Tous les yeux rivés sur les conséquences de «Harvey»

L’ouragan Harvey, qui balaiera le Texas dès ce matin, pourrait perturber la production pétrolière et le raffinage dans le golfe du Mexique.
Photo: John Moore Getty Images/Agence France-Presse L’ouragan Harvey, qui balaiera le Texas dès ce matin, pourrait perturber la production pétrolière et le raffinage dans le golfe du Mexique.

Selon les dommages infligés aux installations pétrolières du Texas et la durée des perturbations, les prix à la pompe au Québec pourraient, comme dans le passé, être touchés par les fluctuations du prix de l’essence au sud de la frontière.

Plusieurs grandes sociétés pétrolières, dont Valero et Anadarko, ont choisi de réduire leur production et d’évacuer du personnel sur la côte texane en prévision de l’ouragan Harvey, lequel se présente comme ayant le potentiel d’être aussi dévastateur pour le golfe du Mexique que Katrina en 2005.

« Nous surveillons ça. Nous avons reçu hier une communication de la part du AAA [aux États-Unis] qui nous prévenait de l’arrivée de l’ouragan et qui disait que ça pourrait avoir un impact sur le prix de l’essence »,a dit Annie Gauthier, porte-parole de CAA-Québec.

« La fermeture de lignes de production et l’évacuation de personnel vont créer une rareté de la matière,a ajouté Mme Gauthier. Si la demande ne change pas ou qu’elle croît, avec la rentrée qui s’en vient, sans avoir de boule de cristal, je peux dire que ça va probablement avoir un effet à la hausse sur les prix. Il n’y a pas une frontière étanche entre les États-Unis et le Canada. »

Le golfe du Mexique représente environ 50 % de la capacité de raffinage aux États-Unis et 17 % de la production de pétrole. La fluctuation des prix au sud de la frontière a un impact sur ceux du Canada, car l’essence est une matière négociée sur le NYMEX, à New York, lequel influence les prix de l’essence sur tout le continent. Le cours du pétrole a terminé en hausse de 1 % vendredi, à 47,89 $US, alors que l’essence a grimpé de 0,5 %.

Les prix à la pompe seront surveillés de près au cours des prochains jours, alors que l’ouragan Harvey, qui balaiera le Texas dès ce matin, pourrait perturber la production pétrolière et le raffinage dans le golfe du Mexique.

« L’impact de la tempête sera plus évident sur les produits raffinés que sur le marché du brut », a dit à l’Agence France-Presse un spécialiste de JPMorgan, David Martin. « L’évacuation du personnel de certaines plateformes situées dans le golfe du Mexique a déjà réduit la production de brut », mais « le redémarrage de l’activité devrait se faire dans les jours suivant le passage de l’ouragan », a-t-il affirmé.

Hasard

Le hasard a voulu que les prix à la pompe dans la région de Montréal aient augmenté vendredi matin, mais le CAA-Québec a fait remarquer qu’ils étaient plutôt bas depuis quelques jours, laissant entrevoir un possible retour du balancier. Bon nombre de stations indiquaient un prix à 122,9 ¢, après l’avoir laissé flotter autour de 116 ¢ le litre. À Québec, le litre se vendait 112,8 ¢, ce que le CAA juge élevé par rapport à son « prix normal », qui devrait plutôt se situer à 108,7 ¢.

Lors du passage de l’ouragan Katrina sur la Louisiane, en août 2005, le prix de l’essence dans certaines régions touchées était passé de 2,50 $US le gallon à plus de 4 $ ou 5 $. Les contrecoups sur le cours du pétrole et le prix de l’essence ailleurs se sont rapidement fait sentir. Au Québec, les prix à la pompe avaient grimpé de 35 % en trois jours, pour atteindre 1,47 $ le litre à plusieurs endroits.

Le Bureau de la concurrence du gouvernement canadien avait écrit en 2006 que rien n’indiquait un « complot national », mais que la situation traduisait une diminution des capacités de raffinage nord-américaines.

Trois ans plus tard, à l’occasion de l’ouragan Ike, le scénario s’est répété. Deux hausses successives du prix à la pompe ont fait en sorte que les automobilistes devaient payer 149,9 ¢ le litre à Montréal, comparativement à 145,4 ¢ à Québec. Les marges de raffinage à Montréal avaient grimpé à 29 ¢ le litre, soit quatre fois la marge moyenne observée jusque-là en 2008.

Lorsque la presse avait demandé au premier ministre Stephen Harper s’il y avait là des cas d’abus potentiel, ce dernier avait répondu que « ça sembl[ait] » être le cas.