Les marchés ne savent plus sur quelle monnaie se reposer

Les multiples rebondissements entourant le gouvernement de Donald Trump perturbent depuis plusieurs semaines le marché des changes.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Les multiples rebondissements entourant le gouvernement de Donald Trump perturbent depuis plusieurs semaines le marché des changes.

Est-ce un bien ou un mal ? Depuis plusieurs semaines, le marché des changes hésite. Plus que de coutume, les tribulations du gouvernement de Donald Trump le perturbent.

Il y a d’abord l’escalade verbale entre Washington et la Corée du Nord. Ces tensions à connotation militaire nuisent au dollar. Du moins, tant qu’elles en restent à des échanges de missives. En cas de vrai conflit, le billet vert bénéficierait de son statut de valeur refuge, estimaient lundi matin les analystes de Schroders.

Puis, il y a les départs, officiels et anticipés, des cadres de la Maison-Blanche. Vendredi dernier, l’annonce de la démission du conseiller stratégique Steve Bannon a plutôt été considérée comme « un pas vers moins de protectionnisme » de la part des États-Unis. « Si ce sentiment se confirme, explique Sean Callow, un stratège de Westpac Banking, à Sydney, cité par Bloomberg, cela réduira les tensions commerciales existantes » et devrait donc enrayer la baisse du dollar au profit d’autres monnaies. Cela semblait être le cas lundi. Le dollar américain a repris quelques couleurs après avoir perdu 0,5 % la semaine dernière face à l’euro.

Mais rien n’est acquis. Ce nouveau départ à Washington envoie un autre signal. « L’isolement croissant de Trump met en lumière les dysfonctionnements continus à la Maison-Blanche et alimente les doutes sur sa capacité à faire adopter une réforme des impôts ou des dépenses d’infrastructures », explique à l’AFP Omer Esiner, un analyste de Commonwealth Foreign Exchange.

Un avenir fragile

Enfin, autre source d’incertitude, les pronostics sur l’avenir de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Le programme attendu jusqu’ici consiste en un nouveau relèvement des taux cet hiver. Mais l’inflation ne s’accélère plus aux États-Unis. En juillet, elle s’est élevée à 1,7 % en rythme annuel. Le phénomène commence à faire dire aux experts que l’agenda de la Fed pourrait changer. C’est suffisant pour faire douter les investisseurs et mettre la pression sur un dollar qui, il y a quelques mois encore, était en pleine ascension.

12 %
C’est la progression de l’euro face au dollar américain depuis début février.

Combinés, tous ces questionnements font un gagnant : l’euro. Depuis début février, la monnaie unique a progressé de 12 % face au dollar. Outre les turpitudes entourant le dollar, l’appréciation de l’euro est alimentée par les bons chiffres en provenance des États membres. Les perspectives de croissance — le FMI pronostique un PIB en hausse de 1,9 % en 2017 — n’ont pas été aussi optimistes depuis 2011. L’inflation, à 1,3 % en juillet, n’atteint pas l’objectif de 2 % visé par la Banque centrale européenne (BCE). Mais elle est désormais suffisamment élevée pour éliminer les craintes d’un plongeon en déflation qui avaient miné la confiance ces dernières années.

Dans l’attente de Jackson Hole

Dans ce flou artistique, le grand rendez-vous annuel des banquiers centraux à Jackson Hole, dans le Wyoming, tombe à point nommé pour les marchés financiers. Ils ont besoin de savoir sur quel pied danser.

Du côté européen, pourtant, les opérateurs ne doivent rien attendre de Mario Draghi en cette fin de semaine. Le président de la BCE a déjà prévenu qu’il ne donnerait pas d’indications sur l’avenir de la politique monétaire en zone euro. Il a rendez-vous avec les marchés le 7 septembre, pour la prochaine réunion à Francfort, durant laquelle il pourrait tenter d’enrayer quelque peu une hausse de l’euro qui pourrait finir par pénaliser les exportateurs de la zone monétaire.

Vendredi, c’est donc du côté de Janet Yellen, la présidente de la Fed, que tous les regards seront tournés. Mais lundi, les analystes d’Aurel BGC ont jugé bon de tempérer les attentes : « Le thème choisi par les organisateurs de Jackson Hole, “Fostering a Dynamic Global Economy” [Favoriser une économie mondiale dynamique], laisse la porte ouverte à des précisions pour les prochains mois, mais aussi à des discours lénifiants. »

À voir en vidéo