Le Bureau de la concurrence cible les vendeurs de billets en ligne

Certaines entreprises de vente de billets font miroiter d’importants rabais aux consommateurs en présentant des prix qui n’incluent pas les frais qui devront être payés au moment de la transaction.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Certaines entreprises de vente de billets font miroiter d’importants rabais aux consommateurs en présentant des prix qui n’incluent pas les frais qui devront être payés au moment de la transaction.

Alors que la saison des festivals bat son plein, le Bureau de la concurrence du Canada a servi mardi un sérieux avertissement aux vendeurs de billets en ligne qui affichent des bas prix trompeurs.

L’organisme responsable de l’application de la Loi sur la concurrence a dénoncé le fait que des entreprises de vente de billets font miroiter d’importants rabais aux consommateurs en présentant en ligne ou sur des applications mobiles des prix qui n’incluent pas les frais qui devront être payés au moment de la transaction.

« Les frais inattendus sont souvent ajoutés dans les dernières étapes de la transaction, lorsque l’acheteur a déjà choisi ses places et qu’il est prêt à payer, a souligné le Bureau par voie de communiqué. Parfois, les frais sont enfouis dans les petits caractères. Les entreprises les qualifient de frais de service, de traitement, d’administration ou de billetterie, et ils peuvent faire gonfler considérablement le coût des billets. »

Le Bureau de la concurrence refuse de dévoiler les entreprises ciblées, invoquant des raisons de confidentialité, mais il indique qu’il n’hésitera pas à intervenir au besoin, les frais cachés étant « l’une de ses principales cibles ». L’organisme précise qu’il préfère régler les dossiers litigieux sans recourir aux tribunaux, mais que si un règlement à l’amiable n’est pas possible, il « n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires pour assurer le respect de la loi ».

Des cas semblables

La mise en garde du Bureau de la concurrence survient dans la foulée de deux cas semblables liés à l’industrie de la location de voitures. En juin 2016, les entreprises Avis et Budget ont été contraintes de payer une sanction de 3 millions de dollars après avoir annoncé des rabais considérés comme de la publicité fausse ou trompeuse.

Lors de son enquête, le Bureau a constaté que certains prix annoncés n’étaient pas accessibles aux consommateurs en raison de frais supplémentaires obligatoires qui n’étaient dévoilés qu’au moment de la réservation. Ces frais pouvaient faire augmenter le coût de la location 5 % à 20 % par rapport au prix annoncé.

En avril dernier, les entreprises Hertz et Dollar Thrifty ont quant à elles dû verser 1,25 million de dollars après avoir été prises en défaut pour les mêmes raisons. L’ajout des frais supplémentaires obligatoires pouvait gonfler la facture finale de 10 % à 57 %.

« Le Bureau a conclu que certains de ces frais étaient décrits de manière à sous-entendre qu’il s’agissait de taxes ou de suppléments imposés par divers gouvernements, alors qu’en fait, Hertz et Dollar Thrifty avaient choisi d’imposer ces frais supplémentaires obligatoires afin de récupérer une partie de leurs propres coûts d’exploitation », a noté l’organisme.

Evenko épinglée

Au Québec, la Loi sur la protection du consommateur prévoit que pour un bien ou un service, un commerçant ne peut pas exiger un prix supérieur à celui qui est annoncé. Les seules sommes qui peuvent être ajoutées au moment de la transaction, sans préavis, sont les taxes fédérale et provinciale.

L’Office de la protection du consommateur (OPC), un organisme du gouvernement du Québec, précise qu’un site de vente de billets peut imposer des frais supplémentaires si le consommateur choisit une option de livraison plus coûteuse. « Mais si, par exemple, je dois absolument aller chercher les billets au comptoir, et que des frais de service s’ajoutent, ça doit être inclus dans le prix », illustre le porte-parole de l’OPC, Charles Tanguay.

En août 2016, l’entreprise Evenko a admis avoir exigé un prix supérieur à celui annoncé sur son site Web pour des billets de spectacle offerts en juillet 2014, tel que lui reprochait l’Office. Elle a été condamnée à payer des amendes totalisant plus de 10 000 $.

L’Office de la protection du consommateur, tout comme le Bureau de la concurrence, encourage les consommateurs à porter plainte s’ils constatent qu’un commerçant n’a pas respecté les règles.