Marché du carbone: la Californie veut s’allier à la Chine

Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown
Photo: Rich Pedroncelli Associated Press Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown

L’annonce du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris pourrait avoir comme effet de tourner le marché du carbone nord-américain, auquel participe actuellement le Québec, en direction de l’Asie.

Dans la foulée du discours du président américain, le gouverneur de la Californie a affirmé jeudi que son équipe se penche sur des façons d’inclure les provinces chinoises où sept projets pilotes régionaux sont en cours.

« Je crois que l’inclusion des provinces chinoises exigerait un effort important, mais nous prenons cette possibilité très au sérieux », a dit Jerry Brown en entrevue avec l’agence de presse Reuters, une fois que Donald Trump a eu fini de prononcer son allocution, jeudi.

« Nous voulons nous assurer que [les systèmes chinois] fonctionnent en toute intégrité et voulons savoir comment ils sont. Mais nous ne pouvons le dire aujourd’hui », a dit M. Brown. « Peut-être que nous ne les mettrions pas dans le même système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions, peut-être un régime parallèle. Je vais discuter de cela avec les plus hauts responsables du gouvernement chinois cette semaine. »

Des responsables chinois sont venus deux fois au Québec en 2016 pour s’informer du marché du carbone, selon ce qu’a indiqué le ministre de l’Environnement, David Heurtel, dans une lettre publiée dans Le Soleil. Il a déjà été rapporté, également, que la Chine a envoyé des délégations en Californie à plusieurs reprises au cours des dernières années et que son gouvernement a tissé des liens avec l’administration de Jerry Brown. « Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires pour notre marché du carbone », a indiqué dans un courriel vendredi une attachée de presse du ministre.

Le gouvernement du Québec souhaite que les émissions diminuent de 37,5 % sous le niveau de 1990 d’ici 2030. Afin d’y parvenir, le système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions autorise les entreprises visées à émettre jusqu’à une certaine quantité de gaz à effet de serre (GES). Ce plafond diminue d’année en année. Une entreprise qui excède son niveau autorisé doit acheter des droits, alors qu’une autre qui réussit à diminuer ses émissions peut les revendre. Les droits sont vendus dans le cadre d’un processus d’enchères.

Le système québécois a été mis en place en 2013 et devrait récolter des revenus de 3,3 milliards d’ici 2020 afin de financer des initiatives vertes. Il a été unifié avec celui de la Californie au début de 2014. Depuis, les deux gouvernements ont organisé 11 ventes aux enchères communes.

Dans le monde, une quarantaine de pays et une vingtaine de gouvernements régionaux se sont dotés d’une forme ou d’une autre de tarification du carbone. La Colombie-Britannique, par exemple, a instauré une taxe carbone, une méthode à coût nul dans la mesure où d’autres taxes ont été réduites.

L’Ontario, qui a récemment commencé ses propres ventes aux enchères, doit elle aussi se joindre au marché unifié Québec-Californie en rejoignant le Western Climate Initiative en 2018.

Lors des enchères organisées par le Québec et la Californie le 16 mai, le prix final des droits pour le millésime 2017 s’est établi à 18,82 $, légèrement au-dessus du prix minimal de 18,51 $. Les droits s’appliquant au millésime 2020 se sont établis à 18,51 $, soit le prix minimal.

Trop grande offre

Le prix des droits est un enjeu majeur en Europe, où les responsables tentent depuis plusieurs années d’endiguer une faiblesse des prix attribuable à une offre trop grande. Le système européen couvre environ 45 % des émissions de GES du continent.

Certains observateurs se demandent si les entreprises européennes seront prêtes à payer un prix plus élevé si leurs concurrents américains n’ont pas à faire face à ce même coût. Actuellement, les droits portant sur une tonne métrique se négocient autour de 5 euros.

Selon un sondage récemment publié par l’International Emissions Trading Association (IETA), les 135 entreprises répondantes croient que les prix tourneront autour de 16,28 euros dans la phase couvrant la période 2021-2030.

Pourtant, le secteur privé estime également que le prix nécessaire à une véritable décarbonisation de l’économie sur l’horizon 2050 devrait se situer entre 24 et 39 $US d’ici trois ans.