Des lasers pour lutter contre les envahisseurs

Mathieu Hamel et Julien Chosson, qui pilotaient chacun un projet d’entrepreneuriat, ont décidé d’unir leurs forces au sein de Lockbird.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Mathieu Hamel et Julien Chosson, qui pilotaient chacun un projet d’entrepreneuriat, ont décidé d’unir leurs forces au sein de Lockbird.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, des adversaires devenus partenaires qui s’attaquent à l’insoupçonné problème des oiseaux indésirables.

Dans le monde des affaires, c’est souvent chacun pour soi : on trouve une idée porteuse, on tente de séduire les investisseurs et on joue du coude pour se distinguer des entreprises concurrentes. Deux entrepreneurs ont cependant adopté une approche complètement différente, qui pourrait s’avérer très payante.

L’été dernier, Mathieu Hamel et Julien Chosson ont tous les deux participé au programme d’accélération du Centre d’entrepreneurship technologique (Centech), mais avec des entreprises différentes. Le premier dirigeait Lockbird, une compagnie qui se spécialise dans l’effarouchement des oiseaux, et le second représentait Bello, une entreprise qui utilise l’intelligence artificielle pour favoriser la recherche de clients.

Ils ont appris à se connaître au fil des semaines, jusqu’au jour de la sélection des cinq entreprises passant à l’étape de la propulsion. « À la blague, on s’était dit que, si notre entreprise ne passait pas à la prochaine étape, on se joindrait à l’entreprise de l’autre », se rappelle Mathieu.

 

Mais lorsque Lockbird est devenue la seule des deux compagnies à être choisie, la boutade est devenue bien sérieuse. Julien a accepté de faire équipe avec Mathieu pour son « état d’esprit » et la valeur de son produit. « On est dans un marché qui a un énorme potentiel, dans lequel il y a très peu de compétition », résume-t-il.

Vignoble protégé

Mathieu a eu l’idée de créer Lockbird il y a trois ans, lorsqu’un de ses amis lui a demandé un coup de main pour la période des vendanges. « Je n’avais jamais visité de vignoble, dit-il. J’imaginais un superbe paysage avec des rangs de vignes à l’infini et, en arrivant, j’ai été vraiment surpris. Il y avait des filets blancs partout pour recouvrir les vignes et les protéger des oiseaux. »

Lorsqu’il comprend l’ampleur des dégâts que ces animaux peuvent causer, il se met à s’intéresser aux systèmes permettant de les repousser. En plus des canons à propane et de la pyrotechnie, il découvre les systèmes au laser utilisés en Europe et décide de s’en inspirer.

Depuis ses débuts, Lockbird a mis au point deux produits : un objet ayant la forme d’une lampe de poche qui permet de projeter un faisceau laser manuellement et une tourelle pouvant projetant le laser en continu dans un rayon de 100 à 200 mètres.

Photo: Courtoisie Lockbird

Aller plus loin

Lorsque le faisceau laser est projeté à côté d’un oiseau, celui-ci croit qu’il s’agit d’un objet physique et il s’en éloigne, expliquent les cofondateurs, en précisant que le faisceau lumineux est sans danger pour les animaux et les humains.

« On offre déjà une technologie solide et innovante, mais si on veut devenir le numéro un mondial, il faut aller encore plus loin », souligne Julien.

Pour ce faire, les deux partenaires développent actuellement un système pouvant détecter et positionner les oiseaux de manière autonome, ce qui deviendrait selon eux le « premier service d’effarouchement intelligent au monde ». Ils veulent bouleverser un domaine qui utilise les mêmes techniques depuis des décennies, en offrant une solution efficace, mais abordable.

Nombreuses possibilités

La technologie développée par Lockbird s’adresse à une clientèle bien plus nombreuse et variée qu’on pourrait le croire. L’utilisation des lasers peut faire partie de l’arsenal utilisé pour éloigner les oiseaux indésirables qui se retrouvent dans les aéroports, les terrains de golf, les champs agricoles, les bassins de pisciculture ou encore les sites d’enfouissement.

« Quand on a lancé cette entreprise-là, on ne s’attendait pas à toucher autant de marchés différents. Pratiquement chaque semaine, on en découvre un nouveau », s’enthousiasme Mathieu.

Et à ceux qui leur reprocheraient de repousser un problème plutôt que de le régler, les deux partenaires répondent que la présence d’oiseaux indésirables peut avoir des conséquences désastreuses si on reste les bras croisés. Il suffit de penser aux déchets provenant des dépotoirs qui sont transportés par les animaux dans les forêts ou les rivières avoisinantes, ou encore au spectaculaire amerrissage survenu en 2009 dans la rivière Hudson, à New York, lorsque des oiseaux ont percuté les moteurs d’un Airbus A320.

« Suivre les oiseaux »

Lockbird a pour l’instant signé des ententes avec deux sites d’enfouissement et est en discussion avec plusieurs autres clients potentiels. Avec l’hiver qui approche, les cofondateurs devront cependant « suivre les oiseaux », en visant bientôt le marché des États-Unis, de l’Amérique centrale et, éventuellement, de l’Australie.

Les étapes se succèdent donc rapidement pour la jeune compagnie, qui n’est plus du tout celle d’un seul homme. « Aujourd’hui, Lockbird, c’est ma compagnie, autant que celle de Mathieu, affirme Julien. En mettant nos forces en commun, je pense que nous sommes arrivés à un endroit où ni lui ni moi n’aurions pu nous rendre seuls. »

2 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 19 août 2017 09 h 33

    Et si...Just-in

    et son gouvernement fantoche, utilisaient ce moyen de dissuasion pour améliorer le travail des garde-chiournes aux frontières «canadians» ?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 août 2017 16 h 39

    Ce système pourrait-il aussi sauver les oiseaux qui traversent nos villes ?

    Je pense à ces dizaines de milliers d'oiseaux qui percutent les gratte-ciel et qui meurent chaque année.

    À voir à ce sujet un bon documentaire sur les passereaux qui a passé il y a quelque mois à la télé.