imposeront un droit douanier de 2,5 %. L’empereur est nu. [Les Américains] peuvent crier, hurler, menacer. Les entreprises réagiront en disant : “D’accord, on va payer les droits de 2,5 %.” »