Jean Coutu et Metro, deux fleurons québécois à risque

Metro et Jean Coutu ont confirmé mercredi discuter d’un éventuel regroupement de leurs activités.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Metro et Jean Coutu ont confirmé mercredi discuter d’un éventuel regroupement de leurs activités.

Si l’achat du Groupe Jean Coutu par Metro est conclu, ce n’est pas une mais deux entreprises stratégiques pour l’économie québécoise qui se retrouveront vulnérables à une prise de contrôle hostile. Québec devrait envoyer un message clair pour avertir que la « nouvelle » Metro n’est pas disponible aux intérêts hors Québec, martèle Michel Nadeau, de l’IGOPP.

Les deux géants du commerce de détail au Québec ont annoncé jeudi qu’ils « entretiennent des discussions exclusives en vue d’une proposition visant un regroupement par lequel les actions du Groupe Jean Coutu seraient acquises par Metro ». Le montage prévoit un prix de 24,50 $ par action, payable au moyen d’une combinaison « 75 % comptant, 25 % actions » de Metro. Avec près de 184 millions d’actions de classe A et B émises, ce prix accole une valeur de 4,5 milliards au groupe pharmaceutique. La famille Coutu a indiqué son intention de soutenir la transaction proposée.

En ce qui concerne l’actionnariat, Metro, avec ses 228 millions d’actions en circulation, est à propriété diffuse. Au 2 décembre dernier, le seul actionnaire exerçant une emprise de 10 % ou plus était le gestionnaire de fonds Fidelity Management, avec une participation de 20,3 %. À l’opposé, Jean Coutu retient le plein contrôle de son entreprise avec 58,5 % des actions lui donnant 93,2 % des droits de vote par le jeu des actions à vote multiple. Si la transaction avec Metro va de l’avant selon les paramètres énoncés, le fondateur recevra quelque 2 milliards comptant et près de 27 millions d’actions de Metro lui conférant une participation de 9,8 % dans le géant québécois de l’alimentation.

« Effectivement, le problème persiste, voire s’aggrave, avec une entreprise [Metro] devenant plus stratégique encore pour l’économie québécoise mais restant fragile face à une tentative de prise de contrôle non sollicitée », répond Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP).

On déplore depuis longtemps l’absence d’un actionnaire de référence chez Metro pouvant exercer une position de contrôle ou de blocage advenant une tentative de prise de contrôle hostile sur ce joueur stratégique pour tout le secteur de l’alimentation au Québec. Et le Groupe d’initiative financière prévu au Plan pour faire du Québec une économie de dirigeants déposé en février dernier aurait un pouvoir d’intervention limité. « Après l’acquisition, Metro aura une capitalisation boursière de près de 16 milliards. La somme requise pour bâtir une position de blocage est plutôt élevée », ajoute Michel Nadeau.

2 commentaires
  • Antoine Caron - Abonné 29 septembre 2017 08 h 08

    La Caisse de Dépôt au secours de Metro?

    Est-ce que la la Caisse de Dépôt du Québec serait alors le seul joueur qui pourrait devenir cet actionnaire de référence pour bloquer une tentative de prise de contrôle hostile?... Ça me semble le cas...

    Antoine Caron, Québec

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 septembre 2017 11 h 50

      Bonne Question M. Caron...
      Si tous les québécois s'intéressaient un tant soit peu aux finances et au système économique du Québec, en posant des questions fort pertinentes, comme la vôtre, nos élus (sic) auraient une meilleure attitude envers les citoyens et ne les prendraient plus pour acquis, ni comme des "roger bontemps"...faciles à berner.

      Le cas Métro-Jean Coutu serait un cas type à étudier...
      Demande est faite à M. Bérubé de continuer à nous renseigner sur ce dossier...naturellement proche des Québécois.

      Car nous avons perdu Provigo, Rona (et tant d'autres grands Noms de notre Économie )...dans des transactions nébuleuses et, "au nez et à la barbe" de tout le monde.