Pétrole et gaz naturel: les écologistes appréhendent les nouvelles règles québécoises

À la fin de l’année dernière, Québec a adopté une législation permettant la production de pétrole et de gaz naturel, mais les règles entourant ces activités se font toujours attendre. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir À la fin de l’année dernière, Québec a adopté une législation permettant la production de pétrole et de gaz naturel, mais les règles entourant ces activités se font toujours attendre. 

Les opposants à l’exploitation du pétrole et du gaz naturel au Québec se disent prêts à se lancer dans une nouvelle campagne, alors que plusieurs observateurs s’attendent à ce que le gouvernement provincial dévoile, dans les semaines à venir, ses nouvelles règles pour encadrer l’extraction de ressources naturelles.

À la fin de l’année dernière, Québec a adopté une législation permettant la production de pétrole et de gaz naturel. En mai, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a indiqué que les règles entourant ces activités seraient dévoilées un mois plus tard. Depuis, tant l’industrie que les opposants à ce genre d’exploitation attendent.

Carole Dupuis, du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, qui s’oppose à l’exploitation du pétrole et du gaz naturel, explique que son organisme va mener sa lutte dans les communautés pour tenter d’empêcher l’industrie de l’énergie de s’implanter dans la province.

« Si nos politiciens ne sont pas là pour nous défendre, le public va se défendre lui-même », affirme Mme Dupuis.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace, estime quant à lui que l’effort du gouvernement pour le développement des énergies fossiles est en opposition avec son engagement mondial pour la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. « Si le gouvernement était sérieux dans son intention de respecter l’accord de Paris, il n’y aurait évidemment même pas de projet à approuver », note-t-il.

Un sous-sol riche en gaz

Même si la province est mieux connue pour son hydroélectricité, elle regorge de gaz naturel. Tant l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) que l’Association canadienne des producteurs pétroliers calculent qu’elle détiendrait assez de gaz naturel pour répondre à ses besoins énergétiques pendant au moins un siècle.

Environ 15 % des réserves estimées de 176 700 milliards de pieds cubes de gaz naturel, essentiellement dans la formation schisteuse d’Utica dans les basses-terres du Saint-Laurent, pourraient être récupérables, affirme le Canadian Energy Research Institute. Une proportion équivalente des 43,6 milliards de barils de pétrole serait récupérable essentiellement sous l’île d’Anticosti — mais Québec a annoncé vendredi la fin du forage à cet endroit.

La nouvelle réglementation provinciale autorisera la fracturation hydraulique — un irritant pour les opposants —, mais plusieurs questions persistent sur les endroits où le forage sera permis.

Fracturation autorisée

Un moratoire de facto sur la fracturation hydraulique est en vigueur depuis 2012, mais une loi adoptée en décembre 2016 va la permettre pourvu que les entreprises obtiennent une autorisation en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement et passent le test de l’« acceptabilité sociale » — même si les critères de cette dernière restent flous.

Le ministre Arcand n’était pas disponible pour commenter, mais un porte-parole a indiqué que le but du gouvernement était de mettre en place le cadre juridique de développement énergétique le plus strict en Amérique du Nord.

Selon Pierre-Olivier Pineau, un professeur spécialisé en énergie à HEC Montréal, le gouvernement ne peut se permettre, du point de vue politique, d’avoir des règles trop peu rigoureuses même si la probabilité d’en arriver à une grande production reste mince.

M. Pineau croit que Junex et Pétrolia, qui cherchent à extraire du pétrole et du gaz naturel dans les environs de Gaspé, ne seront pas confrontées à une grande opposition, en particulier parce qu’il s’agit de régions qui connaissent des difficultés économiques.

Aucun des deux producteurs d’énergie n’a répondu aux demandes de commentaires.

Michael Binnion, chef de la direction de Questerre Energy, établie à Calgary, et président de l’APGQ, dit espérer que la réglementation sera assez stricte pour que le public puisse être convaincu que l’eau, l’air et les terres seront protégés.

Ce sera alors aux sociétés énergétiques d’obtenir l’acceptabilité sociale auprès des communautés, un élément largement manquant aux yeux de M. Binnion. Questerre Energy a procédé à des essais de puits sur environ 405 000 hectares qu’elle détient dans la formation schisteuse d’Utica.

« Nous ne croyons pas du tout que la réglementation en elle-même va ouvrir les vannes, a-t-il fait valoir. Nous croyons que la réglementation pourrait ouvrir la porte à une discussion au sujet des bénéfices et des impacts. »

Le pétrole termine au-dessus des 50 $US

New York — Les cours du pétrole ont terminé au-dessus de la barre symbolique des 50 $US le baril lundi à New York, un niveau auquel ils n’avaient plus fini depuis mai, grâce à un sursaut en fin de séance. Le prix du baril de « light sweet crude » (WTI), référence américaine du brut, a gagné 46 ¢ US, pour terminer à 50,17 $US sur le contrat pour livraison en septembre au New York Mercantile Exchange. « Le département de l’Énergie vient juste de publier [une heure avant la fin des échanges] des statistiques sur la demande pour le mois de mai et on voit une progression significative de la demande pour l’essence et les produits distillés par rapport à un an plus tôt », a mis en avant Andy Lipow de Lipow Oil Associates. Plus généralement, « le scénario qui se renforce d’un rééquilibrage de l’offre devient une réelle possibilité avec l’engagement de l’Arabie saoudite à limiter les exportations et le ralentissement de l’activité de forage aux États-Unis », a ajouté Bart Melek de TD Securities. Par ailleurs, les prix profitent de l’incertitude concernant la situation politique au Venezuela, où a eu lieu l’élection dimanche d’une toute puissante Assemblée constituante.
3 commentaires
  • Bruno Detuncq - Abonné 1 août 2017 08 h 12

    Mensonge répété n’égale pas vérité

    Ce texte est un tissu de mensonges qui répète des mensonges qui datent déjà de plusieurs années. C’est tout à fait déplorable de maintenir ce discours ! Un exemple, il est écrit «Une proportion équivalente des 43,6 milliards de barils de pétrole seraient récupérable essentiellement sous l’île d’Anticosti ». Ce chiffre est sorti d’un chapeau d’économiste il y a quelques années, mais n’a jamais été validé par les experts en géophysique et les analyses et tests préliminaires semblent plutôt infirmer cette affirmation que l’on ressort comme une vérité. Qui est ce monsieur Ross Marowits, qui le finance ? Où sont ses sources ? Il n’en nomme aucune, ce qui de fait discrédite son discours. Si le gouvernement du Québec met un arrêt à l’exploration à Anticosti et que les compagnies acceptent ce fait, c’est que le gaz n’est pas au rendez-vous sur l’île. La désinformation continue et il faudra que les citoyens soient mieux informés pour résister au chant des sirènes, l’avenir du territoire en dépend.
    Bruno Detuncq

  • Marc Durand - Abonné 1 août 2017 08 h 28

    Erreur grossière

    M. Marowits cite 15% de gaz récupérable et il poursuit en écrivant: "Une proportion équivalente des 43,6 milliards de barils de pétrole serait récupérable essentiellement sous l’île d’Anticosti". C'est une très erreur grossière. Le taux de récupération du pétrole qu'on peut extraire du schiste après fracturation varie de 1,2 à 1,8%, c'est à-dire dix fois moins que ce que pense M. Marowits. C'est uniquement pour le gaz de schiste que le taux est estimé à 15%. J'ai calculé que dans le scénario d'exploitation avancé par Québec l'an dernier pour le pétrole d'Anticosti, 1,8% du pétrole en place dans la partie choisie (moins du quart du territoire) ne produirait que 117 millions de barils. On est pas mal loin du chiffre avancé de 43 milliards,; 0,12Gbbl peuvent sembler beaucoup, à 100$/bbl ça fait 12 G$, (https://goo.gl/PjnqCp) mais ce n'est même pas assez pour payer le quart des coûts des forages, sans compter les autres frais. Citer encore et toujours 43 milliards de barils de pétrole est une tromperie; cette valeur est celle citée par les promoteurs à partir de 2011. Or elle est maintenant avérée fausse. Cessez cette désinformation SVP.

  • Armand Morissette - Inscrit 1 août 2017 14 h 06

    Tout est en place pour que tout empire...

    Comme l'écrit si bien Hervé Kempf. Nos gouvernements et particulièrement notre ministre Arcand, sont devenus des accélérateurs du réchauffement, le tout dans une belle inconscience comme le reflète cet article de Marowits.De quoi auront le plus besoin les habitants avec le réchauffement de 2,5 degré vers lequel on se dirige? Justement, de cette eau douce, souillée irréversiblement par cette fracturation hydraulique, et ces oléoducs avec leur dilution par des solvants intraitables qui traverserait 860 rivières qui ne seraient pas innondées pour les 50 prochaines années.Lorsqu'il s'agit de pétrole, seule la marge de profit est calculée. Imaginons le déficit si les dégâts d'eau polluée de Fort Mcmurray était décontaminée plutôt que storée dans de gigantesques réservoirs temporaires qui nous mijotent une belle contamination des grandes réserves d'eau douce de la planète.Encore une fois la population devra éclairer les calculs des ministres économistes,qui oublient toujours les coûts de dépollution quand ce n'est pas carrément les coûts de production. Non, l'eau potable ne devrait pas être gratuite pour les pétrolières, 1,29$/litre serait un bon prix de départ.