Bombardier signe une grosse commande, mais apprend que l’OMC va se pencher sur son cas

La décision de l’OMC de mettre sur pied un tribunal d'arbitrage survient la même semaine où Washington a annoncé des droits préliminaires de 220% sur les avions CSeries de Bombardier. 
Photo: Roslan Rahman Agence France-Presse La décision de l’OMC de mettre sur pied un tribunal d'arbitrage survient la même semaine où Washington a annoncé des droits préliminaires de 220% sur les avions CSeries de Bombardier. 

Déjà chargée, l’actualité entourant Bombardier a ajouté deux nouveaux chapitres vendredi : la mise sur pied d’un tribunal d’arbitrage à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à la demande du Brésil, de même que la signature d’une commande ferme de 25 turbopropulsés Q400 par un client situé dans un marché en pleine expansion.

La décision de l’OMC annoncée par son concurrent Embraer et la commande en Inde sont arrivées trois jours après un double coup pour Bombardier, soit la décision préliminaire de Washington d’imposer des droits de 220 % sur ses avions CSeries et le mariage entre ses concurrents Alstom et Siemens Mobility.

Dans son communiqué, le gouvernement brésilien s’est réjoui en affirmant que le tribunal de l’OMC « va examiner des subventions de plus de 3 milliards $US que Bombardier a reçues des gouvernements du Canada et du Québec ». Il a ajouté que « le panel va enquêter sur plus de 25 programmes dont a bénéficié la compagnie ».

Ce chiffre de 3 milliards est vraisemblablement l’addition de trois choses : la somme de 1 milliard $US versée par Investissement Québec pour prendre 49,5 % du programme CSeries ; l’investissement de 1,5 milliard $US de la Caisse de dépôt et placement du Québec pour acquérir 30 % de Bombardier Transport, et le prêt de 372,5 millions $US d’Ottawa à Bombardier. Ces trois partenaires ont déjà affirmé que leurs gestes financiers sont entièrement conformes aux règles de l’OMC.

« L’entreprise canadienne a reçu des subventions qui lui ont permis de vendre ses avions à des prix artificiellement bas »,allègue Embraer, qui évoque une distorsion du marché. « Les conditions doivent redevenir équitables », a affirmé le chef de la direction d’Embraer, Paul Cesar Silva.

Les deux concurrents, dont la bataille commerciale remonte à l’époque des avions régionaux, n’en sont pas à leur premier bras de fer devant l’OMC. Le Brésil s’est déjà fait dire par l’OMC, il y a une quinzaine d’années, que son programme ProEx allongeant des prêts aux clients d’Embraer n’était rien d’autre que des subventions illégales.

Cependant, la décision de l’OMC de mettre sur pied ce tribunal survient la même semaine où Washington a annoncé des droits préliminaires de 220 % sur les avions CSeries. Le département du Commerce répondait ainsi à une plainte de Boeing.

« [La décision de l’OMC] n’est pas une surprise dans le contexte de l’enquête instituée à la demande de Boeing »,a écrit dans une note aux clients l’analyste spécialisé Benoit Poirier, de Valeurs Mobilières Desjardins.

Contrat d’avions Q400

La commande faite par le transporteur indien SpiceJet vendredi porte sur 25 modèles Q400 et 25 avions supplémentaires. Au prix du catalogue, la commande totale pourrait atteindre 1,7 milliard $US.

« Cette commande renouvelée permettra non seulement d’accroître la flotte d’avions Q400 sur le marché régional de l’Inde et dans la région Asie-Pacifique, où la croissance est rapide, mais aussi de lancer le nouveau modèle haute densité à 90 passagers », a indiqué dans un communiqué le président de Bombardier Avions commerciaux, Fred Cromer.

« Cette commande confirme les besoins de capacité accrue des transporteurs aériens pour les itinéraires régionaux où la demande des passagers est forte, et démontre le potentiel de rentabilité accru qu’offre cette configuration unique du turbopropulseur », selon M. Cromer.

Manifestations

Par ailleurs, des piquets symboliques ont été érigés vendredi par des syndiqués d’Unifor dans plusieurs entreprises de l’industrie aérospatiale au Québec. Les membres d’Unifor, affilié à la FTQ au Québec, veulent ainsi faire comprendre que ce n’est pas seulement Bombardier, mais toute l’industrie aéronautique québécoise qui est frappée par la décision du département américain du Commerce d’imposer des droits compensateurs de 220 % sur les avions de la CSeries vendus aux États-Unis.

Les piquets ont été érigés aux usines Pratt Whitney à Longueuil, Saint-Hubert et Mirabel, de même qu’au Centre de finition de Bombardier de Saint-Laurent, à Montréal.

2 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 30 septembre 2017 15 h 28

    Le système de protection

    Pour éviter ces contrecoups prévisibles, c'est notre cher gouvernement qui a décidé de prendre la plus grande part de risque. Nos décideurs qui passent pour des imbéciles pour avoir choisi la manière d'appuyer Bombardier, savaient très bien en fait ce qui s'en venait et ont ainsi choisi de nous faire passer pour des imbéciles en protégeant cette bourgeoisie arnaqueuse qui n'hésitait même pas à utiliser la manne gouvernementale pour garnir leurs goussets. Honte à eux tous!

  • André Labelle - Abonné 1 octobre 2017 16 h 00

    Branche militaire

    Qu'attend Bombardier pour se doter d'une branche militaire qui serait grassement subventionnée par le gouvernement "Canadian" ?

    Dans l'aéronautique il semble bien que ce soit là la clé de la réussite : les subventions militaires permettent de développer des solutions dites militaires lesquelles sont ensuite passées en douce au secteur commercial.

    Peut-être que Bombardier et le Canada sont plus catholiques que le pape !

    «Quel dommage que les imbéciles soient des gens si pleins d'assurance et les gens intelligents, si pleins de doutes.»
    [Jean-Michel Wyl]