Le Fonds de solidarité FTQ fait ses adieux au charbon

«Pour nous, cette transition doit être équitable et juste, avec une préoccupation sociale pour les emplois touchés», résume Gaétan Morin, président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Pour nous, cette transition doit être équitable et juste, avec une préoccupation sociale pour les emplois touchés», résume Gaétan Morin, président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ.

Le Fonds de solidarité FTQ a retiré ses billes du secteur du charbon. Gaétan Morin a annoncé aux actionnaires réunis en assemblée générale ce samedi que l’institution qu’il préside a amorcé son plan de transition énergétique « respectueuse des travailleurs ».

« Notre réflexion sur la nécessaire transition vers une économie plus verte reflète la mission à deux niveaux du fonds de travailleurs que nous sommes, à savoir la création et le maintien des emplois, et l’offre d’un rendement correct à l’actionnaire », résume Gaétan Morin, président et chef de la direction du Fonds de solidarité. « Pour nous, cette transition doit être équitable et juste, avec une préoccupation sociale pour les emplois touchés. »

Le premier geste posé par le Fonds a été de se départir de ses placements dans des entreprises disposant de réserves de charbon servant à la production d’énergie. Ces entreprises sont également ajoutées à la liste des titres exclus. Ce délestage, achevé en juillet dernier, a impliqué une dizaine de titres présents dans le portefeuille global du Fonds, pour une valeur de 32 millions.

Ce geste concret a reçu un accueil favorable de Greenpeace, de la Fondation David Suzuki et de WWF Canada. « Greenpeace félicite le Fonds de solidarité FTQ, qui a présenté aujourd’hui de nouvelles mesures pour favoriser une transition énergétique respectueuse des travailleurs », peut-on lire dans le communiqué de l’ONG. En invitant les autres banques et investisseurs à y faire écho, Patrick Bonin, responsable de la campagne climat et énergie de Greenpeace Canada, évoque des investissements favorisant « une transition énergétique qui sera juste et générera des emplois verts ».

Impact sur l’emploi

Au Fonds de solidarité, on n’écarte pas une poursuite de l’élan au tout-fossile. « Il faut l’envisager. Mais on ne peut le faire du jour au lendemain. Il faut se préoccuper de l’impact sur le rendement et sur l’emploi, insiste Gaétan Morin. Il y a des emplois en jeu à Montréal-Est, dans le pétrole albertain… » Et le Fonds de solidarité est bien positionné par rapport à cet enjeu, l’institution étant partenaire de plus de 2700 entreprises. « C’est dans le portefeuille “placements privés” que notre influence est plus grande. »

Gaétan Morin donne l’exemple d’Enerkem. Le Fonds s’y est engagé il y a 14 ans, sur la base d’un projet de recherche mené par un professeur de l’Université de Sherbrooke. L’idée d’Enerkem : produire de l’éthanol et du biométhanol à partir des déchets urbains. Enerkem exploite aujourd’hui une usine commerciale à Edmonton et devrait en construire une autre à Varennes. Ils n’enfouissent plus qu’une tonne de déchets, au lieu de dix auparavant, illustre-t-il. « Nous sommes capables d’appuyer une idée qui nous apparaît prometteuse, de prendre le risque de départ et d’être patients. »

Notre réflexion sur la nécessaire transition vers une économie plus verte reflète la mission à deux niveaux du fonds de travailleurs que nous sommes, à savoir la création et le maintien des emplois, et l’offre d’un rendement correct à l’actionnaire

 

Transition

Dans son entrevue au Devoir, Gaétan Morin utilise le mot « transition » tel un mantra. Il pense à l’intelligence artificielle qui va bouleverser bien des façons de faire, à cette analphabétisation pouvant toucher à des degrés divers plus d’un Québécois sur deux âgés de 16 à 65 ans, à tous ces changements technologiques se manifestant plus rapidement que l’on pense. « Il faut constamment être sensible aux effets sur le PIB, sur l’emploi, sur les gens, sur nos entreprises et leur capacité d’innover », sur l’existence ou l’ajustement des mécanismes et programmes sociaux pouvant servir de filet à cette transition. Autant de préoccupations qui interpellent le coeur de la mission du Fonds.

Au passage, le président s’émerveille encore de la qualité de l’entrepreneuriat au Québec. Il dit « wow ! » lorsqu’il rappelle que le « portefeuille mission » a généré un rendement de quelque 10 % au cours de l’exercice terminé le 31 mai 2017. « Le Québec abrite de bons et une bonne diversité d’entrepreneurs, qui ne recherchent pas seulement la croissance organique, qui regardent à l’international. » Il salue la maturité de ces entrepreneurs et applaudit à cette intention d’entreprendre en hausse chez les jeunes. Il fait l’éloge de la capacité de son équipe à les dénicher et à les accompagner, pas seulement en capital mais aussi en mentorat.

Plan 2020

Le Fonds s’est engagé en 2016 dans un plan à l’horizon 2020 misant sur les infrastructures à vocation socioéconomique, l’appui aux fleurons québécois, le soutien à l’innovation et une présence accrue dans les secteurs névralgiques de l’aérospatial, de l’agroalimentaire, des produits forestiers et des sciences de la vie. « Nous avons déployé 300 millions cette année dans nos quatre grands pôles et 94 millions en appui à l’innovation chez nos partenaires », énumère-t-il.

Au total, les investissements en capital de développement auprès des entreprises québécoises se sont chiffrés à 873 millions au cours de l’exercice 2016-2017. Un exercice qui aura permis au Fonds de travailleurs d’afficher trois records, dit Gaétan Morin dans son message aux actionnaires. Celui d’un bénéfice net supérieur à 1 milliard, du nombre d’entreprises partenaires atteignant les 2700 et du nombre d’actionnaires, à 645 664.

Le président d’une institution chapeautant un actif net de 13,1 milliards se réjouit également du travail des responsables locaux ayant eu pour résultat d’amener 47 000 nouveaux actionnaires, dont 49 % ayant moins de 40 ans. « Le rajeunissement de notre actionnariat se poursuit. Il en résulte aussi une période de détention plus longue. Notre cycle d’investissement étant de sept à huit ans, cela vaut dire pour les gouvernements que le crédit d’impôt accordé peut “rouler” jusqu’à trois fois. »

2 commentaires
  • Michaël Lessard - Abonné 30 septembre 2017 11 h 42

    Honnêtement, cela ne me semble pas une mesure de grand courage

    Honnêtement, cela ne me semble pas une mesure de grand courage: ça me semble très minimal et l'impact est minime. Il y a relativement peu de centrales au charbon au Canada et le gouvernement prévoit déjà la fin totale de cette énergie pour 2030. En temps normal on dirait petit train va loin, sauf qu'il y a urgence écologique selon la communauté scientifique. Je ne suis pas impressionné, désolé.

    Je suis ouvert à être contredit. Qu'on me démontre que retirer les fonds du charbon est un grand pas courageux actuellement.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 octobre 2017 13 h 02

      Au contraire...il faut saluer le geste.

      13 ans de moins dans le charbon ça s'applaudit...
      Une petite victoire par-ci, par-là... c'est comme ça qu'on gagne des guerres.