La cimenterie de Port-Daniel produit son premier ciment

La cimenterie lors de sa construction, en 2015
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La cimenterie lors de sa construction, en 2015

Après des dépassements de coûts d’environ 400 millions de dollars et un remaniement de la direction de Ciment McInnis, la cimenterie de Port-Daniel a produit son premier ciment vendredi dernier. La Caisse de dépôt et placement du Québec, l’actionnaire majoritaire du projet, estime qu’il s’agit d’une étape importante menant vers la rentabilité de la cimenterie.

La production du premier ciment provenant de l’usine construite à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, a été officialisée par la compagnie mardi après-midi par voie de communiqué. Il s’agit selon elle d’une étape « cruciale et attendue ».

En novembre dernier, au moment de lancer les opérations de son usine, Ciment McInnis prévoyait que ses premières livraisons de ciment auraient lieu au cours du printemps, lequel prend fin ce mercredi.

Mardi, sa porte-parole Maryse Tremblay a indiqué que le premier ciment sera livré « dans les prochains jours » à un « indépendant du béton au Québec ». Elle affirme que la mise en service de l’usine a été complexe, comme c’est toujours le cas pour ce genre d’installations. « De tous les jalons de la mise en service, la première production, c’est vraiment celui qu’on attendait le plus. »

À terme, l’usine devrait produire entre 2,2 et 2,5 millions de tonnes de ciment par année.

Budget gonflé

Lancé en 2014, le projet de cimenterie à Port-Daniel attire l’attention depuis ses débuts pour son impact environnemental et la quantité d’argent public investi dans l’aventure.

Il était d’abord doté d’une enveloppe de 1,1 milliard de dollars, mais l’explosion des coûts de construction révélés à la fin du mois de juin 2016 a fait grimper la facture à 1,5 milliard. Quelques semaines plus tard, Ciment McInnis a annoncé le départ de son grand patron, Christian Gagnon, et le remaniement de sa direction. M. Gagnon a été remplacé en novembre dernier par Hervé Mallet.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a déjà investi 265 millions de dollars dans le projet, tandis qu’Investissement Québec a injecté 350 millions, soit 100 millions dans le capital-action et 250 millions sous forme de prêt.

Maryse Tremblay soutient que la construction de l’usine, achevée il y a quelques semaines, a respecté le plus récent budget. « Si du financement privé est nécessaire pour les opérations, ce sera une autre histoire », a-t-elle précisé, sans prévoir d’autres dépassements de coûts.

Toujours rentable

La Caisse de dépôt, qui est devenue le premier actionnaire de Ciment McInnis en août 2016 lorsqu’elle a décidé d’injecter 125 millions de plus dans le projet de cimenterie, s’est dite « très satisfaite » du début de la production.

Selon son porte-parole, Maxime Chagnon, la rentabilité du projet ne fait toujours pas de doute. « Depuis le début, on considère qu’il s’agit d’un projet rentable et ça n’a pas changé. Sinon, on n’aurait pas injecté d’argent », dit-il.

Il y a trois ans, lors du lancement du projet, certains l’ont dénoncé en soutenant que le marché du nord-est de l’Amérique du Nord, qui est ciblé par Ciment McInnis, fait face à une surcapacité de production de ciment. Or, le contexte économique a changé depuis et la demande est « très forte », soutient Mme Tremblay.

« Il y a même une pénurie dans le marché actuellement », ajoute la porte-parole.

Ciment McInnis n’est par ailleurs pas inquiétée par le ciment chinois produit en trop qui pourrait faire son entrée sur le marché nord-américain en raison de la baisse de la demande intérieure de la grande puissance asiatique.

« Il n’y a absolument aucun indice qui nous laisse croire que nos prévisions sont changeantes sur le plan des ventes », répond Mme Tremblay, faisant remarquer que Ciment McInnis se distingue par l’emplacement stratégique de son usine et la présence de terminaux maritimes situés aux États-Unis (Bronx et Providence) et au Canada (Oshawa et Sainte-Catherine).

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 21 juin 2017 11 h 12

    Grand doute!

    À quel coût pour l'environnement? Gaspésie, belle terre pour les innombrables éléphants blancs. Je doute guère que ce sera le cas de cette cimenterie. Québec, pays de trop petits politiciens.

    M.L.

  • Bernard Terreault - Abonné 21 juin 2017 12 h 46

    terminal maritime à Sainte-Catherine?

    Sainte-Catherine sur la Rive-Sud de Montréal? Sainte-Catherine du Lac ou Sainte-Catherine de Chertsey? Probablement pas "Sainte-Catherine", mais plutôt "St-Catherine's", dans le coeur industriel de l'Ontario.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 21 juin 2017 18 h 24

    Le grand paradoxe...

    Ou comment nous faire croire, après des centaines de millions de $$$ en trop, cette industrie alimentée au pétrole de coke (forme d'énergie la plus SALE) qu'on importe, sera rentable et PROPRE. C'est vraiment nous prendre pour des IMBÉCILES! Lesquels sont les plus imbéciles? Ceux qui gouvernent ou ceux qui votent? Bref, la couleur qui représente le mieux ce projet est le NOIR. Le VERT n'est plus disponible.