Les sidérurgistes européens inquiets pour leur compétitivité

L'industrie de la sidérurgie s'inquète des nouveaux quotas d'émission.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse L'industrie de la sidérurgie s'inquète des nouveaux quotas d'émission.

Bruxelles — L’association des sidérurgistes européens Eurofer a demandé lundi que la réforme du système européen d’échange de quotas d’émissions, actuellement négociée à Bruxelles, préserve leur compétitivité.

« Vous pouvez faire en sorte que le secteur ne soit pas plombé par des coûts élevés qui restreindraient l’investissement ou accroîtraient le risque de pertes d’emplois et de fermetures d’usines dans l’UE », écrivent-ils dans une lettre ouverte adressée aux dirigeants des 28 pays membres de l’UE. Les États membres viennent d’entamer des négociations sur cette réforme avec le Parlement européen, qui a adopté sa position mi-février, et la Commission européenne. L’objectif partagé est d’améliorer l’efficacité du marché européen du carbone (dit SEQE), lancé en 2008, mais qui n’a pas eu l’efficacité espérée, plombé notamment par un prix trop faible de la tonne de carbone pour les industriels qui doivent avoir recours au marché.

Or, après l’Accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique, l’UE a besoin d’un marché fonctionnel pour tenir son engagement de réduire de 43 % d’ici 2030 (par rapport à 2005) les émissions des secteurs couverts par le SEQE, qui a accumulé un gigantesque surplus d’allocations de CO2.

« Le changement climatique est une question cruciale, qui doit être abordée de manière urgente au niveau international » et « le secteur de l’acier fait de gros efforts pour réduire ses émissions de CO2 », affirme Eurofer dans sa lettre, signée par 76 p.-d.g., qui représentent la quasi-totalité du secteur.

Mais la réforme de la législation, telle qu’elle est actuellement envisagée, « crée des coûts en carbone élevés, même pour les sidérurgistes les plus performants » et « valorise les importations d’acier en provenance des concurrents des pays tiers qui n’ont pas de tels coûts et qui ont une empreinte carbone beaucoup plus élevée ».

Pour une hausse du prix

Un rapport de haut niveau publié lundi plaide pour une forte augmentation du prix de la tonne de CO2, qui devrait atteindre au moins 40 à 80 $US en 2020, puis 50 à 100 $US en 2030, afin de respecter l’objectif de limitation du réchauffement climatique. « Une tarification bien conçue du carbone est un élément indispensable d’une stratégie efficiente de réduction des émissions » de gaz à effet de serre, souligne le document rédigé par une commission économique présidée par les économistes Joseph Stiglitz et Nicholas Stern.

Installée dans le cadre de la Coalition pour la tarification du carbone, avec le soutien de la France et de la Banque mondiale, elle avait pour objectif d’examiner les niveaux de prix susceptibles d’induire des changements de comportements (dans l’investissement, la production ou les modes de consommation) nécessaires à la lutte contre le changement climatique, d’une manière favorable à la croissance économique et au développement. Elle rappelle que 87 % des émissions globales ne sont pas tarifées aujourd’hui, et que les trois quarts de celles qui le sont, sont couvertes par un prix du carbone inférieur à 10 $US par tonne de CO2.

L’Accord de Paris, adopté en décembre 2015 par près de 200 pays, prévoit de limiter la hausse de la température par rapport à l’ère préindustrielle « bien en deçà de 2 °C » et à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température à 1,5 °C ». Il existe plusieurs manières de tarifer le carbone, rappelle le rapport : un prix explicite au moyen d’une taxe carbone ou d’un marché de quotas (c’est-à-dire des droits d’émission de CO2, que les entreprises peuvent acheter ou vendre) ; des prix notionnels intégrés dans des outils de financement ; des incitations pour les investissements et comportements bas carbone.

Pour la commission, « les trajectoires efficientes de tarification du carbone commencent par un fort signal-prix dans l’immédiat suivi d’un engagement crédible de maintenir les prix de long terme à un niveau suffisamment élevé pour produire le changement nécessaire ». Le niveau approprié est toutefois variable selon les pays. « Il faut du temps pour mettre en place des mécanismes de tarification du carbone, les pays doivent donc s’y atteler dès maintenant », plaide le rapport.

Mais quoique incontournable, cette tarification peut « ne pas suffire à induire des réductions d’émissions à la vitesse et à l’échelle requises pour l’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris », souligne-t-il. « Une combinaison d’instruments de politique climatique sera probablement plus efficiente et attrayante que l’utilisation d’un seul instrument », estime-t-il, citant notamment l’investissement dans les transports publics ou le soutien à la production d’énergie renouvelable.

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