Sharebee: l’entreposage à échelle humaine

«Chaque pied carré vaut de plus en plus cher et devient plus précieux, parce que les villes se densifient. C’est donc important d’optimiser tout l’espace disponible», croit Maxime Villemure.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Chaque pied carré vaut de plus en plus cher et devient plus précieux, parce que les villes se densifient. C’est donc important d’optimiser tout l’espace disponible», croit Maxime Villemure.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, un jeune père de famille qui mise sur ce qui pourrait devenir l’Airbnb de la boîte de carton.

À 19 ans, Maxime Villemure est devenu millionnaire en jouant au poker. À 23 ans, il a pratiquement tout perdu. Et aujourd’hui, à 29 ans, ce père de deux enfants qui a l’habitude des paris risqués fonce tête première dans le monde de l’entrepreneuriat, déterminé à atteindre de nouveau les plus hauts sommets.

Depuis un peu plus d’un an, cet ancien étudiant en philosophie se consacre entièrement à Sharebee, une entreprise qui veut bousculer l’univers de l’entreposage en permettant à des particuliers de louer de l’espace libre à ceux qui en ont besoin.

« Chaque pied carré vaut de plus en plus cher et devient plus précieux, parce que les villes se densifient, expose-t-il. C’est donc important d’optimiser tout l’espace disponible. »

Visite inspirante

Sharebee est en quelque sorte née au début de l’été dernier, lorsque Maxime s’est mis à visiter des appartements pour répondre aux besoins de sa famille qui venait de s’agrandir. Il met alors la main sur un grand appartement, tellement grand qu’il se demande quoi faire de ce garage dont il n’a pas besoin.

Il rassemble donc d’anciens collègues de travail et leur propose de créer une plateforme d’entreposage et de stationnement collaboratif qui fonctionnerait à la manière d’Airbnb : des « hôtes » qui affichent de l’espace disponible et des utilisateurs qui louent celui qui leur convient, selon leurs critères de sélection.

 


L’idée plaît instantanément et les cofondateurs ne perdent pas de temps. En août, Sharebee voit officiellement le jour, et en novembre le site Internet est lancé.

« Aujourd’hui, je loue tout mon espace disponible sur Sharebee et je fais environ 450 $ par mois », glisse le cofondateur.

Moins cher, plus près

En analysant le marché de l’entreposage, occupé en bonne partie par ces petits entrepôts accessibles par une porte de garage, Maxime a constaté trois « irritants majeurs » : les prix élevés, la localisation des entrepôts, souvent situés à l’extérieur des centres urbains, et l’expérience du client, parfois décevante.

« C’est souvent une expérience qui est inhumaine. Tu te sens comme dans une prison quand tu entres là-dedans », lance-t-il.

Avec Sharebee, il veut permettre aux utilisateurs d’économiser, grâce à des tarifs jusqu’à deux fois moins élevés que ceux des systèmes d’entreposage traditionnels, tout en leur permettant d’avoir accès à des entrepôts qui se trouvent tout près de chez eux. Le propriétaire de l’espace à louer — qu’il s’agisse d’un sous-sol, d’un cabanon ou d’un stationnement — fixe le prix, auquel Sharebee ajoute des frais de service de 15 %.

Conquérir l’Amérique du Nord

Depuis novembre, une centaine d’annonces ont trouvé preneur à Montréal et à Ottawa. D’ici un an, elle souhaite franchir le cap des 10 000 locations en exportant sa plateforme à Toronto, à Vancouver, à New York et à Boston.

« Nous sommes bien positionnés au Canada, et notre but est de nous étendre partout en Amérique du Nord », note Maxime, en évoquant une éventuelle percée en Asie.

Pour croître, l’entreprise devra cependant poursuivre son travail de persuasion, afin de convaincre les utilisateurs qui craignent de laisser leurs biens ou leur véhicule dans le garage du voisin. Les cofondateurs insistent sur le fait qu’ils effectuent des vérifications sur chaque propriétaire et qu’aucun incident fâcheux n’est survenu jusqu’à maintenant.

Ils ajoutent qu’au contraire, leur plateforme a donné lieu à de belles histoires. Comme celle de cette dame, dont le mari est décédé, qui a pu rembourser ses dettes en louant une partie de sa résidence. Ou de cet utilisateur qui a utilisé la plateforme pour offrir non seulement son garage, mais également la possibilité d’y effectuer des travaux de mécanique.

« Il y a certains types d’espaces qu’on n’aurait même pas imaginé avoir, fait remarquer Jean-François Dubé, qui se charge du marketing chez Sharebee. Ça offre une belle diversité qui nous démarque de l’entreposage traditionnel. »

Risque calculé

Pour atteindre ses ambitieux objectifs, la petite équipe de Sharebee ne compte pas ses heures, à commencer par Maxime, qui se rend disponible pratiquement jour et nuit pour répondre aux questions des utilisateurs.

Le quotidien est donc mouvementé pour celui qui s’est lancé en affaires après avoir décidé de quitter un emploi bien rémunéré. L’aventure est risquée, mais le joueur de poker en lui ne regrette rien.

« Je ne pense pas que j’analyse le risque de la même façon que tout le monde, confie-t-il, persuadé qu’il pourra apprendre de ses bons coups comme de ses échecs, peu importe ce que l’avenir lui réserve. Le risque, pour moi, aurait été de ne pas le faire. »

 

1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 26 août 2017 11 h 58

    Sharebee

    Pourquoi pas "Sharebee 101"?