Nouveau partenariat pour soutenir les analphabètes fonctionnels

53% des Québécois n’atteignent pas le niveau 3, sur une échelle de 5, le seuil minimal pour obtenir un diplôme d’études secondaires et occuper un emploi de base.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne 53% des Québécois n’atteignent pas le niveau 3, sur une échelle de 5, le seuil minimal pour obtenir un diplôme d’études secondaires et occuper un emploi de base.

Le Fonds de solidarité FTQ et la Fondation pour l’alphabétisation annonceront mercredi qu’ils allient leurs forces pour répondre aux insoupçonnés problèmes de lecture de millions de travailleurs québécois, a appris Le Devoir.

Le chiffre donne le vertige à tout coup : 53 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans sont considérés comme des analphabètes fonctionnels. Cela signifie que des travailleurs de tous les âges ont d’importantes difficultés en lecture et qu’ils sont bien mal outillés pour s’adapter aux changements technologiques en cours.

Les lacunes des Québécois en littératie sont bien documentées, mais leurs répercussions sur le marché du travail le sont moins. Le Fonds FTQ et la Fondation pour l’alphabétisation feront donc connaître mercredi leur intention de réaliser une étude sur les impacts économiques de l’inaction face à ce problème.

Les résultats de cette étude seront dévoilés l’hiver prochain, dans le cadre d’un nouveau colloque annuel consacré aux défis de l’employabilité et de l’alphabétisation. Cet événement, qui rassemblera des intervenants des milieux gouvernemental, de l’éducation et des affaires, se répétera en 2019 et en 2020.

La Fondation pour l’alphabétisation investira environ 80 000 $ dans ce partenariat, soit près de 10 % de son budget annuel, et le Fonds FTQ y consacrera une somme semblable.

Éviter le gaspillage

« Le gouvernement investit des millions de dollars pour essayer d’améliorer la productivité des entreprises, mais si on ne s’attaque pas au problème de fond, on gaspille notre argent », résume le président de la Fondation pour l’alphabétisation, André Huberdeau.

Au moment où la robotisation et les changements technologiques promettent de transformer le marché du travail et d’obliger certains employés à se former en cours de carrière, il est selon lui primordial d’obtenir un portrait de la situation actuelle.

« L’enquête qu’on va réaliser va être un début important. On va ensuite pouvoir mettre tous les acteurs autour de la table et se demander : “qu’est-ce qu’on fait ? ”», dit-il.

Selon la plus récente enquête du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques, 53 % des Québécois n’atteignent pas le niveau 3, sur une échelle de 5, qui est généralement considéré comme le seuil minimal pour obtenir un diplôme d’études secondaires et occuper un emploi de base.

Concrètement, une personne qui atteint le niveau 2 est en mesure de lire un texte, mais pas nécessairement d’interpréter et d’évaluer des énoncés contradictoires, comme dans un article de journal par exemple.

« Oui, c’est étonnant, reconnaît M. Huberdeau. Les gens qui souffrent de ça, et particulièrement les hommes, ont honte et n’en parlent à personne. »

Conscientiser le milieu

Le président et chef de la direction du Fonds FTQ, Gaétan Morin, soutient que l’enjeu de l’alphabétisation cadre parfaitement avec la mission de son organisation, qui cherche à créer, à maintenir et à sauvegarder des emplois au Québec.

« Puisque la croissance économique dépend beaucoup de la nouvelle économie, il faut absolument que nos employés aient un minimum de qualité de français », note-t-il.

Il y a trois ans, le Fonds FTQ s’est associé à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et à la firme Raymond Chabot Grant Thornton pour réaliser une étude sur la relève entrepreneuriale au Québec. L’approche est la même cette année avec la littératie.

« Je pense qu’en chiffrant le problème, ça va aider les gens à avoir une pleine conscience de la problématique », estime M. Morin.

L’économiste et professeur émérite de l’UQAM Pierre Fortin voit d’un bon oeil l’initiative qui sera dévoilée cette semaine, lui qui plaide depuis plusieurs années en faveur d’un retour aux sources. « C’est démontré par la recherche scientifique récente. Lorsqu’on fait une liste des facteurs qui contribuent à la croissance économique et qu’on cherche la meilleure variable pour montrer l’apport de l’éducation, ce qui ressort, ce sont les compétences de base. Savoir lire, compter et écrire, explique-t-il. Ceux qui ne possèdent pas les outils de base sont mal pris. »

4 commentaires
  • Hélène Boily - Abonnée 16 mai 2017 10 h 12

    Aider l'entreprise

    Juste de mettre l’entreprise au cœur de la question de l’alphabétisation montre à quel point notre société forme sciemment une masse d’analphabètes, ayant le nécessaire pour obéir, sans plus. Obéir et consommer. Si on doit maintenant viser le niveau 3 en lecture, c’est bien au service de la technologie, garante de la santé de l’entreprise.
    Une société digne de ce nom désire former des individus à la pensée critique, qui réfléchissent; désire que chacun s’élève au meilleur de lui-même. Ce n’est pas directement l’avenue de l‘économie mais à long terme, c’est celle de l’évolution du monde. Au Québec, les élites entendent bien le rester et le bon peuple, instruit depuis des générations dans la science de la médiocrité heureuse, n’en demande pas plus.

    • Jean Gadbois - Inscrit 16 mai 2017 18 h 58

      Vous visez juste mais vos propos risquent de placer certains blogueurs sur ce site, dans un état d'agitation intérieure phénoménal. Si ce n'est déjà fait.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 mai 2017 16 h 31

      «Certains blogueurs» semblent s'être résignés à lancer la serviette :)

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 16 mai 2017 23 h 38

    Lire,compter,écrire.

    Pourquoi le gouv insisterait,les analphabetes sont captifs et sont la base des
    électeurs des libéraux,il ne faut absolument pas qu'ils se rendent compte qu'il sont floués a l'os,risquer de perdre le pouvoir,etes-vous malades ?