Les banques centrales ont semé les germes de la prochaine crise

Dans une étude, un économiste constate les limites des banquiers centraux dans la maîtrise des grands paramètres servant à baliser leur politique monétaire.
Photo: iStock Dans une étude, un économiste constate les limites des banquiers centraux dans la maîtrise des grands paramètres servant à baliser leur politique monétaire.

Avec le maintien des taux d’intérêt trop bas trop longtemps, les banquiers centraux ont probablement préparé la prochaine crise financière.

Dans une petite étude spéciale de quatre pages, Krishen Rangasamy, économiste principal chez Banque Nationale Marchés financiers, jette un regard plutôt critique sur ces neuf années de stimulation monétaire exceptionnelle. Cet assouplissement extraordinaire visait à sortir l’économie mondiale des effets de la crise financière et de la Grande Récession qui a suivi, et à éviter que l’économie ne s’enlise dans la déflation. Aujourd’hui, avec cette inflation toujours faible et les gains salariaux anémiques, l’économiste constate les limites des banquiers centraux dans la maîtrise des grands paramètres servant à baliser leur politique monétaire.

« Le fait que l’inflation se soit maintenue si longtemps sous leur objectif met en question la capacité même des banques centrales de mesurer l’inflation et, a fortiori, de la maîtriser. » L’analyste va toutefois reconnaître que cette incapacité concerne aussi les économistes en général.

Cette approche approximative s’explique notamment par une difficulté à appréhender le PIB potentiel et à estimer le taux de chômage dit à inflation stationnaire. « Cela explique pourquoi le taux d’inflation [cible] demeure difficile à atteindre dans des pays tels que les États-Unis, même si le taux de chômage y est au plus bas depuis plus de 15 ans. »

Le crédit bon marché a fait monter les prix des actifs [...] déclenchant l'alarme d'un krach futur

 

L’économiste y voit également une explication à la faiblesse persistante de la croissance des salaires. « Une telle diminution des anticipations d’inflation peut avoir enclenché un cercle vicieux en rognant le pouvoir de négociation des travailleurs et les salaires, et en maintenant les coûts de production et donc l’inflation sous le boisseau », écrit-il.

Il observe également le repli sur soi des gouvernements travaillant à redresser les finances publiques plutôt qu’à appliquer des mesures de stimulation budgétaire, laissant tout le travail à la politique monétaire. « Les politiques monétaires et budgétaires sont déphasées et s’annulent mutuellement, plafonnant du coup la croissance de l’inflation. »

Trop de liquidités

Krishen Rangasamy de conclure qu’en injectant trop de liquidités trop longtemps, en maintenant des taux d’intérêt trop bas trop longtemps, « les banquiers centraux ont probablement semé les germes de la prochaine crise financière. Le crédit bon marché a fait monter les prix des actifs tels que les obligations, les actions et les maisons au cours de la dernière décennie, déclenchant l’alarme d’un krach futur. »

Déjà l’an dernier, devant tous ces rendements des emprunts d’État tombant sous zéro, des analystes concluaient à l’échec de l’expérience des taux négatifs.

Dans une étude publiée en septembre dernier, le cabinet spécialisé Addenda Capital se demandait « si la politique monétaire, étant donné son faible impact sur la croissance économique malgré le degré d’interventions sans précédent, est l’instrument approprié ». D’autant qu’« on constate une appréciation marquée des prix de plusieurs actifs financiers gonflés par l’abondante liquidité malgré la faiblesse économique. Étant donné le vieillissement de la population et le ralentissement sinon l’épuisement des gains de productivité, l’acharnement monétaire semble vain. Pire encore, le prix des actifs financiers augmente de façon dangereusement rapide relativement au rythme de la croissance économique sous-jacente. »

3 commentaires
  • Paul Cadrin - Abonné 4 août 2017 08 h 24

    Les véritables germes de la prochaine crise

    Au delà de l'analyse très convaincante que présente cet article, il ne faut pas oublier que, depuis la crise de 2008, les gains n'ont cessé de croître, mais au profit à peu près exclusif des grandes fortunes. C'est la cupidité de ces fortunes qui alimente la spéculation, qui fait que nous n'avons rien appris de la crise et que nous en sommes au même point aujourd'hui. Les banques n'ont fait que répondre aux désirs de leurs clients. Tant qu'il n'y aura pas une véritable et courageuse prise de contrôle de la spéculation par les gouvernements, nous allons continuer à tourner en rond, aller de crise en crise. Et à chaque fois, ce seront les plus petits, les plus démunis qui vont payer, parce que la situation actuelle prouve bien que les plus riches restent à l'abri ou bien savent s'en tirer. La porte d'entrée du paradis fiscal, elle est à Ottawa!

  • Roxane Bertrand - Abonnée 4 août 2017 18 h 05

    PIB moyen ou median

    Le problème n'est pas économique mais politique...et même social. Il y a eu plus de liquidité....oui, mais dans les mains des mêmes personnes.

    Le pouvoir des canadiens n'a pas augmenté mais les écarts de richesse l'ont fait.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 août 2017 18 h 34

    Une question pour M. Bérubé

    Pourquoi avoir retenu les avis de Krishen Rangasamy...un unilingue anglophone semble-t-il car nulle part sur le Net on peut trouver un ou des articles en français le concernant.
    Alors que Stéphane Marion, économiste et statège en chef de la BN, aurait pû être l'interlocuteur le plus expérimenté; ce dernier ayant été nommé à 2 reprises, «parmi les 20 meilleur prévisionnistes au Monde» .