Daimler aurait aussi trafiqué ses moteurs diesel

Une voiture de marque Mercedes-Benz, de Daimler, passe une inspection technique en Allemagne, en 2014.
Photo: Julian Stratenschulte Agence France-Presse Une voiture de marque Mercedes-Benz, de Daimler, passe une inspection technique en Allemagne, en 2014.

Berlin — Le constructeur automobile allemand Daimler aurait manipulé deux types de moteurs pour les faire paraître moins polluants lors des contrôles, dans une démarche semblable à celle de son compatriote Volkswagen et qui pourrait concerner un million de véhicules, affirment jeudi plusieurs médias allemands.

« L’entreprise de Stuttgart aurait pendant presque une décennie, de 2008 à 2016, vendu en Europe et aux États-Unis des voitures avec un niveau d’émissions polluantes élevé et non autorisé », a écrit, dans son édition de jeudi, le quotidien Süddeutsche Zeitung, qui a collaboré avec les chaînes régionales NDR et WDR.

Ces trois médias ont pu consulter le document d’enquête qui a entraîné le déclenchement des perquisitions ayant eu lieu en mai dans une dizaine de locaux de Daimler en Allemagne.

Selon ce document, « les voitures et petits utilitaires sur lesquels les mesures d’émissions polluantes auraient été manipulées sont équipés de moteurs OM 642 et OM 651 », poursuit le Süddeutsche Zeitung. Au total, environ un million de véhicules pourraient être concernés. Ces moteurs sont notamment utilisés dans différents modèles de Mercedes, indique le journal.

D’après ces médias, le principe serait du même ordre que celui de Volkswagen, dont le trucage de onze millions de voitures a été découvert en septembre 2015 : un système de réduction des émissions polluantes ne se met en route qu’au moment des contrôles officiels, et est désactivé quand les voitures sont sur les routes.

Interrogée par l’AFP, une porte-parole de Daimler n’a pas souhaité commenter « une enquête en cours » ni « les spéculations », tout en réaffirmant l’entière coopération du constructeur avec les autorités.

Soupçons de fraude

Les perquisitions réalisées en mai par la justice visaient à rechercher des documents pour étayer l’enquête ouverte en mars sur des soupçons de fraude et de publicité mensongère sur les niveaux de pollution réels des véhicules.

« Nous avons toujours dit que notre soupçon initial reposait sur une manipulation du traitement des émissions polluantes sur des véhicules diesel de Daimler », a déclaré jeudi à l’AFP un porte-parole du parquet de Stuttgart.

L’enquête vise actuellement deux salariés de Daimler, a-t-il ajouté, précisant qu’il ne s’agissait pas de membres de directoires du groupe, mais sans vouloir donner plus de détails sur les investigations. Selon les médias, ces deux personnes ont travaillé dans le développement de logiciels pour la motorisation diesel.

Daimler est appelé à rendre des comptes également aux États-Unis, où le constructeur fait face à une série de plaintes en action collective relativement à une prétendue publicité mensongère sur les rejets de gaz polluants de ses véhicules diesel.

Dans le sillage du scandale du diesel chez Volkswagen, les autorités allemandes avaient diligenté une enquête qui a révélé au printemps 2016 des irrégularités sur les émissions polluantes de 16 marques automobiles en Allemagne. Les cinq marques allemandes concernées ont accepté de rappeler plus de 600 000 de leurs véhicules en Europe, dont environ 280 000 pour Daimler.

Réglementation

Mais ces irrégularités ne relevaient pas de la même tricherie que celle de Volkswagen. Les constructeurs, pas seulement allemands, ont pendant des années profité d’une faille dans la réglementation européenne pour désactiver le filtrage des émissions polluantes dans certaines conditions, par exemple en cas de températures extérieures basses, arguant qu’il s’agissait de protéger le moteur des véhicules.

2 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 14 juillet 2017 06 h 21

    La même technologie BlueTEC

    La technologie de moteur diesel, dite « BlueTEC », a été développée par Mercedes-Benz (Daimler) alors que Volkswagen a acheté le droit de s'en servir à fort prix.

    « BlueTEC uses advanced and highly precise components, from high-pressure fuel injection to a variable-vane turbo, to create a more robust and powerful combustion. When injected into the exhaust, an innovative liquid solution called Adblue converts nitrogen oxide emissions into harmless nitrogen and water. Which means that BlueTEC vehicles produce fewer greenhouse gases than gasoline while returning both greater fuel economy and higher torque. » extrait de la publicité Mercedes sur le Web.

    Or Volkswagen prétendait ne pas avoir besoin d'injecter le liquide Adblue (à base d'urée) dans le gaz d'échappement pour respecter les normes de pollution sur les oxydes d'azote. On sait maintenant que Volkswagen truquait le système anti-pollution.

    Les ingénieurs de Mercedes auraient dû être très sceptiques quand à la possibilité de respecter les normes sans injection d'urée. Comment Volkswagen aurait-il pu respecter les normes en utilisant la technologie BlueTEC mais en éliminant l'injection d'urée ?

    Et voici que de sérieux doutes planent maintenant sur l'honnêteté de Mercedes...

    • Jean Santerre - Abonné 14 juillet 2017 07 h 11

      ET sur d'autres manufacturiers d'importance.

      Entendons bien ici l'évidence: il est extrêmement difficile de réduire la pollution des moteurs à combustion au niveau des normes édictées.
      ET ces normes édictées sont-elles même très laxes dans un grand nombre de juridictions.
      ET les budgets d'inspections de ces normes trop lâches sont insuffisants et ne cessent de rétrécir.

      Morale: il n'y a pas de morale pour quiconque prétend produire un moteur à combustion propre.
      Il pourrait, au mieux, être moins sale, mais encore là c'est de la prétention.

      Une seule solution, l'électrification des transports au plus tôt.