Philippe Couillard est prêt à accueillir des partenaires dans la CSeries

Selon l’entente conclue entre Bombardier et le gouvernement provincial, le siège social, l’assemblage, la fabrication, les services d’ingénierie et les activités en recherche et développement de la société en commandite doivent demeurer dans la province pour au moins 20 ans.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Selon l’entente conclue entre Bombardier et le gouvernement provincial, le siège social, l’assemblage, la fabrication, les services d’ingénierie et les activités en recherche et développement de la société en commandite doivent demeurer dans la province pour au moins 20 ans.

Alors qu’une société d’État chinoise envisagerait de monter à bord de la CSeries de Bombardier, le premier ministre Philippe Couillard s’est dit ouvert à la possibilité d’accueillir de nouveaux partenaires.

Dans le cadre de sa mission commerciale en Israël, vendredi, celui-ci a affirmé qu’un partenariat qui maintiendrait au Québec le siège social de la CSeries ainsi que des emplois serait le bienvenu. « S’il y a de nouveaux partenaires, on va certainement s’intéresser à cela, a-t-il dit en mêlée de presse à Jérusalem. Je rappelle que le gouvernement du Québec est actionnaire. Il ne peut pas y avoir d’accord sans que l’on soit partie prenante. »

L’État québécois détient 49,5 % du programme de la CSeries dans le cadre de son investissement de 1,3 milliard effectué en 2015. Selon l’entente conclue avec Bombardier, le siège social, l’assemblage, la fabrication, les services d’ingénierie et les activités en recherche et développement de la société en commandite doivent demeurer dans la province pour au moins 20 ans.

Pire partenaire ?

Québec souhaitait voir le gouvernement Trudeau l’imiter en devenant un troisième partenaire, mais Ottawa a plutôt décidé de consentir un prêt de 372,5 millions à Bombardier pour le développement de la CSeries et de l’avion d’affaires Global 7000.

Le Financial Times avance que Bombardier discuterait avec la société d’État chinoise Comac pour une éventuelle prise de participation dans la division des avions commerciaux de l’avionneur québécois. Citant des sources, le média britannique affirme que les pourparlers entre les deux parties — qui n’ont pas commenté les rumeurs — ont débuté il y a déjà un certain temps, mais qu’une décision n’est pas imminente dans ce dossier.

Selon le professeur Mehran Ebrahimi, directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’UQAM, Comac serait le « pire partenaire » à accueillir. « Nous allons mettre les technologies les plus avancées ainsi qu’un savoir-faire sur un plateau d’argent et l’offrir à des gens qui en ont bien besoin », a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique. La société d’État est derrière le C919, pouvant transporter de 168 à 190 passagers, qui est le premier avion de ligne construit en Chine. L’appareil a effectué son vol inaugural plus tôt ce mois-ci.

Advenant une entente, M. Ebrahimi craint que Bombardier offre sa technologie à une compagnie qui construit un appareil qui serait un « concurrent direct » d’une éventuelle version allongée de la CSeries pouvant transporter plus de passagers. En 2012, Bombardier et Comac avaient conclu un accord de collaboration pour développer des éléments de la CSeries et du C919.

Conflit avec Boeing

Par ailleurs, même si le département américain du Commerce vient d’ouvrir une enquête sur les pratiques commerciales de Bombardier à la suite d’une plainte déposée par Boeing à la fin du mois d’avril, M. Couillard s’est de nouveau porté à la défense de la multinationale québécoise. Il a réfuté les allégations du géant américain, qui accuse son concurrent de vendre ses avions à perte grâce à des subventions illégales.

Pour sa part, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a repris vendredi la rhétorique adoptée la veille par la ministre canadienne des Affaires étrangères dans le différend commercial qui oppose Bombardier à Boeing.

Il a refusé de discuter des autres scénarios que devrait envisager le gouvernement canadien s’il décidait de se passer des 18 avions de chasse « Super Hornet » de Boeing.

Les libéraux vantaient depuis six mois les mérites d’une telle acquisition, destinée à apporter rapidement un soutien à l’aviation canadienne en attendant de déclencher le processus d’appel d’offres pour remplacer les vieux CF-18. Le gouvernement libéral soutenait jusqu’ici que le Hornet était seul en lice dans ce dossier.

En conférence de presse vendredi, en Colombie-Britannique, M. Trudeau a esquivé les questions concernant les autres scénarios possibles pour combler ce besoin pressant, se contentant de critiquer la décision de Washington d’entendre les allégations de Boeing contre Bombardier. Il n’a cependant jamais prononcé le nom de Boeing ou de son appareil Super Hornet.

« Nous nous opposons fermement au geste posé par le département américain du Commerce et nous le faisons savoir de façon très nette, a-t-il dit. Nous demeurerons respectueux et nous travaillerons de manière constructive avec les États-Unis, mais nous défendrons fermement et résolument les intérêts des Canadiens. […] Notre responsabilité va aux hommes et aux femmes des Forces armées canadiennes, mais nous défendrons en même temps les droits des Canadiens et ce qui est juste. »

Mission en Israël : Couillard vante l’innovation québécoise

Jérusalem — Le premier ministre Philippe Couillard souhaite pouvoir éveiller l’intérêt du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, pour l’innovation québécoise. Israël est considéré comme le paradis des « start-ups » et le champion de l’innovation appliquée à la commercialisation. La mission québécoise que dirige M. Couillard dans ce pays du Moyen-Orient, accompagné de plus d’une centaine de personnes, vise précisément à s’inspirer du modèle israélien, au moment où le Québec met le cap sur l’innovation. M. Couillard vient ici pour apprendre et comprendre le modèle israélien, mais il veut aussi que le chef du gouvernement israélien « connaisse mieux ce que nous avons bâti au Québec au cours des dernières années » en ce domaine, notamment dans le secteur de l’intelligence artificielle. Comme il s’agit d’une première prise de contact, M. Couillard a dit qu’il ne fallait pas s’attendre à des retombées immédiates d’une telle mission.
1 commentaire
  • Claude Lafontaine - Abonné 20 mai 2017 20 h 03

    Grave manque de jugement

    Le professeur Mehran Ebrahimi a raison, prendre comme partenaire la société d’État chinoise Comac ( un concurrent direct de Bombardier et de la Série C ) serait désastreux pour le Québec, j'espère que le Gouv du Québec qui nous représente comme actionnaire de la société en commandite qui chapeaute la Série C voit le piège tout comme monsieur Mehran Ebrahim et qu'il défendra nos intérêts.

    J'ai bien hâte d'entendre la position de P.Couillard là-dessus.