110 000 personnes à rapatrier après le dépôt de bilan de Monarch

«Nous savons que la décision de Monarch de cesser ses activités sera très pénible pour l’ensemble des clients et des employés», a déclaré Andrew Haines, directeur général du CAA.
Photo: Oli Scarff Agence France-Presse «Nous savons que la décision de Monarch de cesser ses activités sera très pénible pour l’ensemble des clients et des employés», a déclaré Andrew Haines, directeur général du CAA.

La compagnie aérienne britannique Monarch a déposé le bilan lundi et cessé immédiatement ses activités, déclenchant le rapatriement de 110 000 voyageurs, soit la plus vaste opération de ce type organisée en Grande-Bretagne en temps de paix.

Il s’agit de la plus grosse compagnie aérienne britannique à être placée en cessation de paiement, a annoncé lundi l’Autorité britannique de l’aviation civile (CAA), ce qui pourrait mettre ses 2100 employés au chômage.

Un premier avion de 165 passagers est arrivé à l’aéroport londonien de Gatwick en provenance d’Ibiza dans la matinée. Les autorités vont mobiliser 30 appareils vers 30 aéroports pour faire face à cette situation inédite, sans aucun surcoût pour les clients qui devront dans certains cas s’armer de patience.

Pour les touristes qui n’ont pas encore embarqué depuis le Royaume-Uni, le vol aller-retour est tout bonnement annulé, ce qui concerne 300 000 réservations au total.

« Nous savons que la décision de Monarch de cesser ses activités sera très pénible pour l’ensemble des clients et des employés », a déclaré Andrew Haines, directeur général du CAA. Interrogé sur BBC Radio 5, le ministre des Transports, Chris Grayling, a jugé que « Monarch a été victime d’une guerre des prix dans la Méditerranée » et a demandé aux autres compagnies d’essayer d’embaucher le personnel de Monarch laissé sur le carreau.

Désormais en cessation de paiement, Monarch, dont le siège est situé à l’aéroport londonien de Luton et qui emploie 2100 personnes à la fois en tant que compagnie aérienne et voyagiste, est placée entre les mains du cabinet KPMG, nommé administrateur. Ce dernier a précisé qu’en déposant le bilan, Monarch a été privée de son certificat de transport aérien et donc de sa capacité à opérer, tous ses avions étant cloués au sol. Parmi ses options, KPMG pourrait chercher à vendre ce qui reste de la compagnie par morceaux.

« Une pression sur les coûts de plus en plus importante et des conditions de marché toujours plus concurrentielles sur les court-courriers en Europe ont contraint Monarch à subir des pertes sur une longue période. Cela a débouché sur la décision de la direction de nous désigner en tant qu’administrateurs tôt ce matin », a expliqué Blair Nimmo, associé chez KPMG.

Dans une lettre à ses salariés, citée par l’agence PA, le directeur général de Monarch estime que les attentats terroristes et leurs dégâts sur le tourisme en Égypte, en Tunisie et en Turquie, sont la raison première de la chute de la compagnie. Le syndicat Unite a quant à lui directement pointé du doigt le gouvernement, accusé d’être resté les bras croisés face aux déboires de Monarch.

Fondée en 1968, Monarch est une compagnie prisée des vacanciers britanniques à la recherche de destinations ensoleillées mais a dû faire face à une forte concurrence. La compagnie pointe à la 10e place du secteur au Royaume-Uni, avec une part de marché de 1,7 % en 2017, selon le cabinet Euromonitor International, loin derrière British Airways, EasyJet et Ryanair.

La compagnie était déjà passée non loin de la faillite en octobre 2016 mais avait bénéficié in extremis d’une injection d’argent frais de son principal propriétaire, le fonds d’investissement Greybull Capital, ce qui lui avait permis de gagner un sursis d’un an.

Sa déconfiture intervient dans une période agitée pour le secteur aérien au Royaume-Uni, déjà inquiet des conséquences de la sortie de l’UE, en pleine crise des annulations de la compagnie irlandaise à bas coût Ryanair, sans parler de la panne informatique géante qui a touché British Airways en mai dernier. Ryanair est en bien meilleure santé financière, mais le transporteur irlandais fait face à de graves problèmes dans l’emploi du temps de ses pilotes. Au total, quelque 20 000 vols sont annulés entre septembre et mars prochain, touchant plus de 700 000 passagers ayant déjà une réservation.