Alstom et Siemens confirment un regroupement d’activités

Une usine d'Alstom à Belfort, dans l'est de la France
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Une usine d'Alstom à Belfort, dans l'est de la France

L’allemande Siemens et sa rivale française Alstom ont confirmé mardi le regroupement de leurs activités liées à la fabrication de matériel roulant, ce qui laisse Bombardier Transport en plan. Cette nouvelle entité, détenue à parts égales par les deux sociétés et dont le siège social sera établi à Paris, devrait générer des revenus de 18 milliards $US.

Ce mariage pourrait nuire à Bombardier Transport — qui aurait tenu des discussions avec Siemens plus tôt cette année à propos d’un regroupement — alors que le secteur ferroviaire se consolide afin de rivaliser avec CRRC, ce constructeur chinois soutenu par l’État, qui accroît ses parts de marché mondiales.

Malgré tout, l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, croit que la division ferroviaire de Bombardier, dont le siège social se trouve à Berlin, serait capable de continuer à tirer son épingle du jeu. Dans une note, il rappelle que Bombardier Transport serait le troisième joueur en importance en Europe en plus de jouir d’une forte présence en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. De plus, puisque de nombreuses activités de ses rivales allemande et française se chevauchent, il pourrait s’écouler de nombreuses années avant que le dossier ne se règle, ajoute M. Doerksen.

Selon lui, un mariage entre Bombardier Transport et Siemens aurait notamment forcé l’entreprise québécoise à céder le contrôle de ses activités de signalisation. « Compte tenu de la nature cyclique des activités du secteur aéronautique, il est important, à notre avis, que Bombardier conserve le contrôle [de sa division de matériel roulant] », écrit l’analyste. À l’inverse le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung croit que Bombardier pourrait s’inviter dans un deuxième temps en apportant au nouveau groupe ses activités ferroviaires.

De plus, M. Doerksen estime que la menace en provenance de la Chine est exagérée à court et moyen terme, étant donné que CRRC n’a généré que 8,5 % de ses revenus à l’extérieur de ce pays l’an dernier. L’avantage concurrentiel de la société chinoise pourrait également être freiné par des exigences de contenu local sur les marchés occidentaux, ce qui oblige CRRC à ouvrir des usines à l’étranger.

Le TGV franco-allemand

Cette alliance économique « entre égaux » entre le français et l’allemand se veut aussi politique, discutée entre l’Élysée et la chancellerie. Cette alliance va donner naissance à « Siemens Alstom », numéro deux mondial — en volume — pour le matériel ferroviaire roulant et numéro un pour la signalisation. Le TGV, train à grande vitesse perçu en France comme une icône de la réussite nationale, deviendra donc franco-allemand dans un premier temps, mais l’accord prévoit que Siemens pourra monter au-delà de 50,5 % du capital au bout de quatre ans. L’État français n’y siégera pas.

La perte du contrôle d’un fleuron de l’industrie française suscite en effet des craintes, relayées par les syndicats. « Les garanties, c’est vite changé », a réagi auprès de l’AFP Daniel Dreger, de la CGT (deuxième syndicat chez Alstom). Le gouvernement a cherché à rassurer. Selon le ministère de l’Économie, Siemens s’est engagé sur « la préservation des emplois et des sites industriels français » pendant quatre ans.

Cette alliance est également très politique alors qu’Emmanuel Macron montre depuis son élection une volonté de rapprochement avec l’Allemagne et présentait le même jour ses propositions sur l’avenir de l’Union européenne. Mais des voix s’élèvent, à gauche comme à droite. « C’est l’Allemagne qui rachète la France et Monsieur Macron nous brade », a réagi Laurent Wauquiez, vice-président des Républicains. Les élus de la gauche radicale chargés des transports en région parisienne estiment, eux, qu’« un tel scénario n’a rien de l’Airbus du ferroviaire vanté dans la presse, puisqu’il ne repose sur aucun contrôle public ».

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