Le président Trump a-t-il raison de s’en prendre à Amazon?

Donald Trump n’a pas toujours critiqué Amazon. Il s’en est servi pour promouvoir l’un de ses livres.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Donald Trump n’a pas toujours critiqué Amazon. Il s’en est servi pour promouvoir l’un de ses livres.

Une fois encore, le président américain a twitté mercredi dernier sur Amazon, le géant du commerce en ligne, coupable selon de lui de faire disparaître des emplois. Si la position dominante d’Amazon fait débat, c’est surtout avec son fondateur, Jeff Bezos, que Donald Trump a un problème.

L’espace de quelques heures, mercredi, Amazon a perdu plus de 5 milliards de dollars américains de capitalisation boursière (la société vaut près de 500 milliards). L’action, qui flirte avec les 1000 dollars, s’est toutefois vite redressée. Comme Toyota, Lockheed ou Boeing avant lui, le géant américain du commerce en ligne a subi l’effet Trump. Un tweet ou une déclaration du président américain, et Wall Street tangue.

« Amazon heurte grandement les commerces qui paient leurs impôts. Villes et États à travers les États-Unis sont touchés — de nombreux emplois perdus ! », a pesté Donald Trump alors que le pays ne parlait que de sa réaction aux violences à Charlottesville.

Le milliardaire n’est pas le premier à dénoncer l’impact du numéro un du commerce en ligne (43 % des ventes du secteur en 2016) sur ses rivaux physiques. Depuis 2014, le fonds d’investissement Bespoke tient un index « Death by Amazon » (mort par Amazon), qui recense les magasins menacés par la concurrence de la firme de Seattle.

Sur les quelque 1200 centres commerciaux existant aux États-Unis, 25 % pourraient disparaître d’ici à 2023, selon Credit Suisse. Pas moins de 552 magasins d’électronique RadioShack vont fermer leurs portes d’ici à la fin de l’année, alors que les grands magasins Sears ou Macy’s réduisent leur présence dans le pays. Le commerce de détail, premier employeur du secteur privé, a perdu 5000 emplois par mois depuis janvier.

Un effectif nombreux

La montée du commerce en ligne (+11,5 % de juillet 2016 à juillet 2017) explique en partie ce que certains appellent l’« apocalypse du détail ». Amazon, qui emploie pourtant 270 000 personnes aux États-Unis, fait figure de coupable idéal. Le rachat de la chaîne de supermarchés biologiques Whole Foods en juin (pour plus de 13 milliards de dollars) ou l’option Prime Wardrobe, qui permet d’essayer et de retourner un vêtement, renforcent la position d’Amazon, dont l’omniprésence inquiète Wall Street.

« Amazon a pris des parts de marché aux commerces physiques. Aucun doute là-dessus, confirme Vitaliy Katsenelson, analyste chez Active Investment Management. Mais c’est aussi ce qu’avait fait Walmart avec les commerces de proximité. C’est le capitalisme. Les gens ne sont pas obligés de faire leurs courses sur Amazon. Ils choisissent de le faire parce que le service et les prix sont meilleurs à leurs yeux. » Selon lui, il y a tout simplement trop de magasins aux États-Unis, alors que les dépenses des consommateurs ont évolué, avec un budget important consacré à des téléphones intelligents qui n’existaient pas il y a dix ans.

« Donald Trump a un problème avec le quotidien Washington Post, qui appartient à Jeff Bezos [fondateur et patron d’Amazon]. C’est pour cela qu’il redirige sa colère sur Amazon, mais ses attaques ne s’appuient sur rien », estime l’analyste.

Une affaire personnelle

Depuis décembre 2015, le président s’en prend en effet régulièrement au quotidien, qu’il range, comme CNN ou le New York Times, dans la catégorie des médias propagateurs de « fake news ». Le Washington Post, racheté en 2013 pour 250 millions de dollars par le fondateur d’Amazon sur sa fortune personnelle — estimée à 84 milliards de dollars par Forbes —, a multiplié les révélations sur le nouveau gouvernement.

Donald Trump a accusé à plusieurs reprises Jeff Bezos de se servir du journal pour faire du lobbying à Washington et échapper au fisc américain, l’IRS. La critique peut surprendre venant d’un homme qui s’était vanté de ne pas avoir payé d’impôts durant dix-huit ans. Mais, comme celles d’autres grands de la technologie, les astuces fiscales d’Amazon ne font pas l’unanimité chez ses concurrents et dans l’Union européenne.

Amazon a pourtant bien payé 412 millions de dollars d’impôts l’an dernier. L’entreprise, en tant que site Internet, a longtemps évité les taxes locales, qui impliquent une présence physique dans l’État concerné. Depuis avril, elle s’acquitte cependant de ses obligations dans 45 États américains. Reste la question des vendeurs tiers, soit la moitié de ses ventes. Le site considère que c’est à eux de prendre en charge ces taxes locales. La Caroline du Sud ne partage pas cet avis. Une procédure judiciaire est en cours, et son issue pourrait alourdir la déclaration d’impôts d’Amazon.

Donald Trump n’a pas toujours critiqué Amazon. Il s’en est servi pour promouvoir l’un de ses livres. Et si l’on remonte son fil Twitter, on trouve cette citation qu’il a postée en 2013 : « Si vous ne voulez jamais être critiqué, alors, pour l’amour de Dieu, ne faites rien de nouveau. » Son auteur ? Jeff Bezos.


 
2 commentaires
  • René Pigeon - Abonné 22 août 2017 10 h 30

    Amazon a commencé à payer ses taxes de vente dans 45 États américains.

    "Amazon a pourtant bien payé 412 millions de dollars d’impôts l’an dernier. L’entreprise, en tant que site Internet, a longtemps évité les taxes locales, qui impliquent une présence physique dans l’État concerné. Depuis avril, elle s’acquitte cependant de ses obligations dans 45 États américains."

    J’espère que Revenu Québec et ARC ont bien noté.

    • Philippe Hébert - Inscrit 22 août 2017 16 h 23

      Les taxes de ventes, TPS et TVQ, sont perçues par Amazon.ca et versée au gouvernements d'Ottawa et de Québec depuis bien longtemps.

      Quand nos politiciens disent qu'Amazon ne paie pas de taxes, c'est faux.

      Amazon ne paie pas de taxes d'importation des biens en sol québécois, puisque son entrepôt est en Ontario. Amazon paie la taxe d'importation des biens en sol ontarien.

      Quand nos politiciens disent qu'Amazon ne paie pas ses impôts.... ils n'engagent personne au Québec et ne sont pas présent en territoire québécois, ils n'ont pas à payer d'impôt du Québec. Amazon paie ses impôts à l'Ontario et à Ottawa.

      Nos politiciens veulent qu'Amazon paie au final des impôts et tout autre frais que les magasins qui ont un pied à terre au Québec paie. Ce n'est pas comme cela que le système fonctionne.

      Nos politiciens disent que ça fait perdre des jobs au Québec. C'est vrai. Mais pourquoi est-ce qu'en tant que consommateur, je me déplacerais en magasin, c'est une perte de temps, et souvent l'article n'est même pas en stock.

      Amazon c'est la facilité. On commande en 30 secondes et on a notre produit le lendemain. Pas de niaisage. De plus leur prix est souvent bien meilleur marché que nos commerces locaux. Pourquoi est-ce que je paierais plus cher pour le même produit? Pourquoi est-ce que je paierais pour ton magasin que tu as décidé de bâtir en plein centre-ville où le pied carré coûte la peau des fesses, et qu'au final tu paies tes employés au salaire minimum?

      Pourquoi est-ce que la majorité des commerces québécois n'ont pas de site Internet transactionnel? La majorité n'ont pas de site Internet tout court!

      Il va falloir que les commerçant québécois sortent de leur ti-counismes en pensant que vu que personne ne parle anglais, personne ne va aller acheter sur Internet.

      Ça fait des lunes que je n'ai rien acheté dans un magasin, mis à part mon épicerie bien entendu.