Le faible taux de chômage fait-il craindre une pénurie de main-d'oeuvre?

Il s’est créé 4700 postes en juillet au Québec.
Photo: iStock Il s’est créé 4700 postes en juillet au Québec.

Avec un taux de chômage qui ne cesse de battre des records, tout indique que le Québec se rapproche du plein emploi. Si la tendance se maintient, faudra-t-il craindre une pénurie de main-d’oeuvre ? Les économistes demeurent sur leurs gardes.

Selon les données dévoilées vendredi par Statistique Canada, le taux de chômage du Québec a atteint un nouveau « creux historique » au mois de juillet en s’établissant à 5,8 %. Il est ainsi passé sous la barre des 6 % pour la première fois depuis 1976, année lors de laquelle les données ont commencé à être comptabilisées.

Depuis quelques mois, un record en remplace un autre : le taux de chômage a atteint son plus bas niveau en novembre dernier (6,2 %), mais il a poursuivi sa descente en mai (6 %), puis en juillet (5,8 %).
 

 

Une « nouvelle ère »

« On avait déjà atteint un creux historique il y a quelques mois; on vient d’atteindre un nouveau creux historique et je ne serais pas surpris qu’on batte de nouveaux records dans les prochains mois, parce que les deux facteurs qui favorisent la baisse du taux de chômage devraient encore être là », affirme l’économiste principal de Desjardins, Benoit P. Durocher.

Ces deux facteurs, ce sont le vieillissement de la population, qui fait diminuer le bassin de travailleurs, et la croissance économique vigoureuse, qui favorise la création d’emplois.

Pour l’instant, les chiffres sur l’emploi font le bonheur du gouvernement de Philippe Couillard, qui y voit la preuve du succès de ses politiques économiques. Mais les économistes se demandent jusqu’où pourra descendre le taux de chômage puisque, au chapitre de l’emploi, l’économie du Québec avance en terrain inconnu.

« Nous sommes dans une nouvelle ère du marché du travail », résume M. Durocher.

Près du plein emploi

Mis à part le taux de chômage de 5,8 %, le directeur associé de l’Institut du Québec, Jean-Guy Côté, retient un autre record : en juillet, 84,8 % des 25-54 ans occupaient un emploi, du jamais vu.

« Théoriquement, on se rapproche du plein emploi, ce qui veut dire que tout le monde qui veut travailler a un emploi, dit-il. On pose donc la question : est-ce qu’on va changer de discussion ? Est-ce qu’on va passer d’un manque d’emplois à un manque de personnes pour les occuper ? »

Les experts ne s’entendent pas sur la notion de plein emploi. Certains estiment qu’il se situe sous la barre des 5 %, alors que d’autres visent encore plus bas.

Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale indique qu’il suit de près l’évolution du marché du travail, mais qu’il n’a pas établi de niveau de plein emploi pour l’économie du Québec.

Il faut se doter d’une politique de rétention des travailleurs âgés et avoir un plan de match en ce qui concerne l’immigration

 

Marge de manoeuvre

Sans vouloir se prononcer sur une estimation du niveau de plein emploi, M. Durocher, de Desjardins, croit que le Québec n’a pas à craindre une pénurie de main-d’oeuvre généralisée dans un avenir rapproché, même si le taux de chômage devait continuer à diminuer.

« Je pense qu’il y a encore de la place avant que ça devienne une problématique », juge-t-il.

Pour sa part, Jean-Guy Côté, de l’Institut du Québec, constate qu’à Montréal, les secteurs du jeu vidéo ou de l’intelligence artificielle ont par exemple du mal à trouver des travailleurs qualifiés, mais il ne tire pas la sonnette d’alarme pour autant.

« Tant qu’on voit des emplois être créés et comblés, je ne pense pas qu’il y ait de problème. Le jour où il y aura un problème, c’est lorsqu’on verra une réduction de la création d’emplois parce que les employeurs vont présumer qu’ils ne trouveront personne pour pourvoir de nouveaux postes », explique-t-il.

Il s’est créé 4700 postes en juillet au Québec, soit une hausse de 0,1 % par rapport à juin. En calculant la moyenne mobile entre juillet 2016 et juillet 2017, ce qui permet d’atténuer les fluctuations mensuelles, on constate que l’économie du Québec a créé 88 400 emplois au cours des douze derniers mois (+2,2 %).

Prévenir plutôt que guérir

M. Côté invite néanmoins le gouvernement du Québec à agir sans tarder pour éviter une éventuelle pénurie de main-d’oeuvre.

« Ça fait plusieurs mois qu’on le dit. Il faut se doter d’une politique de rétention des travailleurs âgés et avoir un plan de match en ce qui concerne l’immigration, autant en matière de nombre que d’intégration au marché du travail, note-t-il. C’est un secret de Polichinelle que le Québec ne réussit pas très bien à l’échelle du Canada pour ce qui est de l’intégration des immigrants au marché du travail. »

« Il faut s’attaquer à ce problème-là, ajoute-t-il, parce que ça va devenir une nécessité autant sociale qu’économique. »

5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 8 août 2017 06 h 51

    Et le salaire minimum?

    « Ça fait plusieurs mois qu’on le dit. Il faut se doter d’une politique de rétention des travailleurs âgés et avoir un plan de match en ce qui concerne l’immigration, autant en matière de nombre que d’intégration au marché du travail, note-t-il. C’est un secret de Polichinelle que le Québec ne réussit pas très bien à l’échelle du Canada pour ce qui est de l’intégration des immigrants au marché du travail. »

    Un autre bon moyen d'inciter les gens à conserver plus longtemps leur emploi et à attirer plus de monde sur le marché du travail serait d'augmenter le salaire minimum.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2017 09 h 12

      Il suffit que les employeurs paient leurs employés plus cher que le salaire minimum...

  • Bernard Terreault - Abonné 8 août 2017 07 h 34

    Questions

    Il y a création d'emplois. Il serait intéressant d'avoir une étude fouillée sur la "qualité" de ces emplois, le niveau de formation requis, dans quel secteur de l'économie, à quel salaire et autres avantages, les possibilités d'avancement.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 8 août 2017 11 h 37

      Tout à fait.

      Ce n'est pas nouveau. Quand il est question d'emplois, je trouve que le travail de recherche journalistique est baclé.
      Cela ressemble à du publireportage provenant du Conseil du patronat.

      Marguerite Paradis

  • René Pigeon - Abonné 8 août 2017 12 h 04

    Employés surqualifiés quittent leur emploi pour combler un emploi plus rémunérateur : Mesurer l’emploi autrement

    Si le taux de chômage devait se maintenir et les salaires augmenter, serait-ce le signe que certains employés surqualifiés quittent leur emploi pour combler un emploi faisant appel à leurs expérience et formation sous-utilisées ? Les études relatées n’en tiennent pas compte. Le Devoir avait rapporté cet enjeu : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom
    "Pourquoi les données, censées être neutres, laissent-elles place à autant d’interprétations ? « Lorsqu’on parle des statistiques sur l’emploi, on regarde seulement le chômage et la création d’emplois. Le chômage est moins révélateur lorsque la population vieillit, et la création d’emplois ne parle pas de la qualité » explique l’Institut du Québec, né d’un partenariat entre Conference Board et HEC, veut mettre fin « à une guerre de chiffres interminable » à l’aide de 2 nouveaux indices composites : vigueur du marché du travail et qualité des emplois.
    Le constat pour août : une hausse de la vigueur, mais une baisse de la qualité des emplois… La vigueur de l’emploi est calculée en compilant les données du taux d’emploi des 25 à 54 ans, du taux de chômage (en baisse), du chômage de longue durée (baisse), de la part de l’emploi dans le secteur privé (hausse), de l’utilisation de la main-d’œuvre (hausse) et du taux d’activité (baisse). Après un creux marqué en août 2014, l’IQ note une croissance soutenue de la vigueur du marché depuis un an.
    Par contre, la qualité de ces emplois laisse à désirer. L’IQ la mesure à partir de données jugées « décevantes » en août, dont la rémunération, la croissance de l’emploi à temps plein … et la part des travailleurs temporaires. Le salaire horaire (hausse) et la part des travailleurs à temps partiel involontaires (baisse) viennent toutefois atténuer la baisse de qualité globale des emplois, qui diminue lentement depuis août 2015." L’IQ entend répéter mensuellement la publication des données sur la vigueur et la qualité de l’emploi.