Le Québec, terre promise des producteurs de cannabis

À l’heure actuelle, le Québec compte un seul producteur autorisé de cannabis médical, Hydropothicaire, dont les serres sont en Outaouais. Les choses pourraient rapidement changer avec la légalisation de la marijuana récréative.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’heure actuelle, le Québec compte un seul producteur autorisé de cannabis médical, Hydropothicaire, dont les serres sont en Outaouais. Les choses pourraient rapidement changer avec la légalisation de la marijuana récréative.

Le Québec ne compte qu’un seul producteur autorisé de cannabis médical pour l’instant mais plusieurs projets sont en cours de développement, dont certains sont l’oeuvre de sociétés de l’extérieur de la province attirées notamment par les tarifs d’électricité.

Alors que le gouvernement québécois tient des consultations sur l’éventuelle légalisation du cannabis à des fins récréatives par Ottawa, les projets se propagent, tant dans l’agglomération montréalaise qu’ailleurs.

À Salaberry-de-Valleyfield, par exemple, un groupe ontarien nommé The Green Organic Dutchman a mis la main sur un terrain de 3,2 millions de pieds carrés (300 000 mètres carrés). La construction devrait débuter à l’automne, a indiqué l’entreprise la semaine dernière.

« Les sites de TGOD sont stratégiquement situés en Ontario et au Québec, qui regroupent 21,6 millions de personnes et se trouvent à proximité des grands centres urbains, des aéroports et de la frontière américaine », indique la société dans un document d’information à l’intention des investisseurs. « Les six États américains avoisinants comptent 57 millions de visiteurs potentiels en matière de tourisme de cannabis récréatif. »

La compagnie, qui a jusqu’ici récolté plus de 40 millions de dollars de la part d’investisseurs, a déjà mis en place le financement pour des serres dans la région de Hamilton, en Ontario. Mais selon ses dires, le Québec, où elle aimerait un jour produire 100 000 kg de cannabis par année, a ceci de particulier qu’il « offre un approvisionnement énergétique parmi les moins coûteux au Canada, soit environ 5 cents du kWh, ce qui descend à moins de 4 cents grâce aux incitatifs gouvernementaux ». Aussi, « les autorités locales contribuent à accélérer et à simplifier les autorisations réglementaires ».

L’expansion de Canopy

Un des gros joueurs de l’industrie canadienne, Canopy Growth, connue pour son partenariat avec le rappeur Snoop Dogg, attend présentement l’autorisation de Santé Canada pour commencer la culture dans un bâtiment de 7000 pieds carrés (sur deux étages) qu’elle a acheté près de Drummondville en 2016. L’installation appartenait à Vert Médical, qui avait fait une demande de licence, et a été complètement rénové. « L’électricité est tellement moins chère ici qu’ailleurs. C’est un avantage dans le coût des produits vendus », a dit Adam Greenblatt, chef des marques de l’entreprise au Québec. En principe, il en résultera une vingtaine d’emplois.

Canopy, qui compte déjà plus de 600 employés au Canada, « est toujours en train d’évaluer d’autres occasions », a dit M. Greenblatt. La compagnie détient d’ailleurs une option d’achat sur un terrain de 90 acres (365 000 mètres carrés) à Saint-Lucien. « Ce n’est pas notre dernier site », a-t-il ajouté. « Au Québec, c’est seulement notre premier. »

Sur les 58 producteurs autorisés à l’échelle canadienne, un seul possède un siège social au Québec, comparativement à 32 en Ontario et 14 en Colombie-Britannique. Situé à Masson-Angers, un arrondissement de Gatineau traversé par la rivière du Lièvre, Hydropothicaire a obtenu sa licence en 2015 et a pris de l’expansion rapidement pour répondre à la demande du marché médical.

Long processus

Or un autre pourrait bientôt suivre. À Lebel-sur-Quévillon, l’entreprise de Keven Boisvert, Écuries SiCi Stan, se trouve présentement à la dernière étape des vérifications de Santé Canada pour l’émission d’une licence. Le travail de terrassement vient d’ailleurs de commencer sur le terrain où il va construire la serre. Le processus peut être long, prévient-il. « Il peut y avoir des annonces, mais la question qu’il faut toujours se poser, c’est “où en sont-ils rendus dans le processus ?” Ont-ils des appuis politiques, le zonage, est-ce que le conseil appuie ? »

Plusieurs autres projets ont été mis en branle au cours des derniers mois :

la conversion d’un bâtiment pharmaceutique de Pointe-Claire, où la production pourrait commencer d’ici la fin de 2017. Ce projet du groupe albertain Aurora, qui s’affaire aussi à construire un site de 800 000 pieds carrés à l’aéroport d’Edmonton, est « presque terminé », a-t-il indiqué dans un récent communiqué.

La construction d’un site de production à Laval par la société MYM Nutraceuticals, qui mise aussi sur un projet de 15 serres à Weedon, en Estrie. Ce dernier, qui a l’appui du maire de Weedon et de la MRC, comprend également la construction d’un « bâtiment multifonctionnel » regroupant un centre d’interprétation, un hôtel, une école, un restaurant et un centre de recherche sur le chanvre industriel.

la constructiond’un site de production de 60 000 pieds carrés à Louiseville, en Mauricie où l’identité du promoteur n’a pas encore été dévoilée.

L’apparente multiplication des projets n’est pas étrangère au changement qui surviendra en 2018, dit la directrice générale de l’Association Cannabis Canada, Colette Rivet. « Pour avoir la capacité nécessaire en vue de la légalisation, les gens investissent dans les installations. Aussi, d’autres pays veulent le cannabis canadien, car il est de bonne qualité et très réglementé. »