Un monde à imprimer

Les trois cofondateurs de l’entreprise Caboma, Jean-Philippe Carmona, Jonathan Borduas et Julien Arnaud, montrent une orthèse conçue grâce à leur logiciel.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les trois cofondateurs de l’entreprise Caboma, Jean-Philippe Carmona, Jonathan Borduas et Julien Arnaud, montrent une orthèse conçue grâce à leur logiciel.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, deux ingénieurs qui veulent devenir le maillon incontournable de l’impression 3D.

Il existe mille et une raisons de créer sa propre entreprise. Certains entrepreneurs le font pour vivre de leur passion, ou parce qu’ils veulent changer le monde à leur façon. En toute candeur, Jean-Philippe Carmona, cofondateur de l’entreprise Caboma, admet que sa motivation de départ était beaucoup plus terre à terre.

« Je dois l’avouer. La compagnie, on l’a d’abord fondée en partie pour étoffer mon CV. Mais je me suis laissé prendre au jeu. J’ai adoré ça. »

En 2014, Jean-Philippe est étudiant à la maîtrise en génie aérospatial à Polytechnique Montréal lorsque les portes de Bombardier s’ouvrent à lui. S’intéressant à l’impression 3D, il se voit confier un mandat bien simple : faire l’inventaire des pièces et trouver celles qui peuvent être conçues par fabrication additive.

Dans le cadre de son projet d’étude, il a par exemple réduit par trois la taille d’une pièce de forme irrégulière en utilisant ce procédé de fabrication qui gagne du terrain depuis plusieurs années.

« Comme étudiant, j’ai développé une expertise vraiment unique », affirme-t-il.

Alors que son diplôme est à portée de main, Jean-Philippe s’interroge sur son avenir. Il songe à laisser le génie de côté pour se diriger vers la consultation stratégique, et il se demande comment il pourrait acquérir de l’expérience avant de faire le saut dans un grand cabinet.

C’est à moment qu’il rencontre Jonathan Borduas, un autre étudiant de Polytechnique, lors d’une conférence internationale. Un « coup de foudre professionnel », dit-il. « Le dénominateur commun entre nous deux, c’était l’impression 3D. On a donc décidé de lancer une firme de consultation pour aider les entreprises à intégrer de manière industrielle l’impression 3D chez elles. »

En juillet 2015, Caboma voit le jour, mais les besoins ne sont pas ceux que les cofondateurs avaient anticipés. « Au départ, on s’attendait à travailler avec l’industrie aéronautique ou de l’automobile, se rappelle Jean-Philippe. Finalement, c’est le monde médical qui nous est tombé dessus. »

Après tout, l’impression 3D permet de créer des pièces complexes, entièrement personnalisées. « Et il n’y a rien de plus unique que le corps humain », constate le jeune ingénieur.

 


Combler le fossé

En écoutant les demandes des clients potentiels, Caboma a fini par trouver sa niche. L’entreprise a créé un logiciel d’« automatisation du design » qui permet de combler le fossé qui existait entre les technologies de numérisation et la conception de produits grâce à l’impression 3D.

Elle a effectué ses premiers pas en se spécialisant dans la conception d’orthèses : un professionnel de la santé prend par exemple les mesures du genou d’un patient à l’aide d’un appareil de numérisation, le logiciel de Caboma analyse les données pour concevoir une orthèse sur mesure et le fichier généré est ensuite utilisé pour créer le produit à l’aide d’une imprimante 3D.

Photo: Caboma

Pour s’attaquer au marché des orthèses, la jeune compagnie s’est d’ailleurs associée l’an dernier à Médicus, l’un des principaux laboratoires orthopédiques au Québec, pour créer une coentreprise nommée OssKin.

Mais Caboma ne veut pas s’arrêter là. Elle peaufine son logiciel pour multiplier les applications possibles, et ses cofondateurs visent déjà le monde vétérinaire, la fabrication d’équipement sportif sur mesure, comme des casques ou des protège-tibias, et le marché des implants corporels. Elle a même eu des discussions avec la DARPA, l’agence américaine consacrée au développement de technologies militaires.
 

Avenir prometteur

« Quand tu es une start-up en technologie, tu dois essayer de lire l’avenir, explique Jean-Philippe Carmona. Notre lecture de l’avenir, c’est que les scanneurs vont bientôt inonder notre environnement et que la plupart des entreprises vont vouloir en tirer profit. On veut donc devenir l’intermédiaire incontournable entre les scanneurs et les produits personnalisés. »

Selon lui, la vague déferlera à grande vitesse dans quelques années, lorsque nos téléphones mobiles nous permettront de numériser un poignet, un visage ou une cuisine, pour imprimer en 3D des bijoux, des lunettes ou des armoires sur mesure.

Avec cet immense potentiel dont Caboma veut profiter, Jean-Philippe ne regrette pas une seconde le choix qu’il a fait il y a deux ans de créer une entreprise qu’il croyait éphémère.

Qu’est-ce que l’impression 3D ?

L’impression 3D, ou fabrication additive, est le procédé qui permet de fabriquer un objet tridimensionnel à partir d’un fichier, grâce à une succession de couches d’une matière première. Pour fabriquer les orthèses conçues par le logiciel de Caboma, l’imprimante 3D dépose une fine couche de poudre sur une surface et un laser fait fondre le matériau aux bons endroits pour le faire se figer. L’opération est répétée jusqu’à ce que les pièces de l’orthèse prennent forme.