La Grèce entrevoit la «lumière au bout de l’austérité»

Le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, et le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, et le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici

Paris — Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a estimé lundi que la Grèce entrevoyait enfin la « lumière » après des années difficiles, estimant que les réformes imposées à Athènes avaient « sans doute » été « trop dures », mais « nécessaires ».

« La Grèce a été au coeur d’une tempête économique et financière incroyable », mais « aujourd’hui, les choses vont nettement, nettement mieux », a déclaré M. Moscovici à la radio France Inter. « Il y a un espoir pour la Grèce. La croissance est repartie, l’emploi repart, l’attractivité repart » et « l’investissement est revenu », a ajouté l’ancien ministre, disant se réjouir « qu’il y ait enfin une lumière au bout de l’austérité ».

« Il fallait créer les conditions de la confiance, c’est ça qui a été fait. Est-ce que ça a été trop dur ? Sans doute. Est-ce que c’était nécessaire par ailleurs ? Aussi », a-t-il estimé.

Athènes a reçu la semaine dernière deux bonnes nouvelles en vue d’un prochain retour sur les marchés, avec l’annonce de la participation du FMI à son plan d’aide et le relèvement de la perspective de sa dette à long terme par l’agence de notation SP Global Ratings. La Grèce devrait par ailleurs bénéficier d’une croissance de 2,1 % cette année, après huit ans de chute quasi constante. Son taux de chômage reste toutefois le plus élevé d’Europe, à 21,7 % en avril, même s’il a baissé de 1,9 point sur un an.

2,1 %
Taux de croissance de la Grèce en 2017

« La Grèce a entrepris 140 réformes extrêmement courageuses », a souligné Pierre Moscovici, qui se rendra lundi soir à Athènes. « Il y a maintenant des perspectives pour trouver enfin une solution au problème de la dette », a-t-il ajouté. Athènes, qui bénéficie depuis juillet 2015 d’un plan d’aide de 86 milliards d’euros, fait face à une dette colossale de 315 milliards d’euros, équivalant à près de 180 % de son PIB.

« Nous avons une responsabilité, nous Européens, à l’égard de la Grèce », a reconnu M. Moscovici, pour qui ce pays doit redevenir « un pays normal », « c’est-à-dire un pays réformé, un pays qui a des structures économiques et sociales solides ».

« On n’a pas fait l’austérité pour le plaisir en Grèce, on n’a pas fait les réformes pour le plaisir en Grèce », a conclu le commissaire européen, assurant que les comptes publics grecs étaient « maquillés » et que ses structures politiques étaient « vermoulues ».

Retour sur les marchés

La Grèce revient sur les marchés mardi, avec la première obligation grecque depuis trois ans, la première aussi du gouvernement d’Alexis Tsipras, un test majeur de la confiance des marchés dans un pays peut-être enfin convalescent. Le gouvernement a annoncé lundi qu’il émettrait mardi une obligation à cinq ans, à un taux d’intérêt de 4,75 %.

Quant au taux de rendement, inversement proportionnel à la confiance des marchés, il l’espère certainement inférieur à 4,95 % : c’est en effet celui de la précédente émission à cinq ans, en avril 2014 par le gouvernement droite-socialiste d’Antonis Samaras.

« Notre seul critère est de préparer le pays pour la fin définitive des programmes » d’aide au pays, a assuré le porte-parole du gouvernement, Dimitris Tzanakopoulos. Trois plans d’aide depuis 2010, en échange de lourdes réformes, dont le dernier s’achève en août 2018. L’opération se fera surtout sous forme d’échange, puisque le gouvernement a proposé lundi aux porteurs de titres de 2014 de les rapporter, contre 102,6 % de leur valeur nominale.

Cela fait une semaine que la plus grande excitation entourait cette émission. Du côté des pour, notamment l’Eurogroupe, qui a annoncé le 15 juin que parmi les sommes versées dans le cadre du plan d’aide, il y aurait désormais de quoi constituer « des réserves de liquidité » pour rassurer les marchés. C’est aussi « le bon moment », selon le directeur du mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling, partisan de plusieurs tests du marché avant la fin du programme.

Le gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras, ex-ministre des Finances de M. Samaras, a jugé au contraire que le gouvernement devrait concrétiser « deux ou trois privatisations emblématiques » avant de lancer une obligation. Inquiétudes « à prendre en considération », a souligné jeudi le président de la BCE, Mario Draghi.


 
1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 25 juillet 2017 14 h 48

    Contradiction

    «Est-ce que ça a été trop dur ? Sans doute. Est-ce que c’était nécessaire par ailleurs ? Aussi »

    Trop : à l'excès, exagérément, plus qu'assez, au-delà de la mesure.

    Comment une chose excessive peut-elle être nécessaire? Par définition, trop, c'est plus qu'il n'est nécessaire... On a beau jouer sur les mots, il est clair que la troïka, y compris l'Union européenne, a voulu punir la Grèce, la donner en exemple, peu importe les vies détruites par ces politiques néolibérales sans âme et sans efficacité.