Metro confirme l’acquisition de Groupe Jean Coutu pour 4,5 milliards

Jean Coutu (à gauche) serre la main du président et chef de la direction de Metro, Éric La Flèche.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean Coutu (à gauche) serre la main du président et chef de la direction de Metro, Éric La Flèche.

Reconnaissant que le Groupe Jean Coutu avait besoin d’un partenaire pour croître, son fondateur, Jean Coutu, a décidé d’accrocher son sarrau, alors que la chaîne de pharmacies passe dans le giron de Metro.

Moins d’une semaine après l’annonce de la tenue de discussions, l’épicier québécois a confirmé lundi la transaction de 4,5 milliards visant à acquérir Jean Coutu. « Cela marque l’aboutissement d’une longue réflexion, au cours de laquelle nous avons conclu que, pour continuer de faire grandir la marque, il nous fallait un partenaire […] qui pouvait l’amener vers de nouveaux sommets », a expliqué l’homme d’affaires de 90 ans, au cours d’une conférence de presse.

M. Coutu, qui n’était pas vêtu de son sarrau, n’a laissé transparaître aucune émotion en expliquant pourquoi il avait accepté de céder le contrôle de l’entreprise qu’il a fondée en 1969. Celui-ci a expliqué qu’en affaires, il était toujours possible d’améliorer les choses, ajoutant que cette transaction allait profiter aux deux géants du Québec inc. « Parfois, il faut laisser son ego de côté pour tenter de se trouver un véritable ami, a expliqué M. Coutu. Je crois que c’est de cette façon que l’on peut avoir du succès. »

Au cours de la dernière année financière, le Groupe Jean Coutu avait vu ses profits nets passer de 213,7 millions à 199,5 millions. La question de la croissance avait été abordée par au moins un actionnaire lors du rendez-vous annuel de l’entreprise, en juillet dernier.

La deuxième chaîne de pharmacies en importance au Québec deviendra une division de Metro et sera dirigée par François Coutu, le fils de son fondateur, depuis le siège social de Jean Coutu, à Varennes, dans la banlieue sud de Montréal. Ce secteur intégrera les activités des pharmacies Brunet, ainsi que les activités de distribution pharmaceutique de McMahon, deux entités qui appartiennent à Metro.

L’entreprise issue du regroupement générera des ventes annuelles d’environ 16 milliards et exploitera plus de 1300 supermarchés et pharmacies au Québec, en Ontario ainsi qu’au Nouveau-Brunswick. Des synergies évaluées à 75 millions devraient être réalisées au cours des trois prochaines années. Les deux centres de distribution exploités par McMahon à Montréal et Québec sont appelés à fermer, a expliqué le président et chef de la direction de l’épicier, Éric La Flèche, ce qui se traduira par la perte que quelques centaines d’emplois.

Consolidation et expansion

Cette transaction entre ces deux fleurons québécois survient dans la foulée d’une consolidation dans le secteur canadien de la pharmacie. En 2013, les Compagnies Loblaw avaient annoncé une entente visant à acquérir la chaîne Shoppers Drug Mart — Pharmaprix au Québec — pour 12,4 milliards. En avril dernier, c’était au tour de McKesson Canada d’avaler le Groupe Uniprix et ses 330 pharmacies. Les détaillants font face à une concurrence croissante des grandes chaînes américaines comme Wal-Mart et Costco, ainsi que du géant Amazon, qui a effectué une percée dans l’alimentation avec l’achat de Whole Foods.

« Nous devons être en mesure de réaliser des économies d’échelle et d’accroître notre efficacité pour être en mesure de concurrencer ces joueurs importants », a expliqué M. La Flèche. En plus de bonifier l’offre alimentaire dans ses pharmacies ainsi que des produits de santé et beauté dans les supermarchés Metro, ce regroupement pourrait permettre à l’épicier d’étendre la portée de son réseau de pharmacies. « À plus long terme, il serait possible d’accroître le réseau en Ontario et ailleurs au Canada », a dit le grand patron de l’épicier.

Plus tôt, au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes, M. La Flèche avait reconnu que le prix payé — 15 fois le bénéfice d’exploitation de Jean Coutu selon l’analyste Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux — était élevé, ajoutant au passage que la performance de la chaîne de pharmacies était au rendez-vous. Dans le cadre de la transaction, Metro propose 24,50 $ pour chaque action de Jean Coutu. Aussi, 75 % du paiement s’effectueraient en espèces et le reste, en actions de Metro. Les actionnaires de Jean Coutu détiendraient 11 % des actions de Metro, et la chaîne de pharmacies pourra nommer deux membres au sein du conseil d’administration.

Lorsque interrogé, François Coutu a expliqué que Jean Coutu n’avait pas sollicité d’autres acheteurs, étant donné que Metro était le « partenaire idéal » avec qui s’allier. « La famille (Coutu) et nos actionnaires ont l’occasion de participer à cette nouvelle aventure, a-t-il dit. Nous voulons qu’ils puissent être des actionnaires de Metro. »

La transaction doit obtenir l’aval des autorités réglementaires. Plus des deux tiers des actionnaires du Groupe Jean Coutu devront voter pour l’offre lors d’une assemblée extraordinaire prévue le mois prochain. La clôture est prévue pendant la première moitié de 2018.



« Excellente nouvelle », dit le syndicat

Le syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui représente 15 600 syndiqués directement concernés par la transaction Metro-Jean Coutu, y voit « une excellente nouvelle » pour les emplois et le maintien des sièges sociaux au Québec. Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, Tony Filato, président du conseil provincial des TUAC et président de la section locale 500 des TUAC, qui est affiliée à la FTQ au Québec, a souligné qu’il n’ose imaginer ce qui serait advenu si le Groupe Jean Coutu était passé entre des mains américaines ou étrangères. M. Filato a souligné que Metro était un bon employeur en général, qui accepte de négocier avec ses syndicats.

De son côté, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, qui avait déjà été écorché par le fondateur du Groupe Jean Coutu, à cause de ses démêlés avec le ministre concernant la rémunération des pharmaciens, a rejeté tout blâme dans cette transaction. « Je ne vois aucun lien entre ce que j’ai mis sur la table » et l’achat du Groupe Jean Coutu par Metro, a-t-il répondu lorsque interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse à Montréal. Jean Coutu père avait reproché au ministre d’avoir voulu récupérer 300 millions sur le dos des pharmaciens propriétaires en négociant leur rémunération. Il se disait amer quant à l’état de ses relations avec Québec.

Mais selon le ministre Barrette, il ne s’agit que d’une coïncidence si ses actions liées aux pharmaciens sont survenues avant la transaction Métro-Jean Coutu. Le ministre a souligné que la transaction faisait l’objet de rumeurs depuis plusieurs mois et qu’elle était même inévitable, compte tenu de la consolidation du marché au pays.
3 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 2 octobre 2017 07 h 29

    La CDPQ

    Vivement la Caisse de Dépôt doit investir pour consolider ce fleuron québécois fragile aux offres agressives. Si il fallait...ce serait désolant pour tout le secteur agricole et les entreprises de transformation de même que pour tout le secteur pharmaceutique de détail qui brillerait pas son absence. Metro et Jean Coutu étant rentables, ce ne serait pas investir dans un secteur boiteux pour le protéger uniquement, mais la performance de ces 2 entreprises montre un niveau de rentabilité performant.

  • Robert Laroche - Abonné 3 octobre 2017 10 h 50

    Développer un mécanisme de restructuration financière en soutien aux grandes entreprises québécoise

    Indépendamment de financement de la transaction immédiate il est plus que temps que les principaux acteurs financiers du Québec pensent à un mécanisme de restructuration financière qui protégerait la propriété financière de grandes entreprises québécoises.

    Métro n'ayant pas d'investisseurs de contrôle devient une proie facile à un offre d'achat hostile.

    Une solution possible serait qu'une partie des actions de Métro entre les mains de gros investisseurs québécois (Caisse de dépot, Desjardins, Banque Nationale + Laurentienne, Fonds de solidarité FTQ et FondActions CSN, Industriel-Aliance et autres compagnies d'assurance et tous autres administrateurs de fonds québécois) pourraient être regroupe et placer dans un fond de contrôle de Métro plutôt que d'être garder sous les chapeaux séparés des institutions partenaires de ce fond tout en leur laissant une partie des actions de Métro entre leurs mains.

    Ce regroupement donnerait un signal fort à toute tentative de contrôle hostile. Ce fond spécifique pourrait sécurisé ce réseau de distribution de première ordre dans l'économie québécoise.

    Ce mécanise concerté de soutien à la protection du sciège sociale de Métro au Québec et aux processus de réflexion décisionnel qui l'accompagnent, serait probablement une une grande expérience d'enracinement et de consolidation de l'économie québécoise issus d'une innovation audacieuse mais sans trop de risque. Il dépasserait les intentions pieuses sans pour autant se fermer au forces du marché.

    Ceci constituerait une première expérience structurée de concertation concernant un fond de restructuration financière d'entreprise de première mains à l'intérieure de la société québécoise.

    • Robert Beauchamp - Abonné 3 octobre 2017 14 h 05

      Vous intervenez de façon très concrète et tout à fait réalisable. C'est vivement à souhaiter.