Le régime québécois est méconnu, estiment les maires

L’industrie américaine du bois d’oeuvre accuse depuis des décennies les producteurs canadiens de jouir d’un avantage injuste. 
Photo: Josef Mohyla L’industrie américaine du bois d’oeuvre accuse depuis des décennies les producteurs canadiens de jouir d’un avantage injuste. 

Plusieurs maires québécois ont complété mardi une tournée de Washington pour sensibiliser différents acteurs aux enjeux du conflit sur le bois d’oeuvre et reviennent en insistant sur l’importance de continuer à expliquer le régime forestier québécois, réformé en 2013 pour répondre aux doléances américaines.

« Ce n’est pas parce que le travail est mal fait, mais aux États-Unis, avec la Chambre des représentants et le Sénat, il y a beaucoup de monde et ça fait des gens à sensibiliser, a dit en entrevue le chef de mission, Alexandre Cusson, maire de Drummondville. Les gens qu’on a rencontrés semblaient peu ou pas connaître le régime, et ceux qui le connaissaient ne le comprenaient pas nécessairement. »

Au terme d’une tournée incluant notamment des visites auprès du lobby de l’industrie du bois d’oeuvre et de la National Association of Home Builders, la mission a exprimé son désir d’une entente négociée plutôt qu’un conflit devant les tribunaux.

L’industrie américaine du bois d’oeuvre accuse depuis des décennies les producteurs canadiens de jouir d’un avantage injuste — prélever du bois sur des terres publiques — et de vendre la matière à faible prix au sud de la frontière.

Enchères

Or le régime québécois, mis en oeuvre il y a quatre ans déjà, repose en partie sur une vente aux enchères pour 25 % des volumes de bois provenant de terres publiques. Ensuite, les prix obtenus servent à déterminer les redevances des compagnies pour le bois utilisé en vertu des garanties d’approvisionnement.

La délégation de l’UMQ comptait aussi Déborah Bélanger (Rivière-Rouge), Pierre Corbeil (Val-d’Or), Gilles Potvin (Saint-Félicien), Jean-Maurice Matte (Senneterre) et l’ex-délégué général du Québec à New York, John Parisella. L’équipe a notamment rencontré le personnel de quatre sénateurs et la sénatrice Susan Collins (Maine).

Un des sujets soulevés auprès de Mme Collins porte sur les scieries québécoises situées le long de la frontière américaine. Celles-ci achètent du bois sur des terres privées aux États-Unis, le scient au Québec et en exportent une partie au sud de la frontière. Dans les conflits passés, ces scieries étaient exemptées des droits compensateurs et antidumping en raison de leur fonctionnement semblable à celui en vigueur aux États-Unis. Selon M. Cusson, la sénatrice républicaine a été très sensible à cette situation.

Québec a annoncé il y a trois semaines un programme de prêts et de garanties de prêts pour aider les producteurs québécois à payer les droits compensateurs de 20 % à la frontière américaine. La majorité des producteurs font aussi face à une pénalité rétroactive de trois mois. Environ 180 compagnies québécoises sont touchées, le gouvernement Couillard estimant autour de 300 millions l’impact des droits.

Ottawa n’a pas encore dévoilé de plan d’aide spécifique, mais CBC News a affirmé que le conseil des ministres devait se pencher sur la question mardi. Ce plan, que le réseau chiffre à près d’un milliard, pourrait inclure des mesures en matière d’assurance-emploi et pour stimuler l’innovation.

Le dernier conflit du bois d’oeuvre avait coûté plus de 5 milliards à l’industrie canadienne, qui n’a pas complètement retrouvé son argent.

Le ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne, a récemment effectué une mission commerciale en Chine et en prépare une autre au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et au Vietnam. Le voyage aura lieu du 20 au 26 mai.