Metro veut acheter Jean Coutu

Le réseau de Jean Coutu possède 382 pharmacies à travers la province.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le réseau de Jean Coutu possède 382 pharmacies à travers la province.

Les rapprochements entre l’alimentation et la pharmacie gagnent en intensité. Le Groupe Jean Coutu a annoncé qu’il acceptait l’offre d’acquisition de Metro.

Les transactions sur les titres de Jean Coutu et de Metro ont été suspendues mercredi par l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières. Puis l’annonce est venue. Les deux géants du commerce de détail au Québec ont déclaré qu’ils « entretiennent des discussions exclusives en vue d’une proposition visant un regroupement par lequel les actions du Groupe Jean Coutu seraient acquises par Metro ». Le montage prévoit un prix de 24,50 $ par action, payable au moyen d’une combinaison 75 % comptant, 25 % actions de Metro. Avec près de 184 millions d’actions de classe A et B émises, ce prix accole une valeur de 4,5 milliards au Groupe. Il renferme une prime de 6 % par rapport à la clôture de mardi.

« Ce prix a été établi dans le cadre de négociations entre les parties qui ont précédé la signature d’une lettre d’intention non contraignante en date du 22 août 2017… Toute transaction définitive serait assujettie aux approbations réglementaires et autres conditions habituelles pour une transaction de ce type. Rien ne garantit que quelque transaction visant à mettre en oeuvre le regroupement sera conclue et que les conditions éventuelles à laquelle elle serait sujette seront remplies », prend-on soin de souligner, pour ajouter que « les parties n’émettront aucun autre commentaire ». Metro exploite quelque 200 pharmacies Brunet, Brunet Plus et Brunet Clinique et Clini Plus à travers la province. Pour sa part, le réseau de Jean Coutu en possède 382.

La famille Coutu a indiqué son intention de soutenir la transaction proposée. Selon un tableau du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires, le fondateur détient 5 % des quelque 80 millions d’actions subalternes de classe A (un droit de vote) et 100 % des 103,5 millions d’actions multivotante de classe B (dix droits de vote). En ramenant le tout au même niveau, on conclut que Jean Coutu peut exprimer 58,5 % des droits de vote.

Regroupement attendu

Ce regroupement était attendu. Déjà, en janvier 2013, lorsque Metro annonçait la vente de 48,2 % de son investissement dans Couche-Tard à trois banques canadiennes pour 479 millions, on lui prêtait l’intention d’envisager d’autres avenues pour récompenser ses actionnaires. L’acquisition de Jean Coutu apparaissait au scénario. Six mois plus tard, les analystes écrivaient qu’il était « impératif » pour la chaîne montréalaise de supermarchés Metro de procéder à une acquisition, au lendemain de l’achat des pharmacies Shoppers Drug Mart — Pharmaprix au Québec — par le géant ontarien de l’alimentation Loblaw. La décision prise par Loblaw de mettre la main sur la plus importante chaîne de pharmacies au pays, en échange d’une somme de 12,4 milliards, laisse croire que la chose évidente à faire pour Metro est d’acquérir les pharmacies Jean Coutu, écrivait un analyste de la CIBC. Cette offre de Loblaw, avalisée en août 2013, a reçu le feu vert conditionnel du Bureau de la concurrence le 21 mars 2014.

Depuis, après une première tentative ratée en 2009, la filiale canadienne du géant pharmaceutique américain McKesson est revenue à la charge pour conclure en mai dernier une entente lui permettant de mettre la main sur les 330 pharmacies du Groupe Uniprix. À la fin de 2016, McKesson Canada avait élargi de façon significative son empreinte en réalisant l’acquisition de la chaîne de 470 pharmacies Rexall pour 2,9 milliards. Comme il est déjà propriétaire de 275 pharmacies Proxim au Québec, le rachat des succursales d’Uniprix lui permet d’exploiter un réseau provincial comptant plus d’établissements que Jean Coutu, leader du marché au Québec.

Sur le plan conjoncturel, les détaillants font face à une concurrence croissante des grandes chaînes américaines, comme Walmart et Costco — qui abritent alimentation et pharmacies dans leurs magasins.

Générique et croissance

Reste également les pressions pour les médicaments génériques. À l’instar du Groupe Jean Coutu, le dirigeant de Metro s’était opposé l’an dernier au projet de loi no 81 devant permettre au gouvernement du Québec de lancer des appels d’offres pour l’achat de médicaments génériques.

Puis, en juillet dernier, lors de l’assemblée des actionnaires, le pharmacien et homme d’affaires âgé de 90 ans Jean Coutu s’en prenait au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lui reprochant notamment d’avoir voulu récupérer quelque 300 millions sur le dos des pharmaciens propriétaires. Un compromis avait toutefois été obtenu en avril, Québec s’entendant avec l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires pour mettre fin aux prélèvements prévus sur les honoraires des pharmaciens jusqu’en 2019. La limite du taux des allocations professionnelles que peuvent verser les fabricants de médicaments génériques a également été rétablie à 15 %. Mais la menace de Québec de procéder à des appels d’offres afin de faire baisser le prix des médicaments continuait à peser lourdement.

Au cours de la même assemblée, la croissance interne de l’entreprise a fait l’objet de discussions lors de l’assemblée après qu’un actionnaire eut évoqué que Jean Coutu était en train de stagner étant donné que la chaîne de pharmacies ne semblait pas avoir de projets d’acquisition.

Les pharmacies au Québec par enseigne

Groupe Jean Coutu 382

Familiprix 358

Uniprix (propriété de McKesson Canada) 330

Proxim (McKesson Canada) 250

Brunet (Metro) 200

Pharmaprix (Loblaw) 172

Source : La Presse canadienne