Evey, le cerveau de votre maison

Keaven Martin, un des fondateurs de Evey, une entreprise spécialisée en domotique, a créé un boîtier qui joue le rôle d’intermédiaire entre tous les objets connectés d’une maison.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Keaven Martin, un des fondateurs de Evey, une entreprise spécialisée en domotique, a créé un boîtier qui joue le rôle d’intermédiaire entre tous les objets connectés d’une maison.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateurs. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, deux ingénieurs qui rivalisent avec des géants pour vous simplifier la vie.

Dans le sous-sol du Centech, le Centre d’entrepreneurship technologique de l’École de technologie supérieure, une pièce sert d’atelier pour plusieurs compagnies de l’accélérateur montréalais. On y trouve des tables de travail, des étagères sur lesquelles s’accumulent des produits en développement… et la réplique d’un appartement digne des salles de montre d’IKEA. C’est ici que les fondateurs de la compagnie Evey donnent aux visiteurs un aperçu de ce qu’ils croient être la maison du futur.

Lorsqu’on sort du lit, les rideaux se lèvent, la lumière s’allume graduellement et les haut-parleurs font jouer notre musique préférée, pour nous réveiller en douceur. Lorsqu’on passe à la cuisine, la pièce s’éclaire automatiquement, la machine à espresso se met en marche et la télévision fixée au mur nous montre notre chaîne favorite.

Tous ces objets connectés sont coordonnés par un écran tactile de la grosseur d’un téléphone intelligent, qui est fixé au mur. Un boîtier que les cofondateurs d’Evey, Keaven Martin et Shan Meunier Bernard, ont mis près de cinq ans à développer.
 

 


Développer l’intelligence

Les deux partenaires sont étudiants en génie électrique en 2012 lorsqu’ils songent à créer un assistant personnel pour la maison. Keaven a vu son père travailler pendant des années dans le domaine de la domotique — la robotique à domicile — et il sait à quel point l’installation d’appareils connectés peut être longue, complexe et surtout très coûteuse.

« Je me disais que ça n’avait aucun sens, affirme-t-il. On a réalisé que ce qu’il manquait, c’était de l’intelligence artificielle. C’est-à-dire un système qui soit capable d’apprendre, de créer un cerveau pour la maison. »

L’assistant personnel développé par Evey joue le rôle d’intermédiaire entre tous les objets connectés de la maison, qu’il s’agisse d’appareils électroniques, d’électroménagers, du thermostat ou de la serrure de la porte d’entrée.

Comme la plupart des systèmes de domotique sur le marché, Evey vous permet de contrôler les différents objets à distance avec l’écran tactile fixé au mur, avec votre téléphone intelligent ou en effectuant une commande vocale.

Mais par-dessus tout, les cofondateurs soutiennent que leur produit, à la différence des autres, peut s’adapter à vos préférences.

À chacun ses préférences

En l’espace de deux semaines, Evey apprend à vous connaître en retenant vos goûts musicaux, l’intensité lumineuse que vous préférez et votre horaire de travail, pour ajuster la température de votre maison en conséquence, par exemple. Sa caméra peut même reconnaître chacun des membres de la famille et actionner les produits connectés selon ce qui convient à celui ou celle qui se trouve dans la pièce.

Le système devrait bientôt être compatible avec une cinquantaine d’appareils et Keaven estime qu’il pourra un jour en intégrer près de 2000.

L’entreprise procédera dès cette semaine à la première de trois phases de tests dans des espaces non contrôlés et elle espère lancer la commercialisation de son système à la fin de l’été 2018. Chaque unité principale devrait coûter un peu plus de 430 $ et les unités secondaires devraient se vendre aux alentours de 180 $.
 

 

Se différencier des géants

Evey n’est évidemment pas la seule compagnie à tenter de s’emparer de l’effervescent marché des objets connectés. Et à première vue, ses compétiteurs sont plus grands que nature. Amazon, Google et Apple ont chacune lancé leur propre modèle d’assistant personnel, qui répond aux commandes vocales de l’utilisateur.

Keaven n’est pourtant pas intimidé par les multinationales de la Silicon Valley, persuadé que son système est différent des leurs. « Ces produits-là se concentrent sur l’accès à la vie numérique par commande vocale, comme une extension du téléphone intelligent. C’est un système action-réaction, dit-il. Notre système fait en sorte que les produits agissent de manière intelligente et autonome. »

Adoption massive ?

Depuis les débuts officiels d’Evey en 2014, les cofondateurs ont déployé beaucoup d’efforts pour développer leur système, mais également leur stratégie de mise en marché. « Nous sommes passés d’un gadget à un produit », résume Keaven.

Il espère maintenant que les consommateurs penseront la même chose, et qu’Evey n’attirera pas que les mordus de nouvelles technologies. « Je pense que les maisons connectées vont suivre la même tendance que les téléphones intelligents, prédit-il. Dans les premières années, ce sont surtout les geeks qui les ont essayés, mais les avantages étaient tellement grands que tout le monde a embarqué. Si les gens peuvent avoir une maison intelligente qui s’adapte à leurs besoins et qui leur permet de passer plus de temps de qualité avec leurs proches, je pense qu’ils vont être convaincus. »