Hydro-Québec a perçu 36 millions en trop en 2016

Hydro-Québec soutient que l’écart enregistré en 2016 est «modeste», parce qu’il représente une différence de 0,3% par rapport aux prévisions.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Hydro-Québec soutient que l’écart enregistré en 2016 est «modeste», parce qu’il représente une différence de 0,3% par rapport aux prévisions.

Hydro-Québec a perçu 36 millions de dollars en trop de ses clients en 2016, révèlent des documents remis vendredi après-midi à la Régie de l’énergie. Il s’agit du plus faible écart de rendement des dernières années, qui porte néanmoins le total des trop-perçus à 1,3 milliard en dix ans.

L’an dernier, Hydro-Québec Distribution a réalisé un écart de rendement négatif de 26 millions, tandis qu’Hydro-Québec Transport a perçu 62 millions en trop, pour des trop- perçus totaux de 36 millions.

En comparaison, la société d’État a réalisé des écarts de rendement de 70,6 millions en 2015, de 155,3 millions en 2014 et de 273,9 millions en 2013.

Dossier épineux

La Coalition avenir Québec (CAQ) a ramené le dossier des trop-perçus à l’avant-plan au début du mois d’avril en calculant que 1,4 milliard de dollars ont été réclamés en trop depuis 2008, ce que le parti considère comme une « taxe déguisée ».

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a fait savoir qu’Hydro-Québec ne remboursera pas ses clients, puisqu’il avait déjà annoncé que le mécanisme de partage des trop-perçus serait suspendu jusqu’à l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Des 36 millions perçus en trop en 2016, 27 millions seront donc remis à l’actionnaire d’Hydro-Québec, le gouvernement du Québec, sous forme de dividende. Les 9 millions restants seront réinvestis par la société d’État.

À partir de cette année, Hydro-Québec sera assujettie au mécanisme de partage des excédents : si le rendement de la société d’État dépasse le taux de 8,2 % autorisé par la Régie de l’énergie pour l’année 2017, les surplus seront partagés avec les clients au moment d’établir les tarifs pour 2019.

C’est impossible qu’une entreprise qui gère un budget de près de 12 milliards de dollars arrive, 20 mois plus tard, à une prévision qui est 100 % exacte. Les variables sont trop nombreuses.

 

Écart « modeste »

Hydro-Québec soutient que l’écart enregistré en 2016 est « modeste », parce qu’il représente une différence de 0,3 % par rapport aux prévisions déposées à la Régie en juillet 2015.

« C’est impossible qu’une entreprise qui gère un budget de près de 12 milliards de dollars arrive, 20 mois plus tard, à une prévision qui est 100 % exacte. Les variables sont trop nombreuses », affirme le porte-parole de la société d’État, Marc-Antoine Pouliot.

Selon Hydro-Québec, l’écart négatif du côté de la division Distribution s’explique par des ventes d’électricité inférieures aux prévisions de 1520 GWh. Pour ce qui est des sommes perçues en trop par la division Transport, elles sont surtout dues au report de charges d’amortissement en raison du décalage de certains projets.

Questionné au sujet de l’accumulation des écarts de rendement au fil des ans, M. Pouliot indique que les trop-perçus plus élevés sont généralement liés à des gains d’efficience supplémentaires. Le déploiement plus rapide que prévu des compteurs intelligents en est un exemple, a souligné le porte-parole. « Et il y a les impondérables », a-t-il ajouté.

Se servir de la « vache à lait »

La porte-parole de la CAQ en matière d’énergie, Chantal Soucy, reconnaît d’entrée de jeu que les trop-perçus de 2016 sont beaucoup moins importants que ceux des dernières années, mais elle se désole de voir que les écarts de rendement sont presque toujours en faveur d’Hydro-Québec.

« Je suis convaincue qu’il y a une commande du gouvernement pour aller en chercher le plus possible dans les poches des Québécois avec les tarifs [d’électricité], parce qu’il se sert d’Hydro-Québec comme d’une vache à lait. »

« Qu’il y ait des écarts de rendement, c’est quand même normal, parce que les prévisions se font longtemps à l’avance, et ce ne sont pas des prévisions de deux ou trois millions, admet-elle. Par contre, il faut rembourser ! »

Devant le refus du ministre Pierre Arcand d’accéder à sa demande, elle invite les citoyens à faire connaître leur mécontentement en signant une pétition mise en ligne par la CAQ, qui a obtenu l’appui d’environ 50 000 personnes jusqu’à maintenant.

« J’espère qu’on a réveillé Hydro-Québec […] pour qu’en 2017 il n’y ait pas de trop-perçus », insiste la députée caquiste.

 

 

3 commentaires
  • Kevin Clancy - Abonné 19 mai 2017 19 h 15

    35M$ perçus en trop de la poche du consommateur, donc :

    27M$ remis au Gouvernement du Québec;
    9M$ réinvesti dans la compagnie.

    Est-ce qu'il y a juste moi qui voit un problème là-dedans ?

  • Richard A. Gotier - Abonné 20 mai 2017 10 h 58

    Taxe déguisée?

    Non, vous n'êtes pas le seul à voir un problème là-dedans. 27M$ remis au gouvernement, c'est ni plus ni moins qu'une taxe déguisée ou bien du vol. Un peu à l'image du coût des stationnements dans les hôpitaux et qui agit également comme "ticket modérateur". Les gens se font avoir, mais ne s'en formalisent plus.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 mai 2017 18 h 04

      Et bien, c'était un secret bien gardé...C'est sûr que je m'en formalise.
      Un 36 millions en trop perçu en 2016...! Faut le faire...
      Pour atteindre (là réside le secret) 1,3 milliard en 10 ans...!? et encore...?

      Pendant 10 ans les gouvernements du Québec auraient engrangé des centaines de millions de $$$$ ? ...difficile à dire car on ne sait pas les montants exacts que HQ a gardé pour ses réinvestissements.?!

      Surtout que Couillard Inc a l'air de peu s'en formaliser... je dirais même ...qu'il a l'air de s'en foutre.

      Il faudrait sortir la "nouvelle" dans les médias...tous les médias.
      Et en parler jusqu'à ce qu'on obtienne....de vraies réponses!

      On essaie de nous entourlouper (les élections en 2018) avec une "redristribution des surplus en 2018-19" mais... à partir du 8 1/2% de rendement.?! ça veut dire quoi? d'où vient ce % ?

      On devrait déposer "ces trop perçus" dans un fonds consolidé au nom du "Fonds de protection de la nature et du citoyen" ou... autre appellation.

      Et ce serait la responsabilité, d'un groupe-citoyen arrimé à un groupe- de la protection de la Nature, de voir à la redistribution des trop perçus selon des critères bien établis. Car à voir la gestion que le PLQ a fait durant ces 10 dernières années...(sauf un bref "gouvernement Marois minoritaire": 1 1/3 an du PQ) ...on serait masochiste de laisser au PLQ la gestion de ce fonds.